Le Journal de l'Economie (Dakar)

Sénégal: L'emploi à Dakar : le chômage est plus présent chez les instruits

Jeffrey D. Sachs

8 Novembre 2004


Dakar — Le taux de chômage, au sens du BIT, n'atteint pas 12% dans la ville de Dakar, sur une population de près de deux millions d'habitants, dont 756.300 actifs. Paradoxe, le chômage touche plus les actifs ayant fréquenté l'université et le sous-emploi global s'établit à 72,5% de la population active.

Plus on étudie, moins on a de chance de trouver du travail. Dakar montre un tel visage, lorsqu'on se fie aux résultats de l'enquête sur le marché du travail à Dakar menée par la Direction de la prévision et de la statistique (DPS) du ministère de l'Economie et des Finances et publiés cette année : «L'emploi, le chômage et les conditions d'activité dans l'agglomération de Dakar». Les résultats montrent que sur un nombre 756.000 actifs, 88.000 sont au chômage, soit près de 11,7% de taux de chômage pour la population de Dakar (hors communautés rurales de Yenn et Sangalkam). Ce taux augmente vite avec le niveau d'instruction. Pour ceux qui ont fréquenté l'école primaire, il est de 13,5%, contre 18% pour ceux qui ont atteint le cycle secondaire. Par contre, le taux de chômage passe à 23,5% pour les actifs qui ont fait des études universitaires, soit près de 12 points de plus que le taux de chômage moyen.

Qu'est ce qui fait que l'on ait plus de difficultés à trouver du travail en étant instruit ? L'explication la plus simple est notre tendance à dédaigner certains types d'emploi, lorsqu'on atteint un certain niveau d'éducation. Il s'agit par exemple d'un titulaire de licence à qui on proposerait un emploi de technicien de surface, qu'il refuserait bien évidemment parce qu'il a des prétentions plus nobles. Mais malheureusement pour lui, le type d'emploi auquel il prétend est difficile à trouver, du fait la structure même de notre économie, qui ne génère pas suffisamment d'emploi à forte valeur ajoutée.

En effet, dans un pays en développement comme le Sénégal, c'est le sous-emploi qui constitue la forme la plus courante de travail.

L'enquête estime que 107.000 actifs occupés travaillent contre leur gré, moins d'heures que la norme et 358.000 ont une productivité très faible avec un salaire horaire inférieur au Smig. En d'autres termes, le taux de sous-emploi global s'établit à 72,5% de la population active. Ce qui est une preuve de l'inadéquation de l'offre et de la demande de travail à Dakar et de l'incapacité des instruits à trouver un travail convenable à leur statut.

Qui sont les chômeurs à Dakar

L'enquête a mesuré le nombre de chômeurs 88.300 actifs. Mais on peut relever aussi, qu'il y a 66.800 chômeurs découragés. Donc, au sens plus général, le taux de chômage dépasse les 11,7% et atteint presque 19% de la population active. Le chômage concerne sensiblement plus les femmes que les hommes. Le taux de chômage atteint 14% chez les femmes contre 10% chez les hommes. Quel que soit le sexe, le chômage concerne plus les jeunes que les personnes âgées : «le taux de chômage est de 14,4% pour les jeunes de 10 à 29 ans, contre 10% pour la classe d'âge de 30 à 49 ans et 6,7% seulement pour les personnes de 50 ans et plus», révèle l'enquête de la DPS. Les célibataires et les divorcés, quel que soit le sexe, ont les taux de chômage les plus élevés. Le chômage touche les personnes les plus instruites et les personnes dépendantes, c'est-à-dire les personnes autres que le chef de ménage dans la famille.

Sur le marché du travail à Dakar, les chômeurs à la quête du premier emploi (primo-demandeurs), constituent 53,5% des chômeurs. Le primo-demandeur est jeune, il a un âge moyen de 27 ans, il a fait des études plus longues que l'ancien occupé, 6 ans contre 5. Les chômeurs ayant déjà travaillé, sensiblement moins nombreux que les primo-demandeurs, ont perdu leur emploi souvent de manière involontaire.

Près de la moitié sont licenciés ou on perdu leur emploi parce que l'entreprise a fait faillite. Par contre, 11,5% d'entre eux ont quitté leur emploi, parce qu'ils jugeaient leur salaire insuffisant.

Mais il va falloir, pour ceux qui ont quitté leur emploi et sont à la recherche d'un autre, en moyenne quatre ans pour mettre fin à leur galère. Comment trouver du travail ? Deux-tiers des demandeurs estiment que les relations personnelles sont un mécanisme indispensable de recherche. 25% s'adressent directement aux employeurs, 2% se présentent à des concours et 2% répondent aux petites annonces.

Parmi ces demandeurs, 40% recherchent un emploi salarié, 25% un travail non salarié et 33% déclarent qu'ils sont indifférents. La plupart des chômeurs, soit 25%, souhaitent s'établir pour leur propre compte, ou travailler dans une grande société privée (27%). Mais peu d'entre eux sont attirés par le public (11%). La fonction publique n'est plus un secteur attrayant pour les demandeurs d'emploi.

Parmi les 668.000 actifs occupés, 7,5% sont employés par la fonction publique. Le public regroupe la « majorité des emplois qualifiés, de niveau scolaire élevé et stable ». Dans le public l'ancienneté est en moyenne de 14 ans pour l'administration et de 12 ans pour les entreprises publiques. Les revenus moyens dans le secteur public sont les plus élevés, 150.000 et 135.000 francs CFA par mois dans l'administration et les entreprises publiques, contre un revenu moyen global à Dakar de 58.200 francs CFA par mois.

Le secteur des entreprise privées formelles et le secteur social regroupent 16% de la main d'?uvre de Dakar. Plus de 68% de cette main d'?uvre travaille dans des entreprises de moins de 100 personnes et la couverture sociale ne concerne que moins de 15% de ces individus. Ces employés sont moins fidèles à leurs entreprises que les employés du secteur public, le taux d'ancienneté ne dépasse pas 8,6 ans. toutefois, il est plus fort que la moyenne qui est de 8,2 ans. Les salaires moyens dans ce secteur tournent autour de 113.000 francs CFA par mois, ils se situent nettement en deçà des salaires du secteur public.

Sans surprise, l'informel constitue le premier pourvoyeur d'emplois. Il fait travailler 76,4% des actifs occupés. C'est le secteur où on gagne le moins (Voir Le Journal de l'Economie n° 4?), environ 38.400 francs CFA par mois, contre une moyenne de 58.200, et où l'emploi est le plus précaire.

On constate que parmi ces trois secteurs, le public et le parapublic offrent une meilleure garantie de l'emploi et des salaires plus avantageux. Tout ce qu'il faut pour attirer les demandeurs d'emplois.

Pourtant, il ne constitue pas une priorité pour les chômeurs à la recherche de travail. Qu'est ce qui rebute donc tant dans l'administration ?

Le chômage épargne les plus âgés

et fait des ravages chez les jeunes et les femmes

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