Rousseau-Joël Foute
14 Mars 2005
Malgré une légère amélioration, la production nationale de cacao plafonne autour de 120 000 tonnes par an.
La récolte principale des fèves de cacao tire à sa fin (septembre-mars). La semaine dernière à Yaoundé, au cours de la concertation entre le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Clobert Tchatat, et les promoteurs des grandes exploitations agricoles, le constat a été fait qu'en gros, l'agriculture camerounaise marque le pas. Pour illustrer cette stagnation, l'évolution de la filière cacao a été retracée. Il y a une trentaine d'années, ont déclaré les participants, le Cameroun et la Côte d'Ivoire produisaient à peu près la même quantité de cacao. Mais aujourd'hui, alors que ce pays produit plus d'un million 200 mille tonnes de fèves de cacao, le Cameroun met sur le marché environ 120 000 tonnes de fèves par an.
Parmi les principales contraintes de la filière cacao, on note la faiblesse des rendements imputable à l'état actuel du verger et aux pratiques culturales archaïques. Dans les détails, on peut citer l'instabilité des cours sur le marché mondial ; l'enclavement des zones de production ; l'absence d'outils de financement appropriés ; l'indisponibilité ou l'inaccessibilité des intrants agricoles (utilisation insuffisante des engrais, des fongicides et des produits phytosanitaires) ; l'indisponibilité de la main d'oeuvre du fait de l'exode rural et du vieillissement des planteurs ; le vieillissement des plantations ; l'inorganisation des circuits de commercialisation ; la difficulté d'accès à la terre ; l'insuffisance de la professionnalisation des acteurs ; le manque d'information sur les marchés et les prix.
Il y a cependant une lueur d'espoir car selon les informations fournies par la direction nationale de la BEAC, pour 2004/2005, la production s'annonce meilleure que celle de la campagne écoulée, tandis que les fluctuations des cours dépendront de l'évolution de la situation socio-politique en Côte d'Ivoire. Les meilleures prises, ces derniers temps, auront un effet positif sur la filière au 1er trimestre 2005, compte tenu de l'importance que revêt la culture du cacao dans la lutte contre la pauvreté, du fait qu'elle fait vivre directement et indirectement un à deux millions de personnes en zone rurale au Cameroun. En vue de la relance de la cacaoculture confiée à la SODECAO au début de 2004 pour une période de cinq ans, il est prévu des investissements à hauteur de 39 milliards de F CFA, essentiellement destinés à la lutte phytosanitaire et à la réhabilitation de vieilles cacaoyères. L'objectif est d'augmenter quantitativement la production de cacao en fèves pour la porter à plus de 200 000 tonnes et en améliorer la qualité. Mais il reste que pour soutenir une dynamique de croissance de la production cacaoyère, il faut agir sur deux facteurs essentiels : les réserves foncières et l'apport en main d'oeuvre.
En attendant, les grands exploitants agricoles ont formulé plusieurs recommandations pour renverser la tendance : l'appui de l'Etat pour l'encadrement technique des promoteurs des grandes exploitations, l'extension de cet encadrement aux structures privées, la mise à contribution du Centre national d'études et d'expérimentation du machinisme agricole (CENEEMA) pour la viabilisation des bassins de production, la défiscalisation des intrants et des équipements agricoles, l'utilisation d'une ligne de crédit sur ressources PPTE pour une opération pilote de financement des exploitations agricoles de moyenne importance.
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