16 Septembre 2004
La reconnaissance par Pretoria de la République arabe sahraouie relance un des plus vieux dossiers de la décolonisation et pose une sérieuse hypothèque sur le retour du Maroc au sein de l'Union africaine.
Paris qui s'est longtemps alignée sur la position du Maroc se dit maintenant favorable à une " solution politique réaliste ".Rabat déçue par l'attitude de Pretoria a rappelé son ambassadeur.
La ministre sud-africaine des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma a annoncé hier que Pretoria avait décidé de reconnaître officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD), autoproclamée en 1975 par les rebelles indépendantistes du Front Polisario.L'établissement de relations diplomatiques entre l'Afrique du Sud et la RASD a été accueilli avec «surprise» et «déception» par le Maroc.
Rabat tente d'imposer internationalement depuis 1975 sa souveraineté sur le Sahara Occidental, un territoire revendiqué par les indépendantistes du Polisario, hébergés et soutenus militairement par l'Algérie.
Le Maroc a annoncé hier «le rappel sans délai pour consultation» de son ambassadeur à Pretoria, a déclaré à l'Associated Press, une source gouvernementale marocaine.
La ministre sud-africaine a pour sa part souhaité que la décision de Pretoria n'entraîne pas un différend diplomatique avec Rabat.
Elle a justifié ce renforcement de «liens fraternels» par le fait que l'Afrique du Sud et le peuple du Sahara Occidental se sont mutuellement prêtés assistance dans «leur lutte pour la liberté et la dignité».
Nkosazana Dlamini-Zuma a rappelé que son pays avait invité le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique à coopérer pour la tenue d'un référendum d'autodétermination au Sahara Occidental, une hypothèse désormais jugée «caduque» et «non-applicable» par le Maroc.
Conduite sous l'égide des Nations unies, qui veillent au respect d'un cessez-le-feu conclu en 1991, l'organisation de ce référendum bloque notamment sur la composition du corps électoral.
Ancienne colonie espagnole de 266.000 km2 bordés par l'océan Atlantique, le Sahara Occidental est une «cause sacrée» pour «l'ensemble des composantes du peuple marocain» et «pour le parachèvement de l'intégrité territoriale du royaume», rappelle régulièrement le roi Mohammed VI du Maroc.
De son côté, l'émissaire des Nations unies pour la résolution du conflit du Sahara Occidental, Alvaro De Soto, a déclaré hier à Alger qu'il était mandaté par Kofi Annan pour trouver une solution «reposant sur le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui».
Au terme de la visite d'Alvaro De Soto, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, a affirmé : «l'Algérie n'est ni le tuteur ni le porte-parole des Sahraouis (..). Les parties en conflit sont le Front Polisario et le royaume du Maroc».
Le chef de la diplomatie algérienne a également expliqué à l'émissaire onusien que «l'Algérie s'en tenait au plan de règlement, à la légalité internationale».
Malgré plusieurs défections, une vingtaine d'Etats africains reconnaissent toujours officiellement la RASD.
La reconnaissance sud-africaine, qui pourrait hypothéquer un retour prochain du Maroc au sein de l'Union africaine (UA), intervient après plusieurs mois de dégradation diplomatique entre le Maroc et l'Afrique du Sud. Les deux pays étaient concurrents pour l'organisation de la Coupe du monde de football 2010, finalement attribuée en mai par la FIFA à l'Afrique du Sud.
L'élection en 1999 d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence algérienne s'est en revanche accompagnée, selon un diplomate occidental en poste à Alger, d'une «véritable lune de miel» entre l'Algérie et l'Afrique du Sud, deux acteurs majeurs de l'Union africaine.
Pour sa part, Paris se dit favorable à une solution «politique». Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères a exprimé hier le souhait de voir «une solution politique réaliste» dénouer la question du Sahara occidental.
«La France est favorable à la recherche d'une solution politique réaliste et durable à la question du Sahara occidental qui recueille l'accord des parties dans le cadre des Nations unies», a déclaré lors d'une rencontre avec la presse, Hervé Ladsous, porte-parole du Quai d'Orsay.
Il a en outre indiqué que la France soutenait «pleinement l'action de M. Alvaro de Soto, Représentant spécial du secrétaire général des Nations unies» pour le Sahara occidental.
«Nous nous concertons régulièrement avec les autres membres du Conseil de sécurité, y compris l'Espagne», a ajouté M. Ladsous.
Paris s'est toujours aligné sur la position de Rabat pour soutenir la «marocanité» du Sahara occidental devenu depuis plusieurs années l'épicentre d'une rivalité entre l'Algérie et le Maroc.
Le royaume chérifien avait, rappelle-t-on, obtenu le soutien ouvert de la France lorsqu'il s'était opposé au plan Baker, du nom de l'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker, alors envoyé spécial de Kofi Annan pour le Sahara occidental.
Le plan Baker prévoyait une période de transition de cinq années au terme de laquelle les tribus sahraouies seraient consultées par référendum sur leur appartenance au Maroc.
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