Tout festival a un excès ou plutôt un festival n'existe vraiment que par ces excès. Et s'il se légitime, c'est dans cette illégalité du sens : quand sa forme excède celle du concert habituel; quand il n'est pas seulement une série de concerts «habituels». Ainsi on devrait pouvoir écrire une histoire du festival, non pas selon les défilés musicaux mais une histoire de leurs accidents, des surprises, des relations qu'ils inventent entre le public et le musicien.
Un petit coin, de quoi mettre deux amplificateurs, deux micros, un piano électrique et une batterie et voilà qu'un club d'un hôtel de la banlieue nord se transforme en une scène digne d'un bon club de jazz situé dans la 52e avenue de New York.
Pendant la rencontre «Jazz à Carthage», organisé tout récemment, le public a eu raison de vouloir aller jusqu'au bout du swing après les concerts : celui de Griffin et de la clôture avec Barbara Hendricks.
La star du jazz était là,à savoir Kirck Lightsey qui n'a pas hésité après le fabuleux concert donné avec le saxophoniste Johnny Griffin à faire le boeuf et à discuter avec ses fans. Lightsey est un pianiste américain originaire de Detroit et vit actuellement à Paris.
C'est l'humour et la joie de vivre de ce musicien septuagénaire qui vous retiennent et vous font oublier que vous êtes devant un monument du jazz. Il a joué avec Miles Davis, Wayne Shorter, Thad Jones, «un copain de classe», Dizzy Gillespie, Clifford Jordan, Chet Baker
Au cours de la discussion, on apprend que «Dizzy a composé Night In Tunisia en Tunisie à la sortie d'un concert sur une poubelle devant un club à vérifier avec Johnny [Griffin] », dit Lightsey, toujours avec un rire spontané qui ne le quitte pas une seconde.
On apprend également que le morceau Habiba joué au cours du concert porte l'amour du nom d'une fille originaire de Californie. Ce thème (Habiba) a été proposé à Griffin pour le programme du concert l'après midi même lors de la balance du son.
Les jazzmen présents lors de cette jam ont eu aussi le plaisir de parler avec cet invité de prestige non seulement par la parole mais également à travers la musique au cours d'un «Summertime» joué d'une manière fascinante par ce grand pianiste.
La soirée ne se termine que deux heures avant le départ de ce grand artiste (prévu pour cinq heures du matin) qui a laissé une partie de lui-même dans le coeur du public et des musiciens.
Deuxième grand moment des «aftershow» de «Jazz à Carthage», c'est quand les musiciens du quartet de Barbara Hendricks ont envahi la scène après le concert de clôture. Le public était là, voulant prolonger le plaisir et écouter une autre ambiance, une autre version du jazz née de la rencontre des musiciens suédois et tunisiens. Une rencontre improvisée, pleine d'humour et de bonnes surprises.
Barbara Hendricks n'a pas voulu rater ce moment de bonheur. Malgré la fumée qui se dégageait des cigarettes, du saxophone, de la trompette, des cordes des guitares elle a tenu à partager ces instants de magie avec un public enflammé.
Des souvenirs et des images qui ont marqué les esprits ainsi que l'objectif des photographes du groupe Jazzoof et en particulier le jazzman de la photo, Mounir Mabkhout.
Jam-session, «masterclass», et exposition de photos «citizen jazz expo» , «Jazz à Carthage» a réussi à offrir un programme varié et éclectique. Un programme qui prendra encore plus d'ampleur l'année prochaine , avec des concerts en plein air, dans des lieux différents et pourquoi pas des projections de films et de concerts (à organiser avec le Ciné-club de Tunis ).
Le public aura ainsi plus de facilité à participer à cette fête.

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