Le Messager (Douala)

14 Juin 2005

Cameroun: Le réquisitoire de L'Humanité : le Cameroun, Record mondial de la corruption ?

Réélu grâce à la fraude institutionnalisée en octobre dernier, Paul Biya, grand " ami ", de l'Élysée, enfonce le pays dans la misère et met son économie en coupe réglée.

Régulièrement caractérisé comme un " pays record mondial de la corruption ", le Cameroun n'en finit pas de voir son économie plonger dans le marasme et sa société se déliter et s'enfoncer dans la misère de masse. Plus de la moitié des 16 millions d'habitants est plongée dans la pauvreté - extrême, tandis que " l'élite " proche du pouvoir s'enrichit de façon ostentatoire. Au pouvoir depuis vingt-deux ans, Paul Biya s'est fait réélire en octobre dernier grâce à une consultation marquée par toutes les formes de fraude possibles et imaginables. Un exemple : la population camerounaise en âge de voter représente 8 millions d'électeurs potentiels, oui, mais... à peine plus de 4,5 millions de cartes électorales ont été distribuées. De plus, il est de notoriété publique qu'un nombre élevé d'électeurs ayant donné les preuves requises de leur servilité bénéficient, eux, de plusieurs cartes portant le même nom. Deux illustrations, parmi d'autres possibles, de la " mascarade électorale " dénoncée par les tenants de l'opposition, mais aussi nombre d'observateurs internationaux. À une exception près, ceux diligentés par l'Élysée, qui généralement ne trouvent rien à redire.

Deux faits récents viennent illustrer l'atmosphère d'affairisme effréné et de - répression entretenue par le régime Biya, dans ce pays riche en matières premières (pétrole, bauxite, bois) et agricoles (café, cacao, banane). Une atmosphère qui évoque celle ayant prévalu dans l'ex-Zaïre de Mobutu ou le Nigeria d'Abacha.

Voici deux semaines, des chefs traditionnels et des Ong locales accusaient la commission chargée de distribuer l'aide alimentaire aux populations de l'extrême Nord, victime de la famine, d'en détourner une large partie et de réserver la distribution du reste à une minorité triée sur le volet. Témoignage de Mey Guime, chef du village de Gonfla 1 : " Sur les 600 tonnes d'aides consignées dans un document, la commission n'en a apporté que 300 tonnes et a procédé à des distributions discriminatoires, privilégiant certaines familles et en oubliant d'autres ". Cela, alors que depuis le début mars, la sécheresse a provoqué dans cette région une baisse de l'ordre de 20 % de la production de céréales, dont les prix ont parallèlement grimpé de 20 à 50 % en raison de la spéculation.

Le 25 mai, les forces de police chargent des manifestants étudiants rejoints sur le campus de l'université de Buéa par une fraction importante de la population. Les gendarmes ouvrent le feu, faisant un mort, un chauffeur de taxi passant par là et au moins une cinquantaine de blessés. Le mois précédent, le 28 avril, deux étudiants de Buéa avaient été tués par la police lors d'une manifestation organisée pour obtenir la libération de leurs camarades emprisonnés.

Le ministre de la Communication, Pierre Moukoko Mbonjo, renvoie chaque fois la responsabilité des violences sur un " groupe d'assaillants non identifiés " et qui, insistait-il au lendemain de la dernière manifestation, apparaissaient " déterminés à attenter à la vie des autorités ". Pas le moindre souci de crédibilité dans cette déclaration. Une désinvolture qui en dit long sur la loi du silence entretenue par le régime Biya, tant sur ses pratiques " ventriotes " que sur les violences policières qui accueillent tout signe d'émotion populaire à leur encontre.

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