Cheikh G. DIOP
7 Décembre 2004
Les conditions minables d'étude imposées à une grande partie de la jeunesse sénégalaise nous invitent à marquer un temps d'arrêt pour observer avec clairvoyance et lucidité le chemin tracé pour l'école par l'équipe Wade.
J'ai appris avec beaucoup de stupeur que dans plusieurs collèges et lycées de la banlieue dakaroise les élèves se mettent à trois par table-banc. On raconte même que dans certaines classes, des élèves suivent les cours debout ou assis sur des nattes de fortune pendant des heures. Dans beaucoup de collèges à l'intérieur du pays, particulièrement au sud, le spectacle n'est guère reluisant. Dans la presque totalité de tous ces établissements, des vacataires sont promus pour conduire les destinées de la jeunesse sénégalaise. Cette jeunesse-là qui est censée diriger le pays demain, me semble-t-il a droit à plus de respect et de considération.
Aujourd'hui force est de constater que le niveau des élèves ne cesse de baisser. Ce fait s'explique en grande partie par la détérioration des conditions de travail des enseignants et des élèves mais aussi et surtout par une politique de dévalorisation continue de la fonction enseignante. Les raisons de cette baisse de niveau sont multiples mais j'aimerai en évoquer une qui me parait être la plus pertinente et que les pouvoirs publiques s'emploient à occulter assez souvent: le manque de motivation dans les rangs des corps émergents. Ce manque de motivation participe non seulement de leurs conditions de rémunération mais aussi d'un manque de considération des autorités publiques à l'endroit de ces corps émergents.
En effet les heures supplémentaires dues aux contractuels ne sont payées que trois à quatre mois après le versement des sommes dues à leurs collègues titulaires. En octobre 2004 le gouvernement a royalement ignoré les corps émergents à l'occasion des augmentations de salaires annoncées avec tambours et trompettes. En lieu et place d'une augmentation, ils ont eu droit hélas à des promesses. Ces promesses creuses auxquelles ils nous ont habitué. On se souvient des augmentations de salaires annoncées en janvier 2003 et en janvier 2004, soit 10000 F en valeur cumulée et qui s'est soldée par une diminution du net à payer des contractuels, du fait d'une ponction d'impôt calculé on ne sait comment. Encore s'il en était besoin, la preuve que nous avons affaire à des as dans l'art d'abuser le peuple, de le berner et de l'endormir.
On parle à tout bout de champ de recrutement dans la fonction publique: 5000 agents par année, mais on ne précise jamais que plus de 4500 d'entre eux sont des volontaires et des vacataires. 4500 jeunes annuellement embourbés dans les engrenages de la pauvreté et de la précarité. Il est plus que urgent d'appuyer sur la sonnette d'alarme pour que le président Wade daigne enfin mettre un terme à cette politique de paupérisation massive de la jeunesse. N'est- ce pas lui qui disait dans ses écrits «Dis moi quelle jeunesse tu as je te dirais quel peuple tu seras».
Le choix du gouvernement d'axer sa politique éducative sur le recrutement d'enseignants bon marché au mépris des textes et règlements en vigueur est le premier jalon posé dans le processus de dévalorisation et de destruction de l'école sénégalaise. J'ai le sentiment qu'aux yeux de nos gouvernants, la qualité et l'éthique importent peu. La seule chose qui compte c'est la quantité exprimée en chiffres - 40 % du budget pour l'éducation, près de 80 % de Tbs - qu'ils brandissent à toutes les occasions comme un argument électoral de taille.L'école sénégalaise n'est plus la référence qu'elle était dans la sous région et dans le continent, elle est devenue un énorme champ de complaisance ou chaque acte doit être posé selon des visées électoralistes.
Les taux de réussite aux différents examens ont connu des hausses non pas du fait de la qualité mais grâce aux mesures cavalières fixées pour le passage des élèves en classe supérieure et aux différents examens. Il faut mettre un terme à cette culture de la médiocrité qui gangrène la marche de notre école. Nul n'a le droit de sacrifier notre système éducatif sur l'autel de considérations bassement politiques. Nous ne permettrons jamais que des hommes et des femmes mus par des intérêts crypto-partisans veuillent pourrir ce qui fut naguère notre fierté. Les sénégalais n'ont pas besoin d'une politique de contournement des difficultés et de détournement des objectifs. Il est clair qu'on ne peut pas construire un système performant avec un personnel instable. Les multiples défections de volontaires et de vacataires en cours ou en début d'année sont un indicateur fiable de l'instabilité du système éducatif sénégalais.
Nous ne voulons pas d'une jeunesse formatée à la matrice du laxisme et de la concussion. La politique de la vacation et du mercenariat, j'allais dire volontariat, a fini de boucher, avec du béton armé, l'horizon de nos ambitions légitimes. Nous voulons d'un pays où il sera permis à chaque sénégalaise et à chaque sénégalais d'aspirer au bien être par son seul travail. Aujourd'hui, nous sommes tentés de dire: dis moi quels dirigeants tu as, je te dirai quel peuple tu seras.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.