L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: La scolarité obligatoire indispose

Patrick Hilbert

27 Novembre 2004


Port Louis — La mise en application de la loi sur la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans est un moment historique pour l'éducation nationale. Largement applaudie par les pédagogues, syndicats et autres professionnels de l'Education, elle suscite toutefois le doute chez certains. Pénalités, motivations, filières pré-professionnelles Plusieurs points indisposent, à deux mois de la date fatidique.

«Nous sommes contre la façon dont les choses ont été faites. Les partenaires n'ont pas été consultés avant que la loi ne passe au Parlement mardi dernier. La mise en application est encore trop floue. Nous attendons d'en discuter avec le ministre», affirme Girish Ramsahye, président de l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE).

Même son de cloche chez les membres de la Fédération des managers des collèges privés. «Nous sommes entièrement d'accord avec la loi, mais il y a encore de nombreux points qui méritent éclaircissements», dit Rajen Chumroo, porte-parole de la Fédération des managers des collèges privés.

Pour Lysie Ribot, présidente de la Secondary & Preparatory School Teachers & Other Staff Union (SPSTSU), la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans permettra de baisser le taux de délinquance. «ça viendra régler beaucoup de problèmes, tels que l'emploi des enfants.» Elle ne cache toutefois pas que trop d'interrogations subsistent sur le sujet. Comme elle, Jugdish Lollbeeharry, porte-parole du front commun des syndicats du primaire, se dit satisfait mais doit attendre avant de se prononcer.

Car bien des points donnent lieu au malaise. La filière pré-professionnelle dont sera pourvu chaque collège à partir de l'année prochaine en fait partie. Ces filières qui existent depuis quatre ans et recueillent les recalés du Certificate of Primary Education (CPE) laissent un goût amer. Un rapport de l'inspectorat national a émis de fortes critiques sur, notamment, la formation de ceux qui enseignent à ces élèves et le programme d'études. Le ministère de l'Education travaille sur les améliorations à apporter.«Le projet connaît encore beaucoup de manquements. Cela ne doit pas devenir une garderie», estime Lysie Ribot. Au ministère, l'on travaille d'arrache-pied pour en revoir certains aspects.

AMENDE ET PRISON

Autre «problème» : les pénalités prévues par la loi. Dès la prochaine rentrée, le responsable d'un enfant qui ne va pas à l'école «sans raisons valables» risque une amende n'excédant pas Rs 10 000 et un emprisonnement d'un maximum de deux ans. Comme plusieurs députés, les acteurs du secteur ne sont pas très favorables à cela. «Nous ne pouvons accepter les poursuites contre ceux qui n'envoient pas leurs enfants à l'école. Certaines personnes n'ont tout simplement pas les moyens de le faire», soutient Jugdish Lollbeeharry.

Lors de son allocution à l'Assemblée nationale mardi dernier, le ministre de l'Education devait déclarer que son intention n'était pas de «peupler les prisons de parents réticents». Personne ne sera donc enfermé entre quatre murs de sitôt.

Cependant, pour Jugdish Lollbeeharry, le gouvernement ferait mieux d'identifier et d'aider ceux qui n'ont pas les ressources au lieu de les condamner. Une opinion également exprimée par Rajen Chumroo. «Ceux qui n'ont pas les moyens doivent être assistés, que ce soit au niveau du transport ou autre.»

Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers' Union (GHTU), estime, pour sa part, que la scolarité obligatoire est une mauvaise politique. «Amender la loi pour rendre la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans à la dernière minute est dangereux et motivé politiquement».

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