La Presse (Tunis)

Tunisie: Acropolium de Carthage - Une note d'amour et d'espoir avec Ray Lema, en solo

Malek Lakhoua

21 Octobre 2004


Après le festival international de jazz de Tabarka, celui de Carthage et de Hammamet en compagnie de Manu Dibango, cette fois c'est dans le cadre de la Xe session de l'Octobre musical que Ray Lema, seul, exprime sa musique, celle d'un musicien d'origine africaine, une musique sincère, sans étiquette, universelle qui a su la partager avec un public venu très nombreux mardi 19 octobre à l'Acropolium de Carthage.

Cette volonté d'introduire d'autres courants musicaux dans la programmation de ce festival classique «s'inscrit dans l'optique de faire découvrir au public tunisien d'autres manières de penser la musique. Le classique nous mène à tous les genres musicaux», affirme Mustapha Okbi, directeur du festival. Ray Lema lui-même a fait ses gammes sur Beethoven, Bach ou Mozart, ce qui ne l'a pas empêché d'être à l'affût de nouveautés (gnaoua, musique bulgare ).

L'Acropolium aura été tout à fait majestueux pour cette soirée avec un habillage lumière spécialement conçu pour cet événement afin de souligner en toute sobriété la puissance du jeu en public du pianiste.

Son dernier opus, Mizica, porte le nom de sa mère

Ray Lema, au regard humble et doux, apparaît habillé d'un haut traditionnel blanc de même couleur que sa barbichette qui lui donne un air de sage africain. Ancien séminariste congolais devenu une figure clé de l'afro-world parisienne, il commence par une prière «pour le bon Dieu qui nous a donné la vie», avant de s'adonner au piano solo. Pas la peine de chercher : est-ce du jazz, du classique? de l'ethno?

C'est tout simplement de la belle musique qui vous emporte, «celle qui vous parle d'elle-même». Après deux morceaux improvisés, le public adhère tout de suite à sa sonorité africaine. Il enchaîne par une pièce intitulée «Mathisou» tirée de son dernier opus («Mizica») qui porte le nom de sa mère disparue récemment. Une mère qui l'a beaucoup soutenu malgré son désaccord avec les choix de son fils. Car un enfant qui naît et grandit en Afrique n'a malheureusement pas l'opportunité de choisir la musique comme destinée. «Mathisou», «c'est le nom d'un jeune homme qui a 1 an et 2 mois, c'est mon petit-fils». Après chaque morceau, il s'adonne à des plaisanteries avec le public qui se sent intime avec cet artiste qui a beaucoup d'humour.

Il lui confie qu'«ayant vécu 25 ans en Occident, un sujet récurrent et frustrant se présentait à moi lors des concerts, c'est que les gens ne comprennent pas la langue avec laquelle je chante. Mais quand je vous regarde, je vois dans vos yeux que beaucoup de gens comprennent ce que je dis». En effet, lorsque Ray Lema joue du piano, il ne quitte jamais son public du regard, qui, lui, ne laisse échapper aucune note de cet hymne à l'amour.

Les compositions de Ray Lema ont su allier le groove africain à une certaine science harmonique occidentale.

Ainsi la main gauche joue un agencement rythmique typiquement africain, quant à la main droite, elle élabore une sonorité tantôt jazz, tantôt africaine, tantôt classique (dommage que la prise de l'image n'ait pas permis d'admirer l'artiste sous ses multiples facettes).

Il convie ensuite ses invités à un voyage vers son pays d'origine avec un morceau qui nous entraîne dans «le balancement le plus naturel des gens quand ils marchent à Kinshasa, du moins c'est mon impression (rire)».

Le «soukoussou», danse joyeuse

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Enchaînant par une pièce sur le «soukoussou», une danse congolaise qui donne une identité congolaise, «je trouve cette danse vraiment joyeuse». Il évoque son pays, le Congo, l'ex-Zaïre, «ça peut être troublant pour certains, mais pour nous, ce n'est plus troublant» et chante une chanson d'espoir pour son peuple, «malgré la musique congolaise qui est joyeuse», il faut dire que la situation est désastreuse mais comme dit un proverbe tiré de la sagesse africaine : la balle ne peut rebondir que quand elle touche le sol et j'espère qu'on va rebondir après avoir touché le sol. Une dernière prière après un morceau inspiré par un récent séjour au Brésil. Une composition coécrite avec le grand chanteur français disparu cette année («C'est une Garonne»).

Garonne ou non, chanson élaborée avec Claude Nougaro, chanteur du cru, Ray Lema est africain d'abord, et comme pour le confirmer, si besoin est, en fin de spectacle, il convie son public sous le charme à danser sur les rythmes soukoussou.

Cette fois-ci, le public a découvert un Lema, au piano, humain, qui illustre à lui seul les richesses et le déchirement de l'Afrique.

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