L'Express (Port Louis)

Afrique du Sud: Sida : l'ANC accuse les USA d'avoir traité des Africains en cobayes

Rebecca Harrison

20 Décembre 2004


Port Louis — Le parti au pouvoir en Afrique du Sud affirme que les Etats-Unis ont dissimulé les effets indésirables de la nevirapine. Elle est utilisée dans le traitement du VIH.

Les enfants séropositifs de l'hospice de Nyumbani à Nairobie, au Kenya, sont orphelins. Il sont 1,9 million à vivre avec le virus en Afrique Sub-saharienne. La nevirapine sert à prévenir la transmisson du VIH de la mère à l'enfant.

Le Congrès national africain (ANC) accuse les autorités américaines d'avoir traité des Africains en cobayes et met en cause les tests auxquels on a procédé avec la nevirapine, médicament antisida, avant son lancement à travers le continent.

Le parti au pouvoir en Afrique du Sud affirme sur son site Internet que les autorités sanitaires américaines ont "conspiré" avec la firme pharmaceutique allemande Boehringer Ingelheim afin de dissimuler les effets indésirables de la nevirapine, utilisée pour prévenir la transmission du virus VIH de mère à enfant.

Selon des allégations de presse reprises par l'ANC, des tests pratiqués avec ce médicament sur des femmes enceintes en Ouganda auraient été défectueux et l'administration de nevirapine en dose unique pourrait entraîner une résistance future au médicament.

Les Etats-Unis ont rejeté ce type d'accusations en faisant valoir que, si l'on a rencontré quelques problèmes de protocole au cours des tests, les résultats indiquant une chute spectaculaire des taux de transmission du VIH étaient fiables.

Mais l'ANC a diffusé vendredi soir une réplique virulente en affirmant que le président George Bush et son gouvernement, qui ont fait distribuer le médicament en Afrique dans le cadre d'une aide à ce continent ravagé par le sida, devaient être "enus responsables" d'inaction.

Pas une panacée mais remplit son rôle

"(Les autorités américaines) ont conspiré avec une firme pharmaceutique pour divulguer des mensonges et favoriser les ventes de nevirapine en Afrique, sans la moindre considération pour l'impact de ces mensonges sur les vies de millions d'Africains", écrit l'ANC dans sa lettre hebdomadaire.

Citant des informations de l'agence Associated Press, qui a évoqué l'affaire en premier, l'ANC accuse notamment les instituts nationaux de santé (NIH) américains d'avoir eu connaissance de problèmes rencontrés avec le médicament mais de ne pas en avoir informé la Maison blanche avant que Bush donne son aval à la distribution du médicament en Afrique.

Le gouvernement américain n'a pas réagi pour le moment aux accusations de l'ANC, mais l'institut national américain pour les maladies allergiques et infectieuses (NIAID) a démenti, dans un communiqué sur son site Internet daté du 17 décembre, que des responsables des NIH aient décidé de ne pas informer la Maison blanche des risques pouvant se rapporter au médicament.

De son côté, Boehringer Ingelheim a noté samedi que la nevirapine n'était pas une panacée mais qu'elle remplissait un objectif en Afrique et qu'aucun effet indésirable n'avait été enregistré hormis quand on l'utilisait pour des thérapies à long terme, par opposition aux traitements à court terme pour femmes enceintes.

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