La Tribune (Algiers)

Algérie: Benachenhou restructure les organes de direction des banques et assurances

Amine Echikr

15 Février 2005


Séparation des fonctions de président du CA et de DG

«Les fonctions de président de conseil d'administration [CA] et de directeur général [DG] des banques et des sociétés d'assurances seront séparées à compter du 28 février 2005.» C'est ce qu'a déclaré le directeur du bureau de conseils Strategica, El Hachemi Siagh, en lieu et place du ministre des Finances, initiateur de la décision. Dans la pratique, il s'agit d'une petite révolution dans la gestion des affaires des banques et assurances du secteur public. En effet, il s'agit du passage d'une gestion «à la française» pour s'orienter vers un organe de direction de type «anglo-saxon». La séparation de la fonction de président du conseil d'administration de celle de directeur général implique aussi la transformation du CA en une sorte de conseil de surveillance des actes de gestion du directeur général. Cette organisation se base sur le principe d'accountability que l'on peut traduire par «responsabilisation». Ce dernier concept englobe «la disposition à expliquer et à justifier ses intentions, actions et omissions, ainsi que les moyens grâce auxquels cette responsabilisation se manifeste à toutes les personnes directement ou indirectement concernées par les activités de l'organisation».

Ainsi, les directeurs généraux des institutions financières ne rendront plus de comptes à un conseil qu'ils dirigent mais seront soumis à une sorte de tutelle qui pourrait éventuellement prendre des sanctions en cas de mauvaise gestion. Si le système anglo-saxon peut paraître efficace, la question qui restera posée est celle concernant les membres qui composeront les conseils d'administration. Les cas de concussion ou de laisser-faire de la part d'un conseil d'administration ou d'un conseil de surveillance sont assez nombreux de par le monde pour que la composante humaine soit examinée à la loupe en ce qui concerne des institutions financières aussi vitales à une économie à la recherche de son développement comme l'économie algérienne. Les membres des conseils d'administration sont peu nombreux et sont parfois directeur général d'une entreprise qui a pour président du conseil d'administration un collègue siégeant au CA de son entreprise.

Ainsi se croisent des intérêts qui ne sont pas toujours ceux de l'entreprise ou qui poussent à fermer les yeux quand l'erreur de gestion ne fait pas subir à la société un trop grand préjudice.La restructuration voulue par le ministre des Finances et qui semble avoir été prise sur conseil du cabinet Strategica révolutionnera, a priori, les relations entre les représentants de l'actionnaire (l'Etat, NDLR) et le responsable de la gestion de l'entreprise, lui aussi nommé par l'Etat. Cette option du contrôle de la gestion se fait au moment où le secteur connaît de profondes mutations en raison de la réforme en cours et de l'option prise par Abdelatif Benachenhou de privatiser trois des banques publiques, de la demande faite aux assureurs de rechercher des partenaires étrangers et de se préparer à l'ouverture de capital.

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