Hirondelle News Agency (Lausanne)
18 Mai 2005
Butare — - Le ministre rwandais de la défense, le général Marcel Gatsinzi, cité devant une juridiction gacaca, a demandé des excuses mercredi pour n'avoir pas eu « le courage de s'éloigner» du gouvernement qui a dirigé le pays pendant le génocide de 1994.
Gatsinzi a brièvement servi comme chef d'Etat major de l'armée au début du génocide. Il a ensuite été désigné pour représenter le gouvernement aux pourparlers de paix et de cessez-le-feu avec la rébellion.
Selon Kigali, le génocide de 1994 a fait près d'un million de victimes à majorité des Tutsis et des Hutus de l'opposition.
Après le génocide, Gatsinzi, un Hutu, a rejoint les rangs de l'ex-mouvement rebelle à dominante tutsie du Front patriotique rwandais (FPR) qui a défait le gouvernement hutu d'alors avant de prendre le pouvoir. Il a depuis été promu et occupe aujourd'hui le poste de ministre de la défense.
« Je n'ai pas eu le courage de m'éloigner d'un gouvernement qui tuait des personnes innocentes », a reconnu Gatsinzi devant un tribunal semi- traditionnel siégeant dans un stade de football à Butare (sud du Rwanda). « Je demande pardon à tous les rwandais », a-t-il ajouté, expliquant toutefois qu'il n'avait joué aucun rôle dans les massacres.
Gatsinzi pourraît comparaître pour génocide à l'ouverture des procès Gacaca prévus l'année prochaine. Plusieurs personnes de cette région l'ont accusé d'y avoir joué un rôle.
Les accusations contre l'officier portent sur la période pendant laquelle il commandait l'Ecole des sous officiers (ESO) de Butare. Il a occupé cette position jusqu'au 6 avril 1994, date à laquelle il a été nommé chef d'Etat major de l'armée, après la mort du président Juvénal Habyarimana.
Gatsinzi a été convoqué pour la première fois au début de cette année pour son rôle présumé dans le génocide. Lors de sa comparution du 30 mars, il a déclaré qu'il avait perdu son autorité durant le génocide. Il a révélé qu'il était considéré par des extrémistes hutus comme étant sympathisant des Tutsis, et qu'il était, à ce titre, pris lui-même pour cible.
Les rescapés du génocide ne s'accordent pas avec le ministre de la défense. Ils affirment que des soldats sous son commandement ont tué et torturé des Tutsis même avant le début du génocide.
Contrairement à sa première comparution où il avait répondu à une convocation, Gatsinzi était venu de son propre gré à l'audience de mercredi. « Lors de ma première comparution, j'avais promis de revenir au cas où j'aurais quelque chose de nouveau. C'est pourquoi je suis là aujourd'hui », a-t-il dit à l'ouverture de l'audience.
Lors de sa première comparution, Gatsinzi n'avait pas demandé pardon pour avoir appartenu au gouvernement en place durant le génocide.
L'attentat contre l'avion du président Habyarimana
A propos des auteurs de l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, Gatsinzi a indiqué qu'il n'avait « aucun doute » que c'était le « travail » du colonel Théoneste Bagosora. « Il était opposé au partage imminent du pouvoir avec le FPR. Il ne voulait pas de compromis », a-t-il expliqué.
Présenté par le parquet comme "le cerveau" du génocide de 1994, Bagosora est jugé pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui siège à Arusha, en Tanzanie. Il était directeur de cabinet au ministère de la défense durant le génocide.
L'autre thèse est que l'attentat contre l'avion du président serait l'œuvre du FPR.
Gatsinzi est la plus haute figure du gouvernement rwandais à comparaître devant un tribunal Gacaca en tant que suspect potentiel depuis que ces tribunaux ont été mis sur pied il y a environ trois ans.
Depuis le lancement des procès Gacaca en mars dernier, plusieurs autres dirigeants ont été accusés d'avoir pris part au génocide. Deux membres du parlement ont récemment démissionné pour cette raison.
Les observateurs estiment que la démission de ces députés, dont l'un appartenait au FPR, le parti au pouvoir, est une indication que le gouvernement ne cherchera pas à protéger des dirigeants suspectés d'avoir trempé dans les massacres.
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