San Finna (Ouagadougou)

Togo: Clash courageux du Ministre de l'intérieur

Victory Toussaint

24 Avril 2005


éditorial

A travers les cas de la Côte d'Ivoire et du Togo, les Africains sont comme en train de faire les travaux pratiques pour maîtriser concrètement les enseignements que ne cessent de leur prodiguer des écrivains, des politiques, des journalistes sur la continuation du lien colonial par le canal de la " françafrique ".

En Côte d'Ivoire, un régime abhorré par la grande " famille " est en place et on n'a pas toléré de lui qu'il veuille s'émanciper de la tutelle étrangère et donner un contenu à l' indépendance nationale, il lui en a coûté une rébellion alimentée par l'arme de la dérive ivoiritaire, une rébellion qui porte l'intimation de passer outre la Constitution pour imposer la candidature de Alassane Ouattara.

Au Togo, depuis des décennies, règne sans partage un régime qui fait partie de la " famille ". Pour éviter qu'il tombe dans des mains non initiées après le décès du Président Eyadema, on n'hésite devant rien pour introniser les héritiers du défunt. Grand bien est fait aux Africains qui suivent ces travaux pratiques ; ils sont en train d'émerger de cette longue nuit de la néo-domination.

Mais tenons-nous en au Togo. L'actualité fait un zoom sur ce pays puisque malgré la surchauffe du climat politique, le 24 Avril semble résolument arrêté comme la date où tout doit être ficelé pour l'élection de Faure Eyadema. Dieu décidera-t-il autrement que cette proposition des hommes ?

Beaucoup se posent la question depuis que le Ministre de la Sécurité, Monsieur François Esso Boko a, de façon inattendue, spectaculairement demandé le report des élections. Un vrai petit canard, certains diront un petit " tsunami " qui est venu brouiller le scénario porté par la CEDEAO. La CEDEAO qui, mandatée pour faire gagner le candidat Faure Eyadema, n'a pas hésitée à convoquer les candidats, toutes affaires cessantes, de se rendre à Niamey pour se voir enjoindre de ne pas perturber les élections qui doivent se tenir envers et contre tout, à la date convenue. Bob Akitani refusera cette injonction, prévoyant une telle décision alors que pour lui, le report s'imposait chaque jour davantage.

Le Ministre Boko, le mieux placé pour juger de la qualité du scrutin en cours, a semé la panique dans le camp de tous ceux qui, imbus de leur force, ne pouvaient imaginer un tel retournement de situation. Il faut reconnaître que ça, c'est " géant ". Un homme du sérail, Ministre en charge de l'Intérieur qui dans ce climat à couper au couteau, ose prendre à contre-pied l'opinion modelée par la volonté de la coalition internationale pour dire en quelque sorte " nous allons droit dans le fossé ", voilà qui ne peut qu'impacter la conscience africaine et internationale. L'homme prend des risques énormes mais en acceptant de les assumer (il a été aussitôt limogé !) il témoigne en même temps de la gravité de la situation et de son refus d'être complice d'un crime contre le peuple togolais.

Il a d'ailleurs préconisé que "pour éviter le pire et le chaos" la classe politique " devait se retrouver " autour de M. Bonfoh ", l'actuel président intérimaire, pour envisager une transition politique d'un à deux ans afin de réconcilier le pays". Il proposera même qu'au cours de cette transition, le poste de premier Ministre soit confié à l'opposition.

L'ancien ministre de l'Intérieur, par son geste fort, brise le mur des silences, des hypocrisies et met dans un embarras profond la CEDEAO, l'Union Africaine aussi bien que l'Union Européenne et les Nations Unies. Il incommode les USA qui n'en mènent pas large, eux qui se sont constitués les prophètes de la liberté mais qui ne se démènent pas beaucoup lorsqu'il s'agit de la faire descendre sur l'Afrique. Il incommode en particulier la France dont on sait que dans cette affaire, elle a choisi d'être moins voyante que dans l'affaire ivoirienne sans pour autant être moins déterminée.

Le Ministre Boko a brisé une opinion qui avait été construite par un savant battage médiatique autant que par l'engagement de la CEDEAO, régulièrement soutenue dans ses décisions, par l'ensemble de la communauté internationale.

Y aura-t-il infléchissement de la part de ces organisations et de ces pays par rapport aux imprudences de la CEDEAO ? On ne peut pas en mettre sa main au feu puisque le président en exercice de la CEDEAO qui vient de se fendre d'un communiqué incendiaire et révoltant contre le Ministre Boko, ne se voit pas contredit le moins du monde. En tout cas, chapeau bas à Monsieur François Esso Boko qui a accepté de quitter fonctions, honneurs, sécurité... pour avoir la conscience tranquille mais lui, malheureusement ne se verra jamais décerner de décoration par l'Université Lyon III ou par la Conférence des institutions d'enseignement et de recherche économiques et de gestion en Afrique (CIEREA) pour cet acte qui en mérite pourtant !

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Mais son geste salué par l'Afrique saine, suivi du retrait de la candidature de Nicolas Lawson est un pied de nez magistral à toute l'intelligence mise en oeuvre pour frustrer l'opposition et le peuple togolais de leur victoire. Si malgré tout demain, il y a un passage en force, rien malgré les trésors d'ingéniosité de la communauté internationale ne viendra valider le coup de force aux yeux des Togolais et des Africains. Par contre, la CEDEAO, l'UA... seront tenues pour responsables par action ou omission, des éventuels malheurs qui frapperont le Togo.

Tout comme la Côte d'Ivoire, le Togo apparaît comme l'épreuve voulue par le destin pour éclairer les Africains et les préparer à l'ultime effort de libération. Cette épreuve sera mieux vécue lorsqu'elle s'imposera à d'autres pays comme le Burkina Faso, parce que les Burkinabé auront fait leur profit de l' expérience de ces pays.

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