La Presse (Tunis)

Tunisie: La « main à la pâte » pour réduire l'échec scolaire

I. Haouari

10 Mars 2005


Rendue obligatoire grâce aux nombreuses mesures qui ont été prises et aux programmes qui ont été mis en place, la scolarité a permis à beaucoup d'enfants d'accéder à l'éducation dans les zones les plus reculées du pays.

Cet objectif atteint, le ministère de l'Education et de la Formation est passé, il y a quelques années, à un stade supérieur, s'appuyant sur le principe selon lequel la performance scolaire ne doit pas être mesurée au nombre d'enfants scolarisés mais au nombre de ceux qui ont réussi avec succès la fin du premier cycle de l'école de base. Articulant sa démarche autour du rendement scolaire - tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour permettre au plus grand nombre d'élèves non plus seulement d'avoir accès à l'enseignement mais aussi de pouvoir obtenir de bons résultats au cours de leur cursus - le ministère a défini un programme pour les établissements à caractère prioritaire (PEPE).

Ce programme vise à accorder à ces établissements qui connaissent un rendement plus faible que les autres une attention particulière, consistant à leur conférer plus de moyens pour améliorer la qualité de leurs programmes et la performance de leurs élèves. Se basant sur plusieurs critères, dont le taux de redoublement, le taux d'interruption, la moyenne obtenue au cours des neuf premières années, le confort pédagogique et l'interdisciplinarité, le ministère a identifié les établissements qui accusent des déficits à ces niveaux. 150 établissements ont fait l'objet d'actions ciblées consistant à assurer une formation appuyée aux formateurs, à les équiper de salles polyvalentes, à y multiplier les activités culturelles en dehors des heures de cours et à introduire un système de cours de soutien au bénéfice des élèves qui rencontrent des difficultés.

Ce programme a déjà commencé à porter ses fruits, se traduisant par une amélioration des moyennes dans la plupart de ces établissements, atteignant même pour certains le niveau des moyennes nationales. Cependant, en raison d'une multitude de facteurs qui varient d'une région à l'autre, les élèves sont parfois amenés à interrompre leurs études de façon volontaire et indépendamment de leurs résultats. Les raisons en sont variées et nombreuses y compris pour des motifs économiques. S'ensuivent alors des absences répétées qui poussent à la longue les écoliers à abandonner carrément leurs études. Pour réduire le taux d'absentéisme et d'abandon scolaire consécutif à de telles pratiques, des établissements scolaires ont élaboré des programmes spécifiques afin de dissuader les élèves de quitter l'école. L'établissement primaire de Sidi Khelifa en est un exemple concret.

Du côté de l'école de Sidi Khelifa

Située dans la localité de Bouficha, cette école rurale, créée en 1961, connaît dans les années 80 un taux d'absentéisme et d'abandon assez élevé. Le directeur, un jeune maître d'application, décide alors d'adopter une approche novatrice pour décourager les élèves de quitter l'école. Afin de motiver les écoliers, l'instituteur organise des sorties et des excursions pendant les week-ends dans les régions voisines, crée des clubs de musique, de dessin, de théâtre et de jeux et introduit des activités ludiques au sein des cours. Le procédé fonctionne. Le taux d'absentéisme et d'abandon scolaire passe de 21% en 2001 à 15% en 2003 et à 2% en 2004. «Cette année, nous n'avons pas observé de cas d'abandon scolaire. Un seul parent a retiré sa fille de l'école. Nous avons diligenté une enquête menée par l'inspection régionale pour déterminer les raisons de cette rupture, souligne le nouveau directeur de l'établissement. Cette petite fille sera, d'ailleurs, de nouveau réintégrée dans l'école».

Pour motiver les élèves, les instituteurs ont introduit, par ailleurs, une nouvelle méthode d'apprentissage basée sur une acquisition active des connaissances, inspirée de la fameuse approche «main à la pâte» importée des Etats-Unis et pratiquée actuellement dans un grand nombre d'écoles européennes. A partir d'un thème abordé sous la forme d'une situation à problème ou d'un exercice de simulation, les écoliers essaient de construire un raisonnement et annotent dans un cahier, avec leurs propres mots, leurs observations et leurs remarques qui seront validées à la fin du cours par l'instituteur. Un des maîtres d'application de l'école a même introduit les Ntic comme support d'apprentissage des connaissances, faisant d'une pierre deux coups : apprendre aux écoliers à manipuler l'outil informatique et, en même temps, adopter une démarche active pour acquérir les connaissances de base.

«L'approche "main à la pâte" est un outil de motivation utilisé dans les zones à caractère prioritaire qui a pour avantage de placer l'enfant au centre de la démarche d'apprentissage. Les enfants sont confrontés à un problème et doivent essayer de trouver des solutions pour le résoudre. Ils participent à la construction du cours, en élaborant un raisonnement et en argumentant avec leurs propres mots. Afin de vérifier si les élèves ont bien assimilé, l'instituteur créera une nouvelle situation à problème, permettant aux écoliers de mobiliser les connaissances acquises en début de cours», explique l'inspecteur de la direction régionale.

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Enfin, conformément au programme de mise à niveau «l'école de demain», les instituteurs de l'école de Sidi Khelifa et des autres écoles environnantes devront, par ailleurs, concevoir d'ici à la fin de l'année des projets autour de différents thèmes, ce qui inclut la présentation d'une situation à problème par l'instituteur, l'émission d'hypothèses par les écoliers qui doivent les formuler avec leurs propres mots, la vérification de ces hypothèses et, enfin, la formulation des conclusions, le tout induisant une participation active des élèves à la construction du cours. «Les instituteurs sont tenus de concevoir leurs projets sur des supports numériques, afin d'amener les écoliers à procéder à une recherche en utilisant l'ordinateur. En effet, ces derniers doivent être capables, pour formuler leur hypothèse, de rechercher leurs informations dans les dossiers contenus dans le serveur de l'ordinateur», conclut l'inspecteur de la direction générale de l'inspection.

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