Dieumercie Monga Monduka
13 Juin 2005
Kinshasa — Danser pour réconcilier les ethnies
Quand toutes les ethnies dansent ensemble, les spectateurs oublient un temps leurs différends. A l'Equateur, le ballet « Litenga » fait mieux que les discours pour favoriser la réconciliation entre les groupes longtemps opposés. Le spectacle est inédit. Des danseurs polyvalents des ethnies Budja, Ngombe, Mongo, Ngwaka, Ngbandi , venus de tous les coins de cette province rivalisent d'ardeur sur une même scène. Ces différents groupes se sont rencontrés en début du mois en cours à Bopandu, localité située dans la collectivité de l'Itimbiri dans l'Equateur. Cette retrouvaille, la grande première du genre, a porté des fruits.
Issus de tribus considérées depuis plusieurs années comme ennemies dans les coulisses, ces danseurs font tous partie d'un même ballet «Litenga », c'est qu'a indiqué le week-end la directrice de ce groupe folklorique, Jolie Egogola Masianga lors de son passage à Kinshasa. La séance de restitution a eu pour cadre le siège provisoire du ballet «Litenga » dans la commune de Barumbu. Pour la circonstance, à en croire la source, chaque tribu a aligné dix de ses meilleurs éléments, capables d'exhiber des pas de danses des autres tribus. Des incantations ! Qui l'eût cru ! Et le public assistant pantois au spectacle. Du rire et de l'émotion Les groupes folkloriques Ngwaka ont été à la hauteur. Et quand leurs homologues Budja sont montés sur scène, c'est le délire. L'assistance a été surprise de voir un jeune garçon Budja présenter des danses Mongo et Ngombe et des danseurs de ces ethnies bondir au rythme majestueux de «Engundele », la danse traditionnelle Budja.
LA STUPEFACTION
Diverses représentations enregistrées lors de cette rencontre tiennent le public en haleine : l'accoutrement d'un danseur Mongo au corps marqué par des tatouages, vêtu de peau de léopard et le visage couvert par un masque, épouvante une adolescente, tandis qu'une femme (Mongo) qui a depuis trouvé asile à Bopandu manque de s'évanouir lorsque les chansons de son terroir ont été entonnées. Car, elle n'avait plus entendu cette musique de son enfance depuis plus de dix ans
Les réactions sont diverses : «Le patrimoine culturel est vendu », disent des puristes. Certains affirment sans ambages que la généralisation de ce genre de spectacle peut supprimer la guerre. Le spectacle émerveille néanmoins tout le monde : autorités locales, chefs de groupements, villageois et notables (chefs traditionnels), chefs religieux, bref toute la population. A l'entousiasme du public se mêle l'émotion lorsque sur scène, l'un des danseurs se perce la peau du ventre à l'aide d'une tige métallique. «Est-ce de la magie ou de la sorcellerie ? », se demande quelqu'un. «C'est faux et pourtant nous l'avons tous vu, l'acteur n'a saigné de nulle part ! », lance un spectateur. «C'est de la prestidigitation », affirme une femme spectatrice.
Au dernier jour de cette rencontre, la représentation se termine par l'hymne national, chanté dans les langues de toutes les ethnies présentes à cette fête de la culture. Danseurs, autorités, ressortissants de toutes les communautés ethniques se séparent à la fin par des accolades. Des blocs notes remplis d'adresses. Tous se sentent enfants d'une même province, sans complexe les uns à l'égard des autres.
Pour Jolie Egogola, ce spectacle est d'une importance capitale pour la normalisation des relations intercommunautaires dans l'Equateur. Le ballet «Litenga » a aidé les populations à renforcer l'étape de ce face-à-face, affirme-t-il. Cette étape éloigne des peuples l'idée d'un conflit quelconque et les prépare à avancer vers la réconciliation, la tolérance, et la compréhension mutuelle.
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