Wal Fadjri (Dakar)

Afrique: Enseignement des sciences en Afrique : une "fracture scientifique" à réduire

Issa Niang

11 Mars 2005


En plus de la fracture numérique et de la fracture agricole, le combat pour la réduction de la "fracture scientifique" est à l'ordre du jour. Le symposium organisé par l'Académie des sciences et des techniques du Sénégal pose les jalons de la réduction du gap scientifique entre pays en voie de développement et pays développés.

"Le constat est unanime que le fossé continue à se creuser entre pays développés et pauvres, rendant inopérants, vains et illusoires tous les plans et stratégies élaborés, tous les efforts d'émergence déployés, et dégradant ainsi, de manière vertigineuse, les termes de l'échange au préjudice de nos pays". Ainsi, le ministre de l'Education campe le débat à l'occasion de la cérémonie d'ouverture du symposium sur "L'élaboration d'un programme régional d'enseignement des sciences en Afrique" qu'il présidait hier à Dakar.

Pendant deux jours, des sommités scientifiques africaines seront en conclave à Dakar pour une réflexion dynamique et approfondie sur la problématique de l'enseignement des sciences et techniques en Afrique, sur leur rôle et leur impact dans les mutations et les bouleversements qui s'amorcent en ce début de 21e siècle.

Estimant que les nombreuses découvertes et les progrès n'ont profité qu'à une infime partie de l'humanité, le ministre de l'Education, le Pr Moustapha Sourang dira que cette rencontre de Dakar intervient dans un contexte où les pays en voie de développement sont fermement engagés dans l'ajustement de leurs politiques sur l'éradication du syndrome de la pauvreté (maladies, faim, faiblesse des revenus, chômage ). "Le moment n'est-il pas venu, s'interroge-t-il, de rassembler les éminences grises dont l'Afrique contemporaine regorge en plus de ceux de la diaspora, pour créer des structures d'études et de conseil destinées à éclairer nos gouvernements, en vue d'infléchir positivement leurs politiques ?".

Faisant part de l'expérience sénégalaise sur la thématique, le ministre de l'Education souligne l'inefficacité du système éducatif hérité de la colonisation dans le domaine de l'enseignement des sciences. "Le curriculum du cursus primaire avait mis en place un enseignement scientifique axé sur le triptyque observation, dénomination et représentation des phénomènes", déclare Moustapha Sourang pour qui, la contemplation d'un univers mythique, produit d'une représentation mentale dogmatique est un phénomène qui a longtemps inhibé l'enseignement scientifique et technologique. Or, fait-il remarquer, "un enseignement scientifique convenable devrait mettre à contribution aussi bien la tête que les mains". Est-ce à dire que rien n'a été fait dans le domaine de l'enseignement des sciences et techniques au Sénégal ? "Pas du tout", dira Moustapha Sourang qui estime qu'en matière d'évaluation pédagogique, on peut toujours mieux faire. Ainsi, pour Moustapha Sourang, un enseignement efficace des sciences et de la technologie exige une remise en question du paradigme didactique traditionnel jusqu'alors cantonné dans la découverte des choses et des phénomènes. Et, poursuit-il, la construction des savoirs doit intégrer la démarche d'une prospection cognitive centrée sur la manipulation et l'expérimentation et devant aboutir à des applications. Mais, "une telle démarche suppose dans nos lycées et collèges et dans nos universités des infrastructures, des laboratoires et des équipements performants".

Cette rencontre de Dakar qui prend fin aujourd'hui, est organisée par l'Académie des sciences et techniques du Sénégal dirigé par le professeur Souleymane Niang, ancien recteur de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Cette rencontre vient asseoir les bases d'une revitalisation de l'enseignement des sciences à l'initiative des académies africaines du Network of African Science Academies (Nasac).

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