17 Décembre 2004
Six ans après l'assassinat de Norbert Zongo, l'enquête n'a pas avancé et l'impunité reste la règle. Le lundi 13 décembre 2004 marque le triste anniversaire de l'assassinat du journaliste burkinabé Norbert Zongo, froidement abattu dans sa voiture avec trois de ses compagnons, sur une route du sud du pays, en 1998.
Lors de la conférence de presse de clôture du Xe sommet de la Francophonie, le 28 novembre à Ouagadougou, un représentant de Reporters sans frontières a interpellé le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, sur l'affaire du journaliste assassiné. Six ans après les faits, la justice burkinabé n'avance pas.
Le frère du président, François Compaoré, largement impliqué dans l'affaire, n'a jamais été inquiété. " Il semble qu'une impunité totale soit de mise au Burkina Faso ", s'inquiétait le représentant de l'organisation devant le président burkinabé. " Le juge a l'entière liberté pour interroger qui il veut, a répondu Blaise Compaoré. Ce n'est pas le rôle du président du Faso de s'ingérer dans une procédure judiciaire. "
" Vous avez raison, M. le Président, ce n'est pas votre rôle, a déclaré Reporters sans frontières à l'occasion du sixième anniversaire de la mort du directeur de l'Indépendant. Si les plus hautes autorités burkinabés ne s'ingéraient plus dans l'enquête sur l'assassinat de Norbert Zongo, celle-ci pourrait avancer plus rapidement. Or, il n'en est rien. Toutefois, avec ces garanties publiques, formulées par le chef de l'Etat burkinabé, aux côtés du président français Jacques Chirac et face aux chefs d'Etat des pays ayant le français en partage, le juge d'instruction Wenceslas Ilboudo peut maintenant commencer à travailler sérieusement sur le dossier. "
Anomalies, impunité et immobilisme
Dans cette affaire, les anomalies se succèdent, l'impunité est la règle et l'immobilisme total. En août 2000, trois militaires de la garde présidentielle, dont l'adjudant Marcel Kafando, ont été reconnus coupables d'" avoir séquestré et torturé à mort " un jeune homme employé à la présidence, David Ouedraogo. Ce der nier, chauffeur de François Compaoré, conseiller et frère du chef de l'Etat, était soupçonné de lui avoir volé de l'argent. Il est mort sous la torture, quelques jours après avoir été arrêté par la garde présidentielle. Norbert Zongo enquêtait sur cette affaire lorsqu'il a été tué. En février 2001, Marcel Kafando a été inculpé d'" assassinat " et " incendie volontaire " par le procureur général dans le cadre du dossier Norbert Zongo. Or, malgré une condamnation à 20 ans de prison et une inculpation aussi grave, Marcel Kafando coule des jours tranquilles en liberté, à son domicile. François Compaoré, lui, n'a jamais été inculpé dans l'affaire David Ouedraogo, alors qu'il avait personnellement téléphoné à l'adjudant Kafando pour que celui-ci vienne se saisir du jeune homme. Il n'a été entendu qu'une seule fois, en 2001, dans l'affaire Norbert Zongo.
Lors de son passage au " pays des hommes intègres ", le représentant de Reporters sans frontières a tenté de rencontrer le juge Wenceslas Ilboudo. En vain. Celui-ci ne s'est pas présenté au rendez-vous convenu et n'était plus joignable les jours suivants.
Une campagne d'information panafricaine
Le 13 décembre, Reporters sans frontières devait également lancer une campagne de publicité dans la presse africaine, dénonçant un " crime impuni en Francophonie ". Parodiant une affiche de cinéma, cette campagne se place sous les auspices des " films de l'oubli ", avec " Blaise Compaoré, alias 'le protecteur' et François Compaoré, alias 'le protégé' ". Cette affiche a été distribuée à Ouagadougou lors du sommet du mois de novembre et envoyée aux principaux journaux africains.
Par ailleurs, Reporters sans frontières a adressé un courrier au président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, pour lui demander d'intervenir, afin de débloquer l'enquête sur l'assassinat du journaliste et de ses trois compagnons. " Nous vous demandons solennellement de peser de tout votre poids pour que justice soit rendue à la famille de Norbert Zongo et aux Burkinabés, pour qui la mort du journaliste a représenté une grave atteinte à leur propre liberté ", a notamment écrit l'organisation.
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