L'Express (Port Louis)

Afrique: Sommet africain sur l'informatique et les télécommunications : logiciels libres et coopération, gages de réussite technologique

Patrick Hilbert And Ryan Coopamah

8 Septembre 2004


Port Louis — La région peut encore combler son retard sur le plan des Tic. La recherche de solutions abordables et la création de partenariats sont de rigueur. En s'inspirant du succès de la Finlande.

L'éducation est, selon le consultant Matti Sinko, un des piliers du développement de l'informatique en Afrique.

La possibilité d'une coopération triangulaire entre Maurice, l'Inde et le continent africain est plus que jamais évoquée. Tous s'accordent sur les bénéfices que peuvent apporter les technologies de l'information et de la communication (Tic) face aux retards des pays moins favorisés en Afrique. Outre ce type de partenariat, l'emploi de logiciels "libres", accessibles et malléables, est une piste mise en valeur devant les 300 spécialistes africains et européens réunis pour le sixième sommet africain sur l'informatique et les télécommunications, ouvert hier à l'hôtel Méridien de Pointe-aux-Piments.

Alors que nombre de nations africaines sont restées paralysées par les conflits et la corruption, Maurice déjà veut jouer à fond le jeu des logiciels d'exploitation libres. Leur caractéristique principale est qu'ils donnent à leurs utilisateurs la possibilité d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer leur travail selon leurs besoins. Cela parce que la "code source" de cet outil leur est librement accessible. A l'opposé, les logiciels d'exploitation tels que Microsoft et MacOs, n'offrent pas cette possibilité. Par conséquent, les "codes sources" sont réservées aux programmateurs des compagnies éditrices des logiciels.

Dans son discours d'ouverture, le ministre de l'Industrie et des services financiers, Sushil Khushiram, a mis l'accent sur "l'utilisation répandue" de logiciels d'exploitation Linux et Star Office. Ils sont déjà monnaie courante dans le service public. Plus que jamais, le gouvernement veut continuer "à trouver de meilleures solutions avec les logiciels libres", ajoute le ministre.

Outre le facteur coût, un autre aspect providentiel pour le développement des Tic d'Afrique est le partenariat. Ici, Maurice est cité comme exemple grâce à son partenariat avec l'Inde. "Etant donné les fortes relations que Maurice a développées avec l'Inde, une coopération triangulaire, impliquant l'Inde, Maurice et l'Afrique, pourrait faciliter l'exploitation du potentiel des Tic et assurer une croissance plus soutenue des marchés d'exportations", soutient Sushil Khushiram.

Sean Moroney, président d'Advancing ICT Knowledge in Africa (Aitec), organisme à l'origine du sommet, estime également que le développement du secteur ne peut se faire qu'à travers des partenariats locaux et internationaux.

Pour Matti Sinko, conseiller technique de la Southern Africa Development Community (SADC)-Finnish ICT Project, basé au Botswana, l'éducation reste un problème majeur pour le développement de l'informatique et des télécommunications sur le continent africain.

Sur ce plan, la Finlande, ajoute-t-il, est un cas d'école. Durant les années 80, le gouvernement a pris conscience du danger d'un développement de l'économie basé sur un ou deux piliers. Les Tic avaient alors été identifiées comme étant un possible véhicule de développement.

Utilisation de la langue maternelle

Aussi, tout comme Maurice depuis 2000, le développement du secteur a été chapeauté par un comité présidé par le Premier ministre finlandais en personne. "Cela a été une des clés du succès", assure Matti Sinko. Comme la Finlande a un des taux d'alphabétisation les plus élevés du monde, la transition a été souple.

"Dans beaucoup de pays africains, cette connaissance de base n'est pas présente contrairement à de petits pays tels que le Botswana ou Maurice", souligne Matti Sinko. Pour un progrès rapide, la langue maternelle doit être utilisée dans les écoles dès la petite enfance, ajoute le conseiller de la SADC. La Finlande a cependant eu un avantage considérable sur la plupart des pays. Avec une "petite" population de 5, 1 millions d'habitants, elle a bénéficié d'une véritable locomotive économique en la compagnie de téléphones mobiles Nokia, qui a contribué énormément au développement des Tic de la Finlande.

Sibusiso Sibisi, président-directeur général du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle de l'Afrique du Sud a aussi expliqué les avantages et désavantages de l'utilisation des logiciels libres.

Le sommet prendra fin ce vendredi et touche tous les domaines des Tic allant du Business Process Outsourcing à l'e-Government en passant par la téléphonie mobile.

L'externalisation séduit l'Afrique

L'Afrique change d'ère. Elle ne veut plus se réveiller au rythme des tam-tams mais à celui des cliquetis des claviers d'ordinateurs. Le continent veut faire impression dans le domaine de l'externalisation, un marché mondial qui pèsera $ 545 milliards d'ici 2005.

Le potentiel de cette nouvelle industrie séduit les gouvernements et entrepreneurs d'Afrique. L'espoir de percer sur cet énorme marché a été confirmé hier au Méridien lors du sixième sommet africain sur l'informatique et les télécommunications.

Les pays du Maghreb, l'Afrique du Sud et Maurice ont pris les devants mais d'autres nations comme le Kenya et le Ghana ne comptent pas être à la traîne. Ils misent sur la qualité mais aussi et surtout sur le coût peu élevé de leur main-d'oeuvre pour attirer les gros bras du Business Process Outsourcing.

Manque de main-d'oeuvre

L'externalisation a vu le jour dans les années 70 aux Etats-Unis. Le premier centre d'appels est créé par Rockwell pour gérer la clientèle de Continental Airlines. Depuis, l'image même du business à changer. Le centre d'appels n'est plus perçu comme une dépense mais une réinvention du processus d'affaires permettant de réduire les coûts tout en améliorant la qualité et l'efficacité.

Les recherches ne finissent pas de démontrer les mérites de l'externalisation. Les ventes réalisées au téléphone coûtent dix fois moins qu'une transaction traditionnelle. Le service consommateur peut également aider à retenir les clients existants. Une étude de Harvard souligne qu'une amélioration de 5 % dans le maintien de la clientèle peut équivaloir à une augmentation de 80 % dans les profits. En laissant la gestion de certains services à une société spécialisée, une société peut ainsi se concentrer sur son corps de métier.

A priori, l'externalisation semble relativement simple. Il faut une bonne infrastructure de télécommunications et des coûts d'opération relativement bas. Toutefois, comme l'Afrique du Sud l'a appris, ces facteurs ne garantissent pas le succès.

"Le coût des télécommunications et le manque de main-d'oeuvre ne nous permettent pas de nous imposer comme un centre d'externalisation offshore", explique Vusi Gumede, responsable des technologies de l'information et de la communication (Tic) au sein du bureau de la présidence sud-africaine. L'Afrique du Sud compte 576 centres d'appels mais la plupart opèrent sur le marché domestique.

A travers le continent, les Etats mettent les bouchées doubles pour offrir les meilleures conditions aux sociétés engagées dans l'externalisation. Le Kenya, par exemple, offre des incitations à ceux investissant dans le secteur des Tic : exemption fiscale de dix ans, permis de travail aux expatriés et pas de taxe à valeur ajoutée ou droits de douane sur les équipements. Le pays investit en même temps dans la modernisation de son réseau de télécommunications.

L'Afrique du Sud va plus loin en voulant déréguler son secteur des télécommunications. Ailleurs, les gouvernements essaient de remettre leurs infrastructures sur les rails. Les monopoles sont brisés et les sociétés de télécommunications privatisées. Toutefois, le point crucial reste la main-d'oeuvre.

"Nous n'irons pas dans des pays qui ne pourront nous garantir des ressources humaines qualifiées et pas cher dans le long terme", souligne Yves Bernaert, senior partner d'Accenture Mauritius.

L'Afrique investit de plus en plus dans la formation mais les résultats n'apparaîtront que dans le long terme. En attendant, la compétition sur le marché de l'externalisation est déjà féroce. L'Afrique a intérêt à agir vite pour répondre à l'appel lucratif de l'externalisation.

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