Le Journal de l'Economie (Dakar)

Afrique de l'Ouest: An 30 : la Cedeao entre progrès et défis

Sady Ndiaye

5 Avril 2005


Dakar — La récente crise togolaise a été marquée par une mobilisation exceptionnelle de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) pour le retour de l'ordre constitutionnel. Et pourtant qu'il s'agisse de la libre circulation des produits et de la complémentarité des économies des 15 pays de la Cedeao, bien des écueils demeurent. Inwent (Institut de journalisme de Berlin) a organisé un séminaire d'information à Accra, au Ghana sur l'organisation sous-régionale.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) va célébrer au mois de mai prochain ses 30 ans d'existence. A l'heure du bilan, l'organisation sous-régionale portée sur les fonds baptismaux le 27 mai 1975 à Lagos au Nigeria affiche un bilan en demi-teinte.

Parmi les grands projets de l'institution, on note l'introduction d'un tarif extérieur commun en 2005, la mise en place d'une politique agricole commune et l'avènement d'une monnaie commune.

Cet ambitieux programme ne pourra se traduire en réalité qu'avec la levée des multiples contraintes avec lesquelles l'organisation doit faire. De l'avis de M. Dirk Van Den Boom, spécialiste allemand en sciences politiques, les Etats membres sont peu enclins à s'acquitter de leur cotisation au sein de la Cedeao. En 1996, seuls 45 % des cotisations ont été versées et ce pourcentage est un record dans la vie de l'institution. Aujourd'hui, les Etats membres doivent à la Communauté quelque 46 millions de dollars souligne M. Boom. Ce dernier précise que seuls des pays comme le Nigeria, le Bénin, le Burkina-Faso et le Mali sont en règle avec leurs cotisations. La Cedeao ne fonctionne qu'avec le soutien des donateurs comme l'USAID, le Japon, l'Allemagne, le Canada, la Banque mondiale, la FAO...etc. L'organisation a un budget annuel de 85 millions de dollars dont 28 millions de dollars viennent de la part des donateurs.

Pourtant l'intégration sous-régionale constitue la seule porte de sortie pour les faibles économies des pays africains. Selon M. Dirk Boom, sur le plan économique, les effets de l'intégration influent sur le volume du commerce régional et le bien-être des populations. En outre, le marché régional s'agrandit avec une spécialisation du travail. Il s'y ajoute que l'intégration économique participe à renforcer la crédibilité des institutions et la sécurité des citoyens dans le cadre du travail et des transactions. Par ailleurs, une intégration économique sous-régionale réussie indique M. Dirk Boom, participera à changer l'image de l'Afrique sur la scène internationale.

Cependant, l'intégration régionale n'a pas que des effets bénéfiques. Sur le plan économique, elle peut créer une dépendance des Etats faibles vis-à-vis des Etats forts économiquement. Dans le même sillage, les Etats qui sont en avance sur le plan politique ont tendance à dominer les autres ajoute M. Dirk Boom. Cette possible domination va créer des déséquilibres dans le domaine du commerce. En effet, indique l'expert dans le cadre du libre-échange des opérateurs peuvent s'accaparer des bénéfices sans contrepartie. Sur un autre registre, M. Dirk Boom explique que très souvent la bureaucratie consomme une part consistante des fonds de l'organisation. Au finish, il n'existe aucun lien entre les projets de l'intégration et l'attente des populations.

Ces dernières de l'avis de M. Vladimir Antwi-Danso, professeur d'économie à l'Université du Legon au Ghana, ont besoin du commerce pour changer leur vécu quotidien. Il faut développer le commerce intra-communautaire pour que l'intégration régionale puisse se traduire en actes concrets. Selon M. Antwi-Danso, le commerce intra-communautaire passe par un développement des infrastructures et la construction de manufactures pour combler l'absence d'industries au sein de la Cedeao. Par ailleurs, M. Antwi-Danso souligne que la Cedeao a besoin de " pays locomotives " qui vont entraîner le reste sur le chemin de l'intégration. Il fustige en même temps la multiplication des organisations d'intégration en Afrique et pense que l'Uemoa ( Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest) et la Cedeao devraient se fondre en une seule entité. En outre, M. Antwi-Danso insiste sur la nécessité d'associer les secteurs privés des pays africains pour la bonne marche de l'intégration régionale.

Pour sa part, Dr Adrienne Diop, la directrice de la communication de la Cedeao, soutient que les populations doivent prendre conscience de la nécessité d'une intégration de la sous-région. Elle reconnaît les contraintes au sein de la Cedeao et ajoute qu'une bonne communication entre les Etats devrait faciliter les choses. Elle donne l'exemple sur la libre circulation des personnes et souligne que les Etats doivent veiller à l'effectivité de la mesure. Par ailleurs, la directrice de la communication soutient que l'intégration est en marche. Les 15 pays de la Communauté ont adopté la carte Brune Cedeao pour faciliter le transport au sein de l'union note Mme Diop. Cette dernière révèle que le secrétaire général de la Cedeao, le Président Tandjan a innové en proposant aux Etats membres un drapeau de la Cedeao. A l'instar de l'Union européenne, on devrait voir dans un délai très court le drapeau de la Cedeao flotter à côté des drapeaux nationaux, affirme Mme Diop.

S'agissant de la future zone monétaire, Mme Diop pense qu'il faut d'abord régler le déséquilibre existant entre les économies au sein de la Communauté. Pour ce qui concerne la libre circulation des produits, la directrice annonce que cette année un budget est prévu pour le système de compensation. Cette mesure a connu quelques contraintes reconnaît la directrice. Mais dorénavant, les Etats calculent les pertes enregistrées dans le cadre de la libre circulation des produits et en informent la Cedeao pour le paiement du montant dû. A ce sujet, des pays comme le Bénin et le Ghana ont déjà déposé leurs demandes de compensation selon la directrice de la communication. Cette dernière annonce que la célébration des 30 ans d'existence de la Cedeao le 28 mai prochain à Abuja au Nigéria sera un grand moment pour les Etats membres et plusieurs manifestations sont prévues pour ancrer davantage l'intégration sous-régionale.

"Sécurite et maintien de la paix pour la sous-région" : le Koffi Annan International Peacekeeping Training Centre ouvre la voie A quelques encablures du centre ville d'Accra, jouxtant l'état major ghanaén se trouve le Centre International pour la paix qui porte le nom du secrétaire général des Nations-Unies M. Koffi Annan. L'idée de créer un tel centre a vu le jour en 1997. Ce centre a été créé dans le but de contribuer aux opérations de maintien de la paix. L'édifice a été construit avec une contribution de 1,8 million d'euros du gouvernement allemand. Le Centre a été inauguré officiellement au mois de janvier 2004 en présence de John Kuffor, président du Ghana et du Chancelier allemand Gerald Shroeder.

Selon le Major Marc Ascui de nationalité allemande, directeur des cours de formation, le Centre s'active dans plusieurs domaines. Il s'agit de l'éducation, de la formation et de la recherche cernant tous les aspects de maintien des opérations de la paix. Le Centre offre aux ressortissants de la Cedeao des formations sur les pratiques les plus modernes de maintien de la paix et les différentes étapes du processus. La formation se fait à travers des conférences, des discussions de groupe et des présentations. Quelque 300 cours ont été dispensés en 2004 avec 1.380 participants venant d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Les participants font une formation de 15 à 35 jours sur toutes les notions et pratiques de maintien de la paix.

Cependant, le Major Ascui déplore la faible participation des ressortissants de la Cedeao. Il explique que la prise en charge des militaires en formation incombe aux Etats. " Très souvent, on envoie des invitations aux Forces armées de la Cedeao pour la formation, mais on reçoit pas de réponse " confie le directeur de la formation. Le centre fonctionne grâce aux subventions accordées par des pays comme le Canada, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Irlande. Le Ghana assure l'ensemble des accessoires du Centre et les coûts de fonctionnement comme l'eau, l'électricité....

Le Major Ascui pense que le défi du Centre demeure dans la formation des différentes nationalités au sein de la Cedeao. Il soutient qu'il y a beaucoup de protocole au niveau des Etats pour décider de la participation de leurs militaires. Ce Centre en Afrique participe à la stabilité de la sous-région.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2005 Le Journal de l'Economie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Afrique de l'Ouest

Rubriques