Le parlement panafricain a effectué sa rentrée hier matin à son siège de Johannesburg en Afrique du Sud. Les représentants du "peuple africain" ont promis par la voix de leur présidente, de "secouer" les régimes disons "récalcitrants" à la démocratie. Serait-ce enfin l'Afrique des peuples tant souhaitée depuis quatre décennies ? On a envie de le croire, même si le pool du continent n'incite pas à l'optimisme.
Après moult débats sur la forme que devait prendre le parlement africain en gestation, les députés du "peuple" africain ont fini par calquer celui-ci de son "frère" européen. Ainsi donc, l'hémicycle africain doit être un forum de discussions sur les questions touchant à la vie quotidienne des Africains et les voies et moyens pour améliorer ce quotidien. C'est dire qu'il va se présenter comme un "cercle d'éveil et de conscientisation", qui, à défaut de disposer de moyens de contraindre les gouvernements africains, n'en sera pas moins leur "aiguillonneur" et leur bonne conscience. Par la suite, et le temps faisant son oeuvre, le parlement africain pourrait disposer de toutes les prérogatives à même de lui permettre de peser sur la politique intérieure des pays. La démarche est saine et salutaire pour un continent, foyer de diverses tensions et de crises et par ailleurs, en butte à la mal gouvernance politique et économique dans nombre de pays. Et c'est là, qu'en dehors des difficultés "techniques" qui pourraient entraver sa bonne marche, et sur lesquelles le député Gilbert Noël Ouédraogo s'est fait l'écho dans votre quotidien (Sidwaya n° 5095, P.2 et 3) pourrait se trouver le "noeud gordien" appelé à l'étranger un jour. On ne le dira jamais assez, les pays africains n'ont pas le même niveau de culture démocratique. Pire, certains d'entre eux n'ont que faire de la démocratie à l'occidentale, y croyant une "pièce importée", incapable de s'adapter au contexte africain.
Le volontarisme seul ne suffit pas
Sans entrer avec eux dans ce procès, disons que des "vertus" de cette démocratie tel que le "tout-libéral" en matière économique fait plus de mal que de bien à un continent déficitaire en matière d'infrastructures de base, que seul l'Etat peut réaliser le privé étant trop embryonnaire. Pour en revenir au parlement africain, il lui appartiendra de forger la "démocratie africaine", ce qui à notre sens, doit l'amener à aller au-delà de son devoir d'interpellation, pour faire un travail de réflexion qui ne peut commencer qu'en "revisitant" notre histoire. Si l'Afrique est en butte à des conflits récurrents, c'est parce que les Africains ne savent pas, ou feignent de ne pas savoir, qu'ils ont été "désarticulés" dès la chute de l'Empire de Gao sous les coups de boutoir des Almoravides. Cette introduction "d'éléments étrangers" en Afrique subsaharienne, nonobstant les guerres entre empires (celui du Mandingue, tombeur du Sosso et défait lui-même par les Sonrhaï Soni Ali Ber) et les querelles intestines, préfigurait la lente descentaux enfers d'un continent qui depuis, ne vit et ne se définit que selon les autres. Car, après les conquérants marocains, ce furent les Occidentaux qui achèveront le travail d'acculturation d'un continent, berceau de l'humanité et conséquemment, de la civilisation. C'est pourquoi les Ivoiriens ne savent pas qu'ils sont "même chose pareil" et se livrent ainsi cette guerre absurde. Faut-il en effet rappeler que l'actuelle Côte d'Ivoire est une "province" de l'ancien Empire du Mali qui allait du Sénégal actuel au Niger, à la Guinée, au Mali, à l'Ouest du Burkina, au Liberia et à la Sierra Leone. Sur les ruines de l'Empire du Ghana, subsistaient cependant des provinces autonomes et indépendantes tel que le royaume Ashanti, celui mossi, celui d'Abomey et quelques principautés (le Guiriko, le Kong, etc.).
C'est la "fusion-absorption", puis le découpage de cet espace par les colons sans tenir compte des repères culturels qui a donné les actuels Etats-hybrides. On pourrait aussi dire la même chose de l'Afrique centrale, ou l'empire du Congo allait du Congo à l'Angola jusqu'aux confins du "Zoulouland" et en coexistence plus ou moins pacifique avec les royaumes des Grands Lacs (Rwanda-Burundi).
Plus en haut se trouvait l'Afrique blanche alors qu'à l'Est subsistait le multiséculaire Empire d'Ethiopie, où le roi Salomon et sa princesse nubienne (voir le Cantique des Cantiques dans la Bible) s'aimèrent.
Et, la vie économique dans ces vastes ensembles était si riche et si puissante que le pèlerinage de Kankan Moussa (successeur de Aboubacar, fils de Soundiata Kéita) à la Mecque est resté un fait historique eu égard à la grande prodigalité de l'empereur. Ce raccourci historique (forcément approximatif du fait de nos limites propres) pour dire que le travail de "conscientisation" que les députés africains doivent effectuer apparaît primordial. Cela, sans acrimonie criticiste, mais aussi sans concession. Autrement, ils se battront contre des moulins à vent, au Kivu, au Soudan, au Burundi, en Côte d'Ivoire... et la "galère" voguera toujours.

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