Le Journal de l'Economie (Dakar)
Malick Sylla énvoyé Spécial à Niamey
5 Avril 2005
Dakar — La neuvième conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Uemoa qui s'est tenue à Niamey, a recommandé un audit institutionnel de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest. L'objectif est de voir si la Banque centrale est bien adaptée à sa mission actuelle.
La réforme institutionnelle de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) est bien enclenchée. En décidant de mener un audit institutionnel de l'institut d'émission, la neuvième réunion de la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui s'est tenue le 30 mars 2005 à Niamey a posé le premier jalon de la réforme de la Banque centrale. C'est d'ailleurs l'une des grandes décisions issues de cette rencontre.
Le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui s'est souvent montré très critique vis-à-vis de la Banque centrale, s'est voulu rassurant. "Il ne s'agit pas d'un audit de la gestion de la BCEAO qui est très saine", a souligné le Président sénégalais. Il y a quelques mois, le président Wade s'était ému des effectifs pléthoriques de l'Institut d'émission et des salaires qu'il avait jugés un peu trop élevés. Une conférence extraordinaire des chefs d'Etat avait d'ailleurs été convoquée au mois d'octobre 2004 pour discuter de la situation de la Banque centrale, mais qui n'avait débouché sur rien de concret.
L'audit demandé à présent est un audit externe. Il s'agira de voir si la Banque centrale est bien adaptée à sa fonction aujourd'hui qui n'est plus la même qu'il y a 40 ans. Selon le président Wade, le rapport d'audit devrait être effectué dans les trois ou quatre prochains mois par un cabinet international. Au cours d'un point de presse organisé le 31 mars 2005 à Niamey, le président de la Commission de l'Uemoa Soumaïla Cissé a révélé les termes de référence de l'audit institutionnel de la BCEAO. Cinq points seront ainsi examinés par le cabinet international d'audit. Le premier concerne l'évaluation du dispositif institutionnel et du processus décisionnel par rapport à une banque centrale moderne. Le deuxième point a trait à l'évaluation des missions fondamentales de la BCEAO. Le troisième point des termes de référence est relatif au rôle de la banque centrale dans la dynamique du développement économique dans l'espace Uemoa. La politique de stabilisation financière de la Banque centrale à long terme est le quatrième point des termes de référence. Le dernier point a trait à l'évaluation de la politique des ressources et des investissements.
Il faut dire que la question de l'audit est à lier avec les conclusions des travaux du Comité de réforme institutionnelle de l'Union monétaire ouest-africaine (Umoa) et de la BCEAO. C'est ainsi que la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement a relevé dans son communiqué final que le projet de réforme institutionnel préserve les principes cardinaux d'égalité et de solidarité qui ont assuré la pérennité de l'Union depuis 1962. Elle a en outre souligné que le projet de réforme est de nature à moderniser et à renforcer le cadre institutionnel de mise en ouvre de la politique monétaire conformément aux normes internationales.
Toujours en matière d'audit, la conférence a été informée de la réalisation de deux audits réalisés au sein de la Commission de l'Union économique et monétaire ouest-africaine. Il s'agit d'un audit comptable et d'un audit organisationnel. A cet effet, les chefs d'Etat ont invité la Commission à examiner minutieusement les résultats de ces audits en vue de prendre les mesures appropriées visant à renforcer la gouvernance de l'institution et à améliorer ses performances.
Parmi les autres sujets examinés par la conférence des chefs d'Etat, figure le financement du Programme économique régional. A ce titre, ils ont invité les Etats membres à s'impliquer pleinement dans son financement et sa mise en ouvre. L'aboutissement du projet de création de la Banque régionale de solidarité (BRS) avec la mise en place de la société holding, de ses filiales bancaires ainsi que la nomination de ses dirigeants, a été salué. Toutefois, la Conférence souhaite vivement que cette nouvelle institution financière applique à sa clientèle, compte tenu de sa spécificité, des conditions de banque aussi avantageuses que possible.
Le président Mamadou Tandja du Niger a été pour la deuxième fois consécutive, reconduit à la présidence en exercice de la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement.
En fait, la présidence était dévolue au président Wade, mais ce dernier a préféré la laisser au président Tandja compte tenu du travail abattu durant son dernier mandat. De plus, signale M. Soumaïla Cissé, le président Tandja se trouve être le président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). C'est ses homologues ont souhaité le reconduire pour créer une synergie entre les deux institutions.
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