Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Grève des étudiants : des leaders portés disparus

Jules Romuald Nkonlak

6 Mai 2005


Mouafo et compagnie, interpellés par la police, sont introuvables. A Douala, la gendarmerie saute sur le campus. Anicet Ekane et Shanda Tonme entendus

Plusieurs manoeuvres ont été mises sur pied par le gouvernement pour casser le mouvement des étudiants.

Ce mercredi 04 mai 2005, l'Université de Yaoundé I n'a pas l'aspect particulièrement animé. Dans la matinée, les entrées sont restées bouclées. Il fallait montrer patte blanche pour pénétrer sur le campus. Avec une différence cependant : la presse même n'est pas autorisée à passer. " C'est vous qui écrivez que les cours n'ont pas repris ", lance l'un des policiers chargés de contrôler les différentes entrées de l'université. La nouvelle du jour, c'est l'arrestation du président de l'Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec). Il aurait été retenu dans les cellules du commissariat du 5e arrondissement de Yaoundé. Les autres membres se cachent. "Nous sommes dans le maquis ", lance Okala, l'un d'entre eux. Toute la journée d'hier, les principaux leaders de l'association estudiantine ont été injoignables.

Quelque temps avant, on avait évoqué leur arrestation comme d'une manoeuvre du ministère de l'Enseignement supérieur (Minesup). Il était même fait mention de tracts qui seraient distribués sur le campus pour donner une couleur politique au mouvement estudiantin. Mouafo Djontu devait notamment être présenté comme un militant du Social Democratic Front (Sdf), afin de le discréditer définitivement et briser le mouvement de grève. Ces informations n'ont pas pu être confirmées au moment où nous allions sous presse. A l'intérieur du campus, les choses n'ont pas beaucoup changé par rapport à mercredi. Très peu d'étudiants ont eu le courage de s'y rendre. Quelques cours ont certes été dispensés en faculté des sciences juridiques et politiques, notamment à l'amphi 1001. L'amphi 300, qui était, quelques jours encore plus tôt, le lieu de rassemblement des grévistes, est resté occupé par les gendarmes. Certains se sont même allongés, épuisés, pour piquer un petit sommeil. A l'endroit même où, quelques jours avant, Mouafo Djontu et compagnie avaient installé leurs couches pour la grève de la faim.

La présence des hommes en tenue sur le campus est la manoeuvre la plus visible, mise sur pied par le Minesup pour mettre un terme au mouvement de protestation des étudiants, qui a véritablement démarré le 19 avril dernier. Car, à côté, d'autres entreprises ont été menées. Celle, par exemple, qui devait coller une étiquette politique aux revendications des étudiants.

Et dans le même ordre d'idées, certains leaders politiques ont été cités comme étant liés à la grève des étudiants. Il s'agit notamment de Anicet Ekané, président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem). Ce dernier, tout comme Shanda Tonme, a été entendu par des représentants de l'administration, dans le cadre des différents mouvements dans les universités. Ils sont accusés d'être les véritables instigateurs du mouvement. Le nom de Mila Assouté est lui aussi revenu.

Embuscade

" J'ai été convoqué à 7h hier (mercredi 04, ndlr) par le gouverneur de la province du Littoral. Il était en présence de tout l'état major de l'armée, des responsables de la direction des renseignements généraux, de la sécurité militaire... Le général Mambou Deffo a déclaré que l'ordre public était menacé et qu'il fallait anéantir tous ceux qui sont en embuscade." Anicet Ekané avoue donc avoir été identifié comme l'une des personnes " en embuscade ". Selon le leader du Manidem, ils ont justifié leur action par le fait qu'il y avait des " coïncidences bizarres " et qu'ils se demandaient si les étudiants, tout seuls, étaient capables de mettre sur pied des stratégies telles que la grève de la faim. "On ne peut pas manipuler des majeurs. On leur apporte juste l'expérience organisationnelle. Il n'y a pas de main cachée. C'est une théorie qui ne tient pas. Il faut résoudre les problèmes des étudiants. 5 milliards, ça ne résout pas le problème. "

Dimanche dernier encore, Jacques Fame Ndongo, alors que 80 étudiants environ, venaient de marcher pour réclamer la reprise des cours (une autre manoeuvre du Minesup), a déclaré que la grève était éminemment politique. Il s'est notamment appuyé sur le fait que certaines pancartes brandies à Buea, portaient l'inscription "Biya must go ".

Toutefois, l'identité même des " marcheurs " de dimanche dernier est fort significative. L'un d'eux a déclaré, sur les antennes de la télévision nationale, être étudiant à l'Université de Yaoundé I, en filière " histoire physique ", dont personne n'avait entendu parler jusqu'à lors. Selon certaines sources, ils ont été recrutés par des émissaires du Minesup, contre une rétribution de 5 000 Fcfa par personne. C'est à l'Ecole normale supérieure (Ens), qu'on a eu l'impression que la grève commençait à battre de l'aile. Des cours ont été dispensés pendant toute la journée de mercredi. Une situation qui pourrait trouver son explication dans les menaces brandies par le directeur de cette institution, Mathieu-François Minyono Nkodo. Ce dernier a en effet signé un communiqué selon lequel tout étudiant absent des cours pendant plus de trois jours serait considéré comme démissionnaire.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2005 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques