28 Décembre 2004
Difficile pour un étudiant africain de faire reconnaître ses diplômes en Europe pour y poursuivre ses études : il n'existe plus d'équivalence automatique des titres et les redoublements sont fréquents. Un vrai parcours du combattant.
- Le constat fait mal, mais il est généralisé: les universités européennes se méfient de la valeur des diplômes présentés par les étudiants africains qui souhaitent y poursuivre leurs études. En cause, généralement, la qualité, estimée faible, de la formation préalable de ces étudiants et, parfois, des doutes sur la manière d'obtenir ces diplômes. En clair, même si le mot n'est pas prononcé devant un journaliste: le risque d'avoir obtenu son parchemin par la corruption.
Xavier Renders, vice-recteur aux affaires étudiantes de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve (Ucl-Belgique) reste nuancé: "En Afrique, la qualité des universités varie fortement, de même qu'entre les facultés ou départements. Certaines équivalent à ce qui existe en Europe, d'autres sont médiocres."
En France, avoir un diplôme étranger ne suffit pas pour s'inscrire à l'université ou dans une école au même niveau. Ainsi, peut-on lire sur le site Internet du rectorat de l'Académie de Montpellier qu'"il n'existe pas de principe juridique d'équivalence entre les titres et les diplômes obtenus à l'étranger et les diplômes français délivrés par le ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche". C'est à la structure d'accueil (école, université) de décider seule si elle accepte ou non un étudiant étranger avec tel ou tel diplôme. L'équivalence automatique qui a longtemps été la règle, n'existe plus, à l'exception de rares accords spécifiques entre universités.
Selon les responsables d'universités et de Hautes écoles, interrogés en Belgique, le problème le plus fréquent est la forte différence de niveau entre les étudiants du Sud et du Nord porteurs d'un titre équivalent. Les premiers ont, dès lors, du mal à suivre les cours auxquels ils s'inscrivent, et vont d'échec en échec. "On en voit beaucoup qui ne peuvent pas suivre en cours du jour, s'inscrivent alors à des cours du soir et finissent par abandonner", explique Nathalie Van Droogenbroeck, de l'Ichec (Bruxelles). Parfois, les autorités académiques donnent l'impression de multiplier les obstacles sur la route des candidats. Une femme, ancien membre de la commission de recours de l'Université libre de Bruxelles, rapporte que souvent les refus n'étaient pas motivés, si ce n'est par le simple constat que la formation n'est pas adéquate. Une suspicion peu appréciée des étudiants africains. Peu acceptent d'être cités, mais ils parlent de condescendance, de paternalisme, voire d'attitude néo-coloniale.
Faisant allusion à une évaluation de la qualité de l'enseignement supérieur réalisée au Congo il y a deux ans et qui l'estimait "au rabais", Matundo Lelo, chargé par les universités congolaises de coordonner leur coopération avec leurs homologues belges, estime que "tout cela est subjectif". "Il y a, dit-il, des écoles privées libres et confessionnelles qui fonctionnent très bien". Le fait est là: pour un étudiant africain qui souhaite poursuivre des études en Europe, un diplôme n'est qu'un bagage très léger. Les récents efforts réalisés par certaines universités, comme au Cameroun, permettront peut-être de changer la donne. A l'Université de Louvain-la-Neuve, qui inscrit environ 800 étudiants africains par année académique pour plusieurs milliers de demandes, le vice-recteur explique que "quand il s'agit d'examiner la qualité d'un diplôme, nos facultés se basent sur une connaissance ponctuelle de ces universités, suite à des contacts antérieurs. Par exemple, par des enseignants de chez nous qui y ont collaboré, comme c'est le cas, notamment, à Bukavu depuis dix ans. C'est donc presque une appréciation au cas par cas".
En France aussi. Le dossier de chaque étudiant passe devant une commission pédagogique constituée d'enseignants, qui évalue son niveau et décide du cursus qu'il peut suivre. Le site du ministère de l'Education nationale précise d'ailleurs qu'un "diplôme peut être validé par un établissement et ne pas l'être par un autre".
Reste ensuite à remplir les exigences afin d'obtenir le visa pour venir étudier en Europe. Elles sont de plus en plus draconiennes. En France, il est désormais nécessaire, en l'absence de bourse, de déposer plusieurs milliers d'euros sur un compte avant même d'avoir mis un pied dans le pays. Cela pour s'assurer que l'étudiant aura de quoi y vivre. Un obstacle de plus
Même lorsqu'il est accepté, l'étudiant étranger n'est pas au bout de son parcours du combattant. Il devra souvent recommencer certaines années d'études déjà effectuées. Dans une Haute école bruxelloise, le responsable des dossiers d'inscription précise être "souvent obligé de les faire descendre d'un, deux, voire trois ans". A l'Ucl aussi, des cours de mise à niveau sont souvent imposés. "Les étudiants ont du mal à l'accepter, précise Nathalie Van Droogenbroeck; pourtant, nous nous basons sur une étude fouillée de leurs cours antérieurs. Mais dans le doute, nous préférons ne pas prendre de risque, au profit de l'étudiant." Enfin, l'étudiant africain qui termine ses études en Europe n'a pas pour autant accès au marché du travail. Il faut pour cela qu'il ait réalisé tout son parcours universitaire dans le pays d'accueil. Or, la tendance dans les universités est de ne les accepter qu'à partir du 3ecycle. Pour autant, ils sont encore très nombreux à préférer rester en Europe, en effectuant des travaux pour lesquels ils sont surqualifiés plutôt que de faire profiter leur pays de leurs compétences
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