13 Septembre 2004
Kinshasa — Les partis signataires de l'Accord global et Inclusif bénéficient automatiquement de la reconnaissance de la loi moyennant quelques formalités administratives de forme auprès du Ministère de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité.
Dans une lettre datée du 8 septembre et dont une copie est parvenue au Phare, le secrétaire général de l'Udps, Remy Massamba ma Kiesse, prend à témoin le Président du Sénat sur le traitement particulier que lui inflige le Ministère de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité pour son enregistrement en tant que parti politique.
Par cette lettre, Remy Massamba rappelle au Président du Sénat toutes celles qu'il avait adressées précédemment au Ministère pour demander le récépissé confirmant l'enregistrement. Ces lettres comprenaient notamment plusieurs pièces destinées à appuyer la requêtede l'Udps : la copie légalisée des statuts de l'Udps du 27 janvier 1995; les listes actualisées des dirigeants nationaux de l'Udps; l'adresse du nouveau siège national de l'Udps; la copie légalisée de l'arrêté ministériel n0 91-049 du 17 janvier 1991 portant enregistrement d'un parti politique.
En dépit du fait que toutes ces lettres et pièces déposées d'abord le 17 mars puis le 03 et le 10 juin ont été dûment réceptionnées par les services compétents du Ministère de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité, Remy Massamba s'étonne que ce dernier ne se décide toujours pas à régulariser la situation en délivrant le fameux récépissé. Raison pour laquelle, dans une autre lettre au Ministre de l'Intérieur datée toujours du 8 septembre, Massamba ma Kiesse a tenu à demander à ce dernier de «bien vouloir se conformer à la loi», avant d'attirer son attention sur «les conséquences qui découleraient de la forclusion éventuelle des délais requis au préjudice de l'Udps».
Complot?
Au siège de l'Udps à Limete ainsi que dans les différents carrefours où se réunissent les célèbres parlementaires-debout, la colère est à son comble. D'aucuns sont allés jusqu'à évoquer publiquement l'hypothèse d'un complot ourdi par le Pprd pour barrer la route des élections à l'Udps et faire le lit de son parti. Dans un entretien avec notre confrère Le Potentiel daté de samedi dernier, Valentin Mubake Nombi, Conseiller d'Etienne Tshisekedi, n'a pas hésité de porter publiquement l'accusation. Allant jusqu'à soupçonner le parti du Ministre de l'Intérieur d'avoir imaginé ce subterfuge pour «délocaliser la crise congolaise de l'Est vers la capitale».
Accusation grave, certes. Mais le Ministère peut-il expliquer comment et pourquoi, depuis le 17 mars, aucune réponse n'est parvenue à l'Udps jusqu'à ce jour, même dans l'hypothèse incertaine d'un litige ou d'un dossier incomplet? Imagine-t-on les conséquences d'un tel acte ou s'agit-il d'une provocation délibérée au profit d'un schéma machiavélique? Lorsqu'on se rappelle avec quelle célérité le dossier de la dissidence du RCDN a été traité par la même administration, on ne peut qu'en conclure à juste titre qu'il y a anguille sous roche.
Curieux, tout de même. Surtout lorsqu'on sait que les différentes lettres de l'Udps venaient confirmer les déclarations publiques de ses leaders pour le respect de l'Accord Global et Inclusif ainsi que des institutions qui en sont issues.
Certes, le Ministère qui ne dédaigne pas, à l'occasion, de jouer avec le feu comme avec les nerfs des «Combattants» peut encore traîner les pieds, monter avec délectation une petite crise artificielle ou se faire désirer jusqu'à la date limite du 15 septembre. Mais qui peut dire jusqu'où l'on n'ira pas trop loin dans la provocation pour rendre la situation encore plus incertaine? L'affaire de la lapidation de la voiture du Président de l'Assemblée nationale est encore suffisamment fraîche dans toutes les mémoires pour rappeler à tout le monde l'obligation d'un comportement de responsabilité. Pour leur part, le Sénat qui est la structure constitutionnelle d'arbitrage des litiges ainsi que le Vice-président de la République en charge de la politique, défense et sécurité, ont été saisis ou pris à témoin par la lettre de Massamba ma Kiesse. Ils devront donc réagir ou se faire complices.
En attendant, les spéculations vont bon train. Et la thèse du complot est celle qui réunit les faveurs de l'opinion dans un contexte où les dirigeants de la Transition sont unanimement accusés de chercher des prétextes pour bloquer celle-ci ou la prolonger à leur avantage. Il reste, pour ceux qui évoquent l'hypothèse d'une ou plusieurs Udps, que selon la loi, les partis signataires de l'Accord global et Inclusif bénéficient automatiquement de la reconnaissance de la loi moyennant quelques formalités administratives de forme auprès du Ministère de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité. C'est ce que l'Udps a fait depuis le 17 mars 2003. Enfin, aux termes de la même loi, si au bout d'un certain délai l'administration n'a pas répondu pour formuler des griefs précis contre un dossier, ce dernier bénéficie de la présomption de la bonne foi et donc de la protection de la loi.
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