-Dnes- Mohammed Bakrim
3 Mars 2005
C'est désormais une question récurrente que nous rencontrons dans tous les festivals où sont présentés des films marocains traitant des années de plomb : ces réalisateurs prennent-ils des risques ? Vont-ils être sanctionnés ?...
La version Fespaco de ce stéréotype n'échappe pas à la règle : c'est un jeune journaliste de la RTB (Radio télévision burkinabée) qui me rapporte la scène vécue le matin même ; il avait prévu dans le conducteur de son journal matinal une présentation du film de Hassan Benjelloun, La Chambre noire. Le sujet parle de répression, d'arrestation arbitraire bref un résumé du film qui n'est pas fort élogieux pour le Maroc. Le jeune journaliste me raconte alors son angoisse : il avait hésité à passer le sujet par crainte d'incident diplomatique avec le Maroc car cela coïncidait avec le jour même de l'arrivée du Souverain au «Pays des hommes intègres». Vous imaginez où en est encore notre image ? Mais je n'avais eu aucune difficulté à le rassurer sur le Maroc de Mohammed VI.
Mais il n'était pas le seul. Lors de la traditionnelle conférence-débat qui fait suite à la projection des films, Hassan Benjelloun a dû lui aussi rectifier cette image et rappelé que non seulement le film a été réalisé grâce à une aide publique émanant d'un organisme étatique, mais qu'il a été projeté à la télévision et que celle-ci retransmettait les audiences publiques des victimes réelles de cette période noire de l'Histoire récente du Maroc. C'est dire combien les clichés peuvent perdurer à la réalité qui les a vu naître.
C'est dire aussi que l'actualité du Maroc est ici fort importante. La projection nocturne du film de Ferroukhi, Le Grand voyage dans l'une des plus belles salles de la ville, a connu un succès immense. Un vrai triomphe public en attendant une confirmation au palmarès dont la proclamation est prévue pour samedi dans la soirée.
Les projections se déroulent à travers principalement deux salles de cinéma Le Burkina et Le Neerwaya ; mais d'autres lieux offrent la possibilité de faire d'autres découvertes ou de rattraper un film que l'on a raté ailleurs. Parmi ses espaces le Centre culturel français (on continue à garder ici l'ancienne appellation devenue désuète au Maroc !) et qui abrite un véritable festival dans le Festival dans une ambiance de décontraction et de grande convivialité. Il propose des projections nocturnes dans la petite salle Méliès, véritable amphithéâtre de plein air dont l'euphorie de la réception magique de l'écran n'est pas sans rappeler, à une modeste échelle bien sûr, le bonheur des projections en plein air du Palais Badii de Marrakech. C'est dans cet endroit magnifique, par exemple, où le cinéaste marocain Ahed Bensouda a présenté son nouveau court métrage La Jarre dont le synopsis a été fort bien résumé par le titre d'un article du journal du Fespaco qui souligne en l'occurrence:"Quand la misère fait pousser les barbes. Ahed Bensouda aborde dans un style qu'il n'a pas hésité à qualifier de brechtien, la dérive qui mène un jeune handicapé à rejoindre un réseau intégriste pour échapper à l'humiliaThéâtre-analyse
tion subie du fait de sa condition sociale".
L'espace du CCF de Ouaga abrite aussi le fameux marché du cinéma et de l'audiovisuel (MICA) où l'on présente les dernières productions en matière de programmes de télévision ou de projets de réalisations audiovisuelles. On peut par exemple y apprendre que le premier producteur du monde de films de fiction est le Nigeria avec plus de 1200 films par an ! Mais il s'agit bien sûr de la production vidéo qui connaît là-bas un véritable boom et est devenue une industrie et un phénomène social et culturel ; un nouveau concept a même vu le jour: il s'agit de Nollywwod qui donne le titre d'un livre consacré au phénomène vidéo au Nigeria (publié chez l'Harmattan).
Pour la compétition officielle, retrouvailles avec le cinéma algérien et le film Les Suspects de Kamal Dahane, adapté d'une nouvelle de feu Tahar Djaït où l'on retrouve avec plaisir des acteurs inoubliables comme Sid Ali Kouiret dans une composition émouvante qui, en elle-même, exprime l'état du cinéma algérien.
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