Raouf SEDDIK
19 Mars 2005
Du 16 au 18 novembre prochain, Tunis sera la capitale du monde. Des Chefs d'Etat et de gouvernement seront réunis chez nous, de même que des représentants d'organisations intergouvernemenales, d'ONG internationales et de grandes compagnies du secteur privé.
L'événement, qui comporte des enjeux économiques dont on a peine encore à prendre toute la mesure, s'inscrit cependant dans une démarche essentiellement politique qui implique l'ensemble de la communauté internationale.
L'initiative d'organiser un Sommet mondial sur la société de l'information est, rappelons-le, une initiative tunisienne. C'est en effet sur proposition de notre pays que, en 1998, l'Union internationale des télécommunications a adopté une résolution concernant l'organisation d'un tel sommet et qu'elle a inscrit cela à l'ordre du jour de l'Assemblée générale des Nations unies. C'était à Minneapolis, aux Etats-Unis, à l'occasion de la conférence des plénipotentiaires.
Il faut pourtant savoir aussi que l'initiative tunisienne a elle-même un cadre. Bien que formulée avant le Sommet du Millénaire, sa mise en oeuvre s'inscrit dans le prolongement de ce sommet, lequel a fixé des objectifs de développement à la planète, de façon à lever cette sorte de fatalisme - certains diraient de «cynisme» - qui a caractérisé jusqu'à la fin du XXe siècle l'attitude de la communauté internationale à l'égard du fossé de développement qui ne cesse de se creuser entre pays riches et pays pauvres.
Réduire l'extrême pauvreté et la faim, assurer l'éducation primaire pour tous, promouvoir l'égalité des sexes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre les grandes maladies, assurer un environnement durable et, enfin, mettre en place un partenariat mondial pour le développement : tels sont en effet les objectifs du millénaire qui fondent, il convient de le souligner, une base nouvelle à l'action collective des nations et qui créent les conditions de relations internationales fondées sur la solidarité et la paix.
Sous l'impulsion du Président Ben Ali, la Tunisie ne s'est pas contentée de montrer ses bonnes dispositions à répondre aux engagements pris à l'occasion du Sommet du Millénaire. Elle veut être une force d'initiative qui contribue effectivement à l'instauration de ce nouvel ordre mondial.
C'est dans cet esprit qu'est venue l'initiative tunisienne relative à la création d'un Fonds mondial de solidarité, dont la vocation est de lutter efficacement contre le phénomène de la pauvreté dont souffrent de nombreux pays et qui maintient leurs populations dans des conditions d'existence inhumaines et contraires à la dignité. Et c'est encore dans ce même esprit qu'a été soumise à la communauté des nations la proposition qui consiste à réfléchir ensemble sur les moyens susceptibles d'amener les nouvelles technologies de l'information et de la communication à servir l'exigence d'un développement mondial équitable, au lieu de les laisser accentuer davantage la différence de développement qui prévaut entre le Nord et le Sud.
La fameuse «fracture numérique» que le Smsi se propose de réduire, nomme en effet une fracture qui, si rien n'était fait pour la changer, condamnerait à coup sûr toute une partie de la planète à une situation de marginalité économique, sociale et politique quasi irréversible.
La première phase du Smsi a eu lieu à Genève en décembre de l'année 2003. Ce qui est prévu dans la capitale tunisienne est la deuxième phase. Or, cette phase finale est celle des solutions concrètes, celle à la suite de laquelle va pouvoir être mis en oeuvre le plan d'action.
Le fait qu'un pays émergent comme la Tunisie, aux ressources malgré tout modestes, soit celui qui abrite un sommet d'une telle importance est un événement qui revêt une signification symbolique au sujet de laquelle il convient de ne pas se méprendre. Et il convient pour nous tous de bien saisir ce que l'événement a d'inouï et ce que notre pays est en train d'accomplir sur la scène du monde en menant le sommet à son terme, après avoir été à l'origine de sa conception.
Rappeler la véritable portée de l'initiative tunisienne n'est assurément pas inutile. La politique d'initiative dans laquelle nous sommes désormais engagés comporte une dimension «révolutionnaire» qui s'inscrit sur le long terme au service de la promotion d'un développement solidaire et inclusif, de la paix et de la fraternité entre les hommes, à l'aube de ce troisième millénaire.
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