Rousseau-Joël Foute
3 Septembre 2004
L'absence d'interbancarité et d'interopérabilité des cartes disponibles au Cameroun ne facilite pas leur vulgarisation.
La semaine dernière, Afriland First Bank et son partenaire Intelligentsia, spécialisé dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication, ont lancé à Yaoundé la campagne de promotion du porte-monnaie électronique, dénommé I-CARD. Celui-ci est le tout premier porte-monnaie électronique introduit dans la sous-région d'Afrique centrale. Il se présente sous la forme d'une carte à puce, protégée par un code pin secret, qui est attribué à l'utilisateur au moment de l'acquisition de la carte. Instrument de paiement électronique, ce porte-monnaie rentre en droite ligne des objectifs de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC) qui a engagé depuis quelques années le projet de modernisation des moyens de paiement dans l'espace économique de la sous-région.
Le porte-monnaie électronique a déjà été adopté par plus d'un millier d'agents économiques. Plus d'une centaine de pharmacies, stations service, restaurants, cafés, boulangeries, supermarchés, sont déjà équipés d'un terminal de paiement, à Yaoundé et à Douala, les deux grandes villes du pays. Le porte-monnaie électronique peut être utilisé par tout le monde, qu'on soit titulaire ou non d'un compte bancaire. L'outil présente plusieurs avantages : la sécurité (vous ne manipulez plus de cash), la praticabilité (vous payez au franc près, sans être confronté à la rareté des pièces de monnaie) et la confidentialité (votre code pin est strictement confidentiel). Afin que la majorité de Camerounais acquiert le porte-monnaie électronique, les promoteurs ont fixé le prix de promotion à cinq mille F CFA.
La campagne commerciale en cours donne l'occasion de faire le point sur les différents moyens de paiement électronique qui existent au Cameroun. Puis, d'examiner dans quelle mesure on peut démocratiser leur utilisation. On retrouve aujourd'hui sur le marché les cartes de retrait, les cartes de crédit, les cartes de débit et bien sûr le porte-monnaie électronique.
Le directeur général d'Afriland First Bank, Alamine Ousmane Mey, explique que les cartes de retrait sont les moyens de paiement qui font appel à la position du compte du client lors de la transaction. Les cartes de crédit font également appel au compte mais, le client a auprès de son banquier une ligne de crédit qui lui permet de faire sa transaction, puis de faire payer le marchand après. Quant aux cartes de débit direct, elles font directement appel au compte. Le porte-monnaie électronique a la particularité que son utilisation n'exige pas de connexion directe avec le compte bancaire. Ces moyens de paiement sont aussi connus sous le nom de Master-card ou Visa-card.
Quant à la démocratisation de l'utilisation de ces différents moyens de paiement électronique, il faudrait remarquer que les terminaux de paiement ne sont pas très nombreux. Ce sont plutôt les terminaux de retrait d'argent qui sont légion. Une situation qui ne favorise pas l'adoption de ces instruments de paiement par le plus grand nombre. L'absence de l'interbancarité et de l'interopérabilité des instruments de paiement électroniques existants au Cameroun constitue également un obstacle. Cela veut dire simplement que si une banque X vous délivre une carte de crédit, celle-ci n'est valable que pour cette banque-là. Cette carte n'est donc pas acceptée par les autres banques concurrentes. Un peu comme les bouteilles de gaz qui ne sont pas interchangeables.
Autre considération, le taux de bancarisation au Cameroun est très faible. Environ 5% seulement. Selon les estimations des banquiers, près de 600 000 Camerounais ont ouvert un compte en banque, sur une population d'à peu près 16 millions. Sous ce rapport, la démocratisation de ces instruments modernes, dont la majorité exige l'ouverture d'un compte en banque, n'est pas pour demain.
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