La Presse (Tunis)

Tunisie: Les Blés de Dougga de Alia Mabrouk : voyage dans le temps et dans la mémoire

La réédition d'un livre, dix ans après sa parution, ne peut être que le signe encourageant de la longévité et de la vitalité de notre littérature.

Réédité par la jeune et très éclectique maison d'édition Clairefontaine, «Les Blés de Dougga» de Alia Mabrouk n'a pas pris un jour.

L'auteur, quant à elle, a conforté ses options, maintenu ses choix de chroniques historiques, affiné son écriture, et remporté, dans la foulée, le dernier Comar d'or. Avec «Les Blés de Dougga» elle avait déjà défini ses objectifs : écrire des récits consacrés à l'histoire de son pays.

Et comme Alia Mabrouk n'aime pas, semble-t-il, la facilité, elle choisit généralement des tranches de l'histoire plus ou moins obscures, celles sur lesquelles on n'a pas beaucoup écrit : l'histoire de Genseric, le roi des Vandales, période peu connue, et sur laquelle il fut peu publié.

Celle de Saint-Louis, et du temps qu'il passa à Carthage, dont, finalement, on ne sait pas grand-chose.

Avec les Blés de Dougga, cette fille du Kef avait commencé par ce qu'elle connaissait le mieux: sa région et son pays mental.

Et elle nous plonge joyeusement dans la Tunisie antique, si présente et si riche dans ces contrées.

Nous sommes en l'été 295.

Le procureur Caecilius Metellus a une délicate mission à remplir : réunir les grandes quantités de blé imposées par l'Empereur et les faire parvenir à Rome.

Bien sûr, il se heurte à l'opposition des notables lassés de payer tribut.

Mais aussi envoûté par le pays aux blés d'or, il succombe au charme de la belle Nahania, fille du Seigneur Madrii.

Partagé entre son devoir et ses sentiments, Caecilius Metellus réussira-t-il à s'acquitter de sa mission, et restera-t-il fidèle à son allégeance à l'Empire?

Mêlant, comme elle sait si bien le faire, la fiction à l'histoire, greffant une intrigue amoureuse dans une tranche de vie passée, donnant de la chair à ses personnages, de l'imprévu aux évènements, de la couleur à la société qu'elle décrit, Alia Mabrouk nous offre ainsi un récit vivant dans lequel elle retrace avec subtilité la relation complexe entre l'Empire romain en déclin et l'Africa.

Tout comme dans son récit, L'Emir et les croisés, nous trouvons en elle ce talent d'insuffler de la vie aux vieilles pierres et de s'en faire l'écho.

La présentation soignée de l'ouvrage accentue le plaisir de la lecture ou de la relecture.


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