Libération (Casablanca)

Maroc: Cardiopathies congénitales : entre prévalence grandissante et moyens défaillants

Fatima Moho

18 Mars 2005


Des centaines d'enfants en attente de l'opération salvatrice

Chaque année, au Maroc, 3000 enfants ont besoin d'une opération à coeur ouvert. Chaque jour, six à huit enfants atteints de malformations cardiaques perdent la vie faute de moyens financiers et structurels. Les survivants, eux, ont une qualité de vie médiocre. Ils ne mangent pas bien, ne dorment pas bien, ne respirent pas bien, leur croissance est freinée, leur scolarité est entravée et leur familles impuissantes déboussolées.

Ce triste tableau a été dressé par l'Association les Bonnes Œuvres du Coeur, qui assiste et prend en charge les patients cardiaques démunis, et principalement les enfants. Une mission humanitaire effectuée par une équipe de médecins et de spécialistes bénévoles, conduite par Dr Saïd Ejjennane, cardiologue, et président fondateur de l'association reconnue d'utilité publique.

Depuis sa création, l'association a pu sauver 976 malades cardiaques dont 375 enfants démunis grâce à des accords de partenariat, avec la France et l'Espagne. Les patients étaient envoyés dans ces pays pour se faire opérer. Mais devant la prévalence grandissante des maladies cardiaques, les membres de l'association ont eu l'idée de créer une structure nationale pour répondre aux besoins croissants d'intervention sur des enfants et des bébés. Selon l'association, ils sont actuellement 700 en attente d'une opération et certains d'entre eux ont les jours comptés.

Grâce à la générosité publique qui s'est manifestée suite au Téléthon du coeur en 2001, l'association a pu réunir les fonds nécessaires pour bâtir l'Institut humanitaire de cardio-pédiatrie à Casablanca. Inauguré par S.M le Roi Mohammed VI le 08 novembre 2004, l'institut humanitaire de cardio-pédiatrie est opérationnel à cent pour cent, selon l'association. Il dispose de 25 lits, d'une équipe médicale de 20 spécialistes prête à intervenir, d'un programme hospitalier moderne et d'équipements médicaux aux normes internationales, d'après son fondateur.

La dernière avancée en date est un accord de partenariat qui vient d'être signé entre les Bonnes oeuvres du Coeur, le service médico-chirurgical cardio-pédiatrique du CHU Sainte-Justine à Montréal et l'association canadienne Mobilisation Enfants du Monde qui vont apporter une aide précieuse à l'institut sur le plan médical, technique, administratif et financier.

Tout cela et jusqu'à présent aucun enfant n'a été opéré. La raison ? L'institut attend un statut juridique humanitaire et un budget de fonctionnement initial. Créé avec l'objectif de réaliser 400 opérations à coeur ouvert par an, dont 60%, pour les enfants cardiaques démunis, l'institut n'a pu obtenir, selon son fondateur, que le statut de clinique privée, alors que la part des opérations payantes ne va constituer que 40% (des cas d'urgence notamment) qui vont permettre à l'institut de couvrir certaines charges. Une situation qui exaspère les membres de l'association impatients de pouvoir accomplir la noble mission pour laquelle l'institut a été fondé.

Fatna : Un petit coeur brisé

Fatna est une petite fille d'à peine 3 ans. Pourtant, cet enfant n'a jamais eu les joues roses et la bouche vermeille et jamais connu la joie turbulente etSymbole de la communauté culturelle et du partenariat maroco-espagnol

7ème Festival du théâtre scolaire

l'insouciance tranquille de son âge. A la voir, nul doute, elle présente un retard de croissance frappant. Elle est chétive, bleue (cyanosée), gravement dénutrie. La douleur, elle la connaît. Elle s'est déjà habituée aux médicaments et aux couloirs des hôpitaux. Fatna est née avec une malformation cardiaque et seul un geste chirurgical pourra la sauver de son calvaire comme des centaines d'autres enfants au Maroc.

Son père âgé de 48 ans, qui paraît en avoir 70, est un homme pauvre. Digne dans sa souffrance, il essaye tant bien que mal d'assurer à son enfant quelques médicaments quand elle ne peut s'en passer. Il se prive de l'essentiel pour lui rendre la vie meilleure. Il sait que les médicaments n'auront aucun effet à la longue. Il ne veut cependant pas se résigner à attendre que la mort soulage sa petite dernière. Elle doit vivre. Et pour cela, il n'a qu'un espoir : l'ouverture de l'Institut humanitaire cardio-pédiatrique de Casablanca où elle pourra être opérée gratuitement pour avoir enfin la qualité de vie que mérite un enfant.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2005 Libération. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Maroc

Rubriques