Le Soleil (Dakar)

21 Mai 2005

Sénégal: Faux, usage de faux et détournement de deniers publics : plus de 500 millions escroqués à l'Etat

C'est finalement le vendredi 1er juillet, que le tribunal statuera sur ce qu'on avait appelé l'affaire des Inspecteurs du Trésor portant sur le détournement et l'escroquerie de 536.994.419 francs. Ils seront une quinzaine de prévenus, assistés par quelque 23 avocats qui vont donc défiler devant le tribunal correctionnel pour répondre des faits qui sont reprochés à leurs clients.

Dans cette affaire, tout est parti de l'Inspection des Finances du ministère de l'Economie, relativement à la vérification des postes comptables. De graves irrégularités avaient alors été découvertes. Elles avaient été commises, principalement, par Mamour Diack, Bakary Touré et Djibril Bâ, respectivement Receveur des Postes de Mbacké, Guédiawaye, Dakar-Source et Bignona.

Le modus operandi n'était pas très compliqué et consistait à l'émission, pour le compte de tiers, de mandats sans aucune pièce justificative. Et pour cause, aucune prestation n'avait été faite pour le compte de l'administration. Le prétexte avancé était la libération de créances fictives dues par l'Etat. Mamour Diack et Djibril Bâ utilisaient aussi un autre procédé consistant en des chèques tirés directement sur leurs comptes CCP au bénéfice de complices. Il s'agit de Moustapha Bèye, Mourtalla Fall, Ibrahima Seydou Ndao Thiam, Momar Mbengue, Amadou Moctar Sidy Bâ et Babacar Faye. Tout ce beau monde avait donc été interpellé et déféré au Parquet à la suite des découvertes de l'Inspection des Finances du ministère de l'Economie.

Il avait été aussi découvert que Djibril Bâ, alors qu'il était en service à la Perception de Bignona, en qualité de Percepteur, avait procédé à des approvisionnements au profit de la Perception de Mbacké dirigée par Mamour Diack pour un montant cumulé de 90 millions de francs dont aucune trace ne fut découverte par la suite.

De son côté, Bakary Touré, Percepteur de Dakar-Source, procédait à des remboursements importants effectués sur un compte intitulé « sommes indûment perçues à restituer. » Il le faisait au bénéfice de son épouse, Fatou Diamé, de sa belle-soeur, Binetou Diané, et de son frère, Cheikh Tidiane Touré qui, du reste, s'est fondu dans la nature, dès la découverte du pot aux roses. Mais les détournements ne pouvaient se faire sans la complicité de faux prestataires de services qui recevaient ainsi, dans leurs comptes bancaires ou aux Chèques postaux, plusieurs virements frauduleux. Il s'agit, entre autres, d'Ibrahima Seydou Ndao Thiam, Astou Diaw, Fatou Diaw, Momar Mbengue, Amadou Moctar Sidy Bâ, Mourtalla Fall, Ibrahima Dramé et Serigne Abdou Aziz Kâ.

Au cours de l'instruction, Mamour Diack, Bakary Touré et Djibril Bâ avaient toujours nié les faits qui leur étaient reprochés. Ainsi, le premier avait fait valoir que toutes les opérations comptables, qu'il avait effectuées, restaient régulières et qu'il n'aurait jamais osé établir des mandats de préposés sans qu'aucune prestation de services n'ait été effectuée.

De son côté, Djibril Bâ n'a pas dit autre chose. A l'en croire, il avait, effectivement, eu à encaisser un chèque d'un million de francs émis par Bakary Touré, à son profit, mais il ne pouvait deviner son origine frauduleuse. Fatou Dramé et Astou Dramé ont adopté le même moyen de défense et Bakary Touré a essayé de les blanchir en soutenant qu'il a eu à gérer, seul, l'opération et que son épouse et sa belle-soeur n'avaient été que de simples exécutantes. Néanmoins, cela n'a pas empêché que des charges soient retenues contre lui.

Mais il sera confondu par Mourtalla Fall, Abdou Aziz Kâ et Ibrahima Dramé qui décriront, par le menu, le procédé utilisé par Bakary Touré.

Ce dernier, ont-ils déclaré, les utilisait pour percevoir des chèques ou procédait à des virements dans leurs comptes sans qu'ils aient pu deviner la nature délictuelle de ces opérations. Momar Mbengue, Ibrahima Seydou Ndao Thiam et Amadou Moctar Sidy Bâ abonderont dans le même sens, relativement à leurs relations avec Mamour Diack.

Mais ce moyen de défense, consistant à invoquer leur totale ignorance des activités délictueuses des principaux inculpés, saurait-il atténuer ou faire disparaître leur responsabilité pénale ? Assurément non, puisque tous étaient rompus aux arcanes des procédures administratives de décaissements de fonds publics. A cet égard, ils ne pouvaient ne pas soupçonner l'origine frauduleuse des sommes virées dans leurs comptes.

Quid de Mamour Diack, Bakary Touré et Djibril Bâ ? Leurs dénégations n'ont guère de chances de prospérer devant le tribunal correctionnel, d'autant plus qu'ils ont reconnu, entre autres, avoir fait des remboursements à des personnes physiques ou morales qui ne figuraient pas dans le fichier. Ils ont aussi reconnu que les mandats de préposés ont été, mutuellement, payés entre les différentes Postes à la tête desquelles ils se trouvaient, et presque toujours sans pièces justificatives.

Autant de charges retenues contre eux et qui justifient leur renvoi devant le tribunal correctionnel. Rendez-vous donc avec le Droit à l'audience spéciale du vendredi 1er juillet.

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