Elh Saidou Nourou Dia
26 Mai 2005
L'Etat est-il complice de la prolifération des points de vente illicites de médicaments ? Les professionnels de la pharmacie semblent ne point en douter. Sinon, ils ne comprennent pas que l'Etat refuse d'appliquer la loi relative à ce phénomène. Ni de la réactualiser car datant de... 1954.
Les tentatives prises pour rendre les médicaments plus accessibles aux populations n'ont pas manqué. De l'Initiative de Bamoko (Ib) à la vente de produits pharmaceutiques dans les structures sanitaires publiques, sans compter la place faite à la Pharmacie nationale d'approvisionnement (Pna), on a tout tenté pour anéantir l'existence des points de ventes illicites de médicaments dont les gérants n'ont ni la formation, encore moins la qualification pour s'adonner à une telle activité. Pour aucun résultat positif. Les populations continuent à se ruer sur ces marchés illicites qui foisonnent, faisant des chiffres d'affaires faramineux. Par exemple, le plus célèbre et grand "marché illicite" de produits pharmaceutiques, à l'occurrence Keur Serigne, situé sur l'avenue Lamine Guèye, a un chiffre d'affaires estimé à 7 milliards de francs Cfa par an.
L'enjeu de la lutte contre ce phénomène est de taille. Le phénomène est pernicieux et les conséquences, graves pour la population. Alors faut-il y mettre un terme. Car, au-delà d'être illicite, "l'activité est criminelle" et constitue "un véritable danger public", à en croire le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (Spps) qui tenait hier, dans le cadre de la semaine de sensibilisation contre les médicaments de la rue, entamée depuis le 23 dernier et qui prend fin demain, une conférence de presse sur les difficultés que pose la prolifération des points de ventes illicites de médicaments et ses graves conséquences sur la santé des populations.
Selon le président de la section B de l'Ordre des pharmaciens, si la vocation du médicament est de traiter, il arrive qu'il "tue". Surtout s'il n'est pas bien utilisé. Une mauvaise utilisation entraînée par le fait que "le médicament s'est retrouvé dans une filière non contrôlée, encore moins contrôlable" mettant ainsi la santé de la population en danger. Pourtant, une loi interdisant toute vente de médicaments en dehors des officines ou des lieux reconnus comme telles existe depuis 1954. Seulement, en plus d'être archaïques, les dispositions de cette loi n'ont "jamais" été appliquées.
Aujourd'hui, il s'agit pour les apothicaires d'amener l'Etat à réactualiser les textes en adaptant les sanctions à l'évolution économique du pays, mais aussi à appliquer les dispositions prises par ces textes à l'encontre des fautifs. Lesquels sont considérés par les pharmaciens privés comme des "trafiquants sans scrupule qui exploitent l'ignorance et le faible pouvoir d'achat des populations". Et c'est pour convaincre les autorités du danger du phénomène que les pharmaciens ont choisi, pour cette quatrième édition, d'axer leur plaidoyer sur le thème de "Qualité et sécurité du médicament". Seulement, ils n'entendent pas s'en limiter là. Ils sont décidés à user de tous les moyens légaux pour défendre leur profession dont les composantes sont les seuls habilités à conserver et à manipuler des médicaments. Car, étant formés des années durant pour cela. Et les pharmaciens de refuser que leur "profession soit banalisée et que (leur) produit soit au rang de simple marchandise". Le combat est noble. et chacun doit s'y investir. Et pour réussir le pari, le Spps vise, à travers cette campagne, les élèves pour conscientiser la populations sur les dangers des médicaments des rues. Aussi les pharmaciens vont-ils sillonner trente-six écoles, à travers tout le pays. Dans ces établissements, ils animeront des causeries et expliqueront aux élèves les méfaits des produits vendus dans les rues. En outre, ils doteront toutes les écoles visitées de boîtes à pharmacie.
De l'avis du Dr Moustapha Sarr, membre de l'Ordre des pharmaciens rencontré en marge de ce face-à-face avec la presse, la seule manière de contrer le phénomène des marchés illicites, c'est de développer, de manière ardue et répétitive, des campagnes d'information, d'éducation de et communication (Iec) à l'endroit de toutes les couches de la population. A l'en croire, si ce pari est réussi, les apothicaires n'auront plus besoin des autorités pour résoudre le problème des médicaments de la rue. Et le Dr Sarr de marteler que "le jour où chaque Sénégalais sera conscient des dangers des médicaments de la rue, Keur Serigne bi ne va plus exister".
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