Des milliers de jeunes congolais exploitent des carrières d'uranium dangereuses. Sans bottes ni masque, sans gants ni combinaison de protection, la recherche d'uranium est un gagne-pain risqué voire mortel.
Pourtant, ce sont par milliers que des jeunes diplômés au chômage ou d'anciens fonctionnaires déçus par la précarité, viennent de toutes les provinces de la Rdc travailler dans les mines du Katanga. Dans celle de Shinkolobwe, ils descendent dans des galeries parfois profondes de plus de 200 mètres. Une fois dans les carrières, les équipes de deux à cinq personnes travaillent à l'aide de pelles et de pioches, simplement éclairées par des torches et des lampes-tempête.
Ces mines d'uranium étaient exploitées avant l'indépendance. C'est de là qu'ont été extraites les 1.500 tonnes d'uranium qui ont permis aux Américains de fabriquer les bombes atomiques larguées sur Nagasaki et Hiroshima. Officiellement fermées en 1960, ces mines ont été gardées par des militaires jusqu'à la chute de Mobutu en 1997. Depuis lors, elles ont été investies par des mineurs clandestins qui continuent de passer outre à l'interdiction d'exploitation décrétée par le gouvernement de Kinshasa en janvier dernier.
Et pour cause : " les conditions rudimentaires de travail sont à la base des éboulements qui tuent chaque mois des creuseurs dans l'anonymat total ", explique Dieudonné Masudi, directeur du Centre des droits de l'homme (Cdh) à Lumbumbashi. " Le dernier en date est celui du 8 juillet dernier (il a fait 8 morts, ndlr). Nous n'avons pas le chiffre exact des creuseurs qui meurent dans ces éboulements car c'est difficile d'y avoir accès même pour la Monuc (Mission des Nations unies au Congo) ", se plaint-il.
Quant à l'uranium, il est acheté par les Chinois, Coréens, Pakistanais, etc. On en retrouve aussi à Kinshasa. Selon un ingénieur de la Gécamines, ce trafic ne concerne pas seulement l'uranium extrait de Shinkolobwe ou de Luswishi près de Lumbumbashi mais aussi les déchets radioactifs enfouis au Katanga dans les années 1970. Prudents, les acheteurs qui viennent sur les sites sont d'ailleurs minutieusement protégés par des vêtements et des bottes anti-radiation. Car les risques liés à l'uranium sont importants.
Poussières radioactives
Le chef de l'équipe des experts onusiens, membre de l'Agence internationale de l'énergie atomique (Aiea), René Nijenhuis, rappelle que " ses résultats préliminaires de l'enquête menée dans la mine de Shinkolobwe du 27 octobre au 4 novembre 2004 montrent que l'irradiation y est supérieure aux normes internationales " et donc dangereuse pour la santé. Un danger déjà dénoncé en 2003 par le professeur Loris Nda Bar Tung de l'Université de Lubumbashi. Il avait alors été menacé par certains responsables congolais qui tirent profit du trafic des déchets radioactifs. Mais, les creuseurs ne sont pas les seuls en danger. Les véhicules transportent les minerais uranifères dans des camions ouverts sur 120 km jusqu'à Lumbubashi. Tout le long du parcours, ils essaiment de la poussière radioactive alors que de nombreux marchés vendent des denrées alimentaires au bord de la route.
En dépit de la récente mise en garde de l'Aiea, les jeunes creuseurs, notamment ceux de Shinkolowe Central, estimés à plus de 3.000, continuent à descendre sous terre : " Les écoles et les universités dans notre pays sont devenues des machines à fabriquer des chômeurs. Nous sommes déjà des cadavres et un cadavre n'a pas peur de mourir de l'irradiation ", fait observer un mineur artisanal. Et un autre, licencié en Droit ne sachant à quel saint se vouer pour s'inscrire au barreau ou se faire nommer magistrat, témoigne devant un activiste des droits de l'homme : " La mort nous guette de partout. Il appartient à chacun de choisir de quelle mort il va mourir. Certains meurent de malaria, d'autres de balles à la tête d'une rébellion. Moi, j'ai choisi de mourir par contamination radioactive ! "

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