Fraternité Matin (Abidjan)

Afrique: Le G8 et la remise de la dette africaine : la machine de l'OMC tue les initiatives

F. A. Zagbayou - Gnamien Yao *

16 Juin 2005


analyse

Abidjan — A un mois du sommet du G8 à Gleneagles (Ecosse), les ministres des Finances des pays riches ont annoncé samedi à Londres un accord qu'ils ont qualifié d'"historique " portant sur l'effacement immédiat de la dette multilatérale de 18 pays pauvres, pour un montant de 40 milliards de dollars.

La photo des chefs d'états et de gouvernement des pays membres du G8 à l'issue du sommet d'Evian en France.

A un mois du sommet du G8 à Gleneagles (Ecosse), les ministres des Finances des pays riches ont annoncé samedi à Londres un accord qu'ils ont qualifié d'"historique " portant sur l'effacement immédiat de la dette multilatérale de 18 pays pauvres, pour un montant de 40 milliards de dollars. Mais ils n'ont pas réussi à s'entendre sur un autre objectif affiché de la Grande Bretagne, qui préside cette année le G 8 : un doublement à 100 milliards de dollars par an de l'aide internationale au développement. L'attention du G8 a été exclusivement portée sur la dette multilatérale due à la Banque mondiale, à la Banque africaine de développement et au Fonds monétaire international. Depuis 1975 jusqu'au sommet de juillet prochain en Ecosse, les pays du G8 trouvent à travers les rencontres des chefs d'Etat et de gouvernement, l'occasion de réfléchir ensemble, de façon informelle, aux questions posées par la mondialisation et d'apporter des réponses à la mesure des responsabilités qui découlent de leur rôle dans l'économie internationale. Mais pourquoi ces pays, qui pour la plupart ont tiré les fondements de leur développement de leurs colonies et des relations commerciales qu'ils ont avec les pays du tiers monde ont-ils subitement éprouvé le besoin de se mettre ensemble pour discuter de façon informelle des questions économiques internationales du moment? Quel était donc le contexte économique du moment et pourquoi seulement à partir de 1975, le Président français Valery Giscard d'Estaing a-t-il décidé d'inviter les dirigeants de l'Allemagne, des Etats-Unis, du Japon, du Royaume-Uni ainsi que de l'Italie à une réunion au Château de Rambouillet, près de Paris ? Il faut dire que ce qui va devenir le G7 en 1976 avec l'intégration du Canada puis le G8 avec l'entrée officielle de la Russie lors du sommet de Birmingham en 1998, naît dans un contexte international particulier : l'explosion du système monétaire international en 1973, suivie du premier choc pétrolier de 1973/1974.

Ces deux événements majeurs ont sérieusement ébranlé l'économie mondiale. L'origine du G8 repose sur la volonté des grandes puissances de maîtriser l'évolution de l'économie mondiale face à l'instabilité monétaire et à la montée en puissance de l'Organisation des pays producteurs et exportateurs de pétrole (OPEP). Les différends avec l'URSS achèvent de le souder idéologiquement : le G7 fait figure de bloc libéral, démocratique et occidental. D'année en année, d'une tribune informelle, le G8 devient un rendez-vous incontournable pour la gestion des questions internationales. Contrairement au Fonds monétaire international (FMI) ou à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le G8 n'est ni une institution ni une organisation internationale, il n'a pas de personnalité juridique et ne dispose d'aucune administration propre. Il ne prétend pas concurrencer les institutions internationales ou les Etats souverains, ni se substituer à eux. Il a des pouvoirs d'impulsion et de concertation, et il vise à éviter une mésentente politique et économique entre ses membres, qui lui serait préjudiciable et au reste du monde.

Cependant, à la volonté des pays les plus industrialisés du monde de mieux contrôler les soubresauts de l'économie mondiale, les pays africains indépendants pour la plupart depuis 1960 vont payer un lourd tribut. Avec la révolution industrielle en Europe au 19è siècle, une des motivations de la politique de colonisation était la recherche de débouchés pour les marchés économiques des pays européens. Les Européens savaient donc que l'Afrique est un grenier et qu'une fois les pays indépendants, ils pouvaient développer des politiques industrielles. Treize ans après leurs indépendances, certains pays avaient emprunté cette voie et ils constituaient une menace pour le nord. MC Namara, alors président de la Banque mondiale, pour refreiner la politique d'industrialisation de l'Afrique va encourager les gouvernements à s'engager dans une économie extravertie.

Les pays africains vont donc produire pour les marchés et surtout les industries européennes. On va accélérer le développement des produits agricoles servant de matières premières et qui vont être exportés vers l'Europe, sans valeur ajoutée et à vil prix. On va exhorter les gouvernements africains à s'endetter pour soutenir leur développement social et économique. La Caisse de stabilisation des prix des produits agricoles de Côte d'Ivoire, avec le début de la crise économique en 1970, va être détournée de ses objectifs premiers et la réserve financière que constitue la vente du binôme café-cacao va servir à financer les différents chantiers de développement du pays. Cela ne sera pas du goût des occidentaux vis-à-vis desquels la Côte d'Ivoire réussissait à faire du chantage avec sa production cacaoyère et financer son développement sans nécessairement emprunter. La politique de son démantèlement sera décidée de longue date et les mesures de sa réforme sous le Président Henri Konan Bédié, pour donner la Nouvelle Caistab, n'y feront rien. La déclaration économique finale du sommet de l'Arche le 16 juillet 1989 et notamment l'alinéa 17 qui porte sur les questions relatives au commerce international donnent un éclairage sur cet état de fait : " Les échanges mondiaux ont connu l'an dernier (1988) une expansion rapide.

Toutefois, le protectionnisme demeure une véritable menace. Nous réaffirmons avec force notre volonté de lutter contre toutes ses formes. Nous honorerons les engagements de démantèlement et de statu quo pris à Punta del Este, impliquant notamment que ne soit prise aucune mesure restreignant ou faussant les échanges, incompatible avec les dispositions de l'accord général et de ses instruments. Nous convenons de recourir effectivement au mécanisme amélioré de règlement des différends du GATT et de rechercher de nouvelles améliorations. Nous éviterons toute action discriminatoire ou autonome, contraire aux principes du GATT et remettant en cause l'intégrité du système commercial multilatéral. Nous nous engageons également à rejeter fermement la propension à l'unilatéralisme et à l'organisation des échanges, qui menace de compromettre le système multilatéral et les négociations de l'Uruguay Round " Jean Ziegler, le sociologue suisse dans " Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent " édition Fayard et dans le chapitre "

L'OMC comme une machine de guerre ", montre combien le G8 fait des professions. Et Warren Allmand, président de l'organisation non gouvernement canadienne Rights and Democracy, qu'il cite la montre bien " Nous habitons un monde où il est infiniment plus grave de violer une règle du commerce international qu'un droit de l'homme ". Dès 2000, relève Jean Ziegler, le volume des échanges a dépassé les 6000 milliards de dollars. En même temps, la structure du commerce mondial change : elle fait une place de plus en plus importante aux sociétés transnationales privées. L'OMC inventorie plus de 60.000 sociétés transnationales ( de la finance, du commerce, des services, etc) à travers le monde. Elles gèrent ensemble plus de 1,5 million de succursales dans pratiquement tous les pays du monde (excepté l'Afghanistan et quelques autres lieux déshérités de la planète).

Mais seulement comptent réellement les 300 à 500 entreprises nord-américaines, européennes et japonaises qui, ensemble, dominent le commerce. Il poursuit pour faire remarquer qu'en 2002, le tiers environ des échanges commerciaux s'est effectué à l'intérieur des mêmes sociétés transcontinentales. Exxon, Philips ou Nestlé sont comme toutes les sociétés transcontinentales, sont organisées de façon décentralisée. Leurs nombreux profit-center (usines, sociétés commerciales, sociétés de leasing, etc) à travers le monde fonctionnent de façon quasi autonome et commercent entre eux ou avec la holding mère. Un autre tiers du commerce mondial s'est effectué en 2001 entre les sociétés transnationales. Seul un dernier petit tiers des échanges de biens et de services durant cette même année a relevé du commerce au sens classique du terme : échange entre Etats, entre entreprises relevant du capital national, etc.

Et pour attester que les stratégies mises en oeuvre par l'OMC sont l'exacte traduction de la vision du monde des seigneurs du capital mondialisé. Et la déclaration de M. Perecy Barnevik, prince d'un empire international de la métallurgie et de l'électronique est symptomatique de cette vision. " Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d'investir où il veut, le temps qu'il veut, pour produire ce qu'il veut, en s'approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales ". Les ministres du Commerce des Etats du GATT ont signé le 1er avril 1994 à Marrakech l'acte de fondation de l'Organisation mondiale du Commerce. Au contraire du GATT (Accord général des tarifs douaniers et du commerce), donc une simple union douanière, l'OMC est une organisation internationale aux pouvoirs de coercition et de sanctions étendus. Elle est une formidable machine de guerre au service des prédateurs. Elle se mue parfois en un ensemble de conventions commerciales en évolution permanente, comme le faisait remarquer son premier directeur Renato Ruggiero.

L'objectif avoué des négociations de l'OMC est la réduction du pouvoir d'Etat et du secteur public en général. La déréglementation et la privatisation en sont les leviers. Les Etats qui ont une économie fragile, une industrie naissante, ont évidemment tout intérêt à maintenir des barrières douanières pour protéger leur marché et leurs entrepreneurs, artisans et marchands nationaux. Mais en ont-ils la possibilité de s'opposer à l'OMC ? La réponse, rapporte Ziegler, est non : les Etats-Unis, le Canada, le Japon et l'Union européenne contrôlent ensemble plus de 80% du commerce mondial. Résister à ces molosses équivaudrait à un simple suiccide. La réunion des ministres des Finances qui prépare le sommet du G8 de juillet prochain et qui vient d'annoncer samedi 11 juin l'annulation de la dette de 18 pays n'a pas dérogé à la tradition. L'impact de subventions agricoles injustes a reçu très peu d'attention. Et pourtant la politique agricole commune cause de gros dégâts en Afrique, en fermant à ses agriculteurs tous les marchés européens. Pendant ce temps, la production européenne est vendue sur les marchés mondiaux, faisant baisser les cours mondiaux ", comme le dénonçait l'Indépendant on Sunday, l'hebdomadaire de gauche dans un éditorial.

Il interpelle même les Etats-Unis qui ne font pas mieux en la matière " reformez la PAC et mettez fin aux subventions agricoles américaines, et la pauvreté pourrait peut-être vraiment disparaître ". Faut-il rappeler le cri de détresse des pays producteurs de coton et des agriculteurs mauriciens et malgaches dont le sucre subit une concurrence déloyale dans l'Union européenne avec les barrières douanières nationales qui protègent les marchés après que les gouvernements ont subventionné les agriculteurs. Cette question a été récemment la préoccupation des pays de l'Afrique de l'Est et du Sud lors du 10ème sommet du Marché commun des communautés économiques de cet espace géographique de l'Afrique. Que dire de l'AGOA dont les conditions d'éligibilité ne sont pas tout aussi flexibles et aisées. Jean Ziegler rappelle certains barouds d'honneur que le tiers-monde a tenté.

En 1999, le groupe des représentants africains a tentés, par une action concertée, de modifier certains articles particulièrement sévères de l'Accord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce, le fameux TRIPS dont le sigle officiel en français est ADPAC (Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce). Les Africains ont avancé des exigences qui, toutes, reflétaient les intérêts les plus élémentaires de leurs peuples. Ils ont notamment demandé que les sociétés transnationales privées n'aient plus le droit de déposer des brevets (à des fins monopolistiques) sur les micro-organismes, les plantes ou les animaux fournissant la base de l'activité du paysan ou de l'éleveur africain Le mémorandum déposé par les Africains protestataires visait aussi à protéger l'environnement naturel contre les vols pratiqués par les sociétés pharmaceutiques. Celles-ci prélèvent, en effet, en Afrique comme sur d'autres continents des molécules et des structures cellulaires sur le vivant, en déposent le brevet et poursuivent en justice toute la communauté ou personne utilisant d'une façon pourtant traditionnelle la même matière. Inutile de dire que la tentative africaine a lamentablement échoué.

Le mémorandum fut classé sans suite comme étant contraire à la liberté du commerce. Note sur un ton de dépit le sociologue suisse.

Face à une telle machine venimeuse et dévoreuse qu'une pieuvre dont disposent les pays du nord, quelles chances de réussite pour les décisions importantes et les initiatives récemment prises par le G8 ? L'initiative sur la dette des " pays pauvres très endettés " (PTTE), lancée au sommet du G7 de Lyon en 1996 voulait rétablir la solvabilité des pays bénéficiaires en annulant une part de leur dette extérieure y compris pour la première fois celle détenue par les créanciers multilatéraux. Cette initiative fut renforcée en juin 1999 à l'occasion du sommet de Cologne afin de la rendre plus rapide dans son exécution, plus large quant au nombre de pays concernés et plus généreuse dans le montant des créances annulées. Elle devrait diminuer de plus de 37 milliards de dollars le service de la dette de 38 pays pauvres très endettés. L'adoption d'une " charte de la société mondiale de l'information " au sommet d'Okinawa en 2000 qui définit le cadre dans lequel la société de l'information doit évoluer, reconnaît la nécessité d'une corégulation entre le secteur public et le secteur privé, de la préservation de la cohésion sociale et de la diversité culturelle, et de la lutte contre la cybercriminalité.

Elle propose aussi des mesures pour combler le fossé numérique entre les pays du Nord et du Sud. La création du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, annoncé au sommet de Gênes en 2001 , la lutte contre le terrorisme et la mise en place du " partenariat mondial contre la diffusion d'armes et de matières de destruction massive contre le terrorisme lors du sommet de Kananaskis puis toujours à la faveur de ce même sommet de l'adoption du plan du G8 pour l'Afrique destiné à appuyer le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique. Ce plan voulu par les chefs d'Etat africains lance les bases d'un développement de l'Afrique fondé notamment sur la bonne gouvernance, la revue par les pairs et un nouveau partenariat avec les pays du nord. En 2002, on pourrait dire le G8, le Canada et le Nepad. Mais pourquoi l'Afrique ? Pourquoi maintenant ? Serait-on tenté de s'interroger.

Dans le plan d'action, on peut lire au point 2 : " Il est impératif d'agir. Malgré son grand potentiel et ses ressources humaines, l'Afrique reste aux prises avec certains des problèmes les plus graves du monde. Les nombreuses initiatives prises pour stimuler le développement de ce continent n'ont pas réussi à améliorer durablement la vie des femmes, des hommes et des enfants qui y vivent. Mais reste toujours à l'étape des espérances. Et comme le regrettait un de ses inspirateurs, le Président sénégalais Abdoulaye Wade, ce sont déjà 12 millions de francs cfa dilapidés dans les notes d'hôtels et de billets d'avion sans résultats concrets.

Seuls le travail et le savoir libéreront l'Afrique

Peu avant ou peu après la fin de la guerre froide, le continent africain a semblé ne représenter aucun intérêt pour les pays les plus riches de la planète. Les bonnes intentions que les alliés traditionnels nourrissaient pour le continent noir avaient fini par ressembler à des réminiscences de liens affectifs qui ne reposaient que sur la volonté de se donner bonne conscience au fur et à mesure que les déclarations dans les arènes internationales se focalisaient sur des concepts qui magnifiaient la dignité humaine et célébraient l'égalité des chances et surtout le droit au développement.

Depuis le discours de la Baule dont les conséquences semblent avoir été la déstabilisation de l'Afrique, les Africains avaient fini par se demander quels pouvaient encore être leur apport et leur utilité à la marche du monde.

Dieu merci, les propositions de solutions aux nombreux maux qui minent le continent fusent de partout et la destination Afrique est à nouveau un signe de vitalité diplomatique qui confond tous ceux qui avaient condamné l'Afrique à l'errance et l'abandon définitif.

Notre contribution vise à établir le bilan de " santé " du continent africain avant le sommet du G8 qui se tient en Ecosse au mois de Juillet et qui est présenté comme celui de la dernière chance pour l'Afrique, avant de tenter d'insister sur les motivations profondes de ce retour positif du continent au devant de la scène internationale.

L'Afrique dans le monde

Au cours des vingt dernières années, le continent africain a eu des performances très négatives quel que soit l'indicateur de développement retenu. Alors que le continent participait à hauteur de 3,6% aux échanges mondiaux en 1983, en 2003, son insertion dans le commerce international est tombée à 1,4%. Le continent Noir apparaît comme le plus pauvre de tous. On y trouve un homme sur deux environ (46%) ne pouvant avoir accès à l'eau potable. Près d'un tiers de ses fils souffrent de malnutrition. Le taux de scolarisation dans le primaire plafonne à 57%. Les femmes meurent deux fois plus en couche qu'en Asie du Sud. La pauvreté selon le PNUD et rapportée par certains spécialistes en Afrique est à la fois " une indigence matérielle et une pauvreté de potentialité et de capacité. " (Stephen Smith, RAMSES 2005).

Entre 1950 et 2000, l'on estime que " la valeur des exportations africaines a été divisée par trois. " Mieux en 2002, toujours selon les experts du PNUD, " sur 534 milliards de capitaux privés investis à l'étranger, 349 milliards l'ont été dans les pays occidentaux, 90 en Asie, 62 en Amérique latine, 27 en Europe " de l'Est et seulement 6 en Afrique ." En dehors du pétrole, l'agriculture et les mines, les principaux piliers de l'économie africaine ont reculé. Quant à l'industrialisation, il faut remettre à plus tard, son essor.

Alors qu'en 1960, le continent africain était autosuffisant sur le plan alimentaire, arrivait même à exporter de la nourriture, en 1980 il importait l'essentiel de ses besoins alimentaires. Sa dépendance vis-à-vis de l'extérieur sur le plan alimentaire s'est accrue au fil des ans.

En 2003, l'on estimait à 30 millions le nombre d'Africains infectés du virus du Sida sur un total de 43 millions dans le monde. Comme si ces déficits et handicaps ne suffisaient pas, l'Afrique est abonnée depuis une vingtaine d'années aux guerres civiles, aux rébellions armées, aux coups d'Etat militaires, jetant sur la route de l'exil forcé de millions d'âmes, tuant également plusieurs centaines de milliers d'Africains sans oublier ceux et celles qui porteront tout le reste de leur vie, les mutilations et les cicatrices imposées par ces barbaries très souvent post ou préélectorales.

La " nouvelle Afrique " ou le paradoxe d'un regain d'intérêt

Depuis l'annonce de la volonté de remise de la dette d'une partie des pays africains, il y a comme un vent d'espoir mais aussi de doute qui s'empare du continent tout entier. Les partisans " du pour ; du contre ; du pour ,mais , du contre , mais " semblent nous éloigner des défis à relever en Afrique. Et pourtant l'histoire du continent africain doit permettre aux habitants du continent noir de comprendre que les relations entre pays riches et pays pauvres sont mues par la volonté de " gains réciproques " et non de simple philanthropie. Il suffit de se rappeler que le G7 puis G8 est né en 1975, au moment où le monde entier et -singulièrement les pays industrialisés-, faisait le bilan du premier choc pétrolier survenu deux ans plus tôt.

Le G8 est sans aucun doute né pour permettre aux pays les plus riches du monde de parler d'une seule voix face aux pays pauvres qui ne sont d'accord que sur leur désaccord, et qui montrent chaque jour un peu plus que leur unité a vécu et bien vécu depuis le sommet de Bandung en 1955.

Dans ces conditions, il ne faut pas être étonné que le G8 décide de ce qui est bon pour les pays pauvres au lieu d'accéder aux requêtes de ceux-ci. A quand ce partenariat Nord-Sud tant souhaité et qui était pendant longtemps, nos rêves?

Il faut espérer que 30 ans après sa création, le G7 puis G8, après avoir regardé l'Afrique s'enfoncer, sous le poids de la dette, veuille enfin l'aider à se tenir debout, l'aider à trouver la lucidité nécessaire pour faire face aux nouveaux défis qui l'attendent.

En se félicitant de ce regain d'intérêt pour l'Afrique après le sommet du G7 de Lyon en 1996 qui a lancé " la première initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) ", celui du G8 de Cologne en 1999 qui a été " celui de l'initiative PPTE renforcée avec un accord sur l'allègement de la dette de certains des pays les plus pauvres portant sur plus de 37 milliards de dollars ", et celui de Kananaskis en 2002 où chacun des membres du G8 s'est engagé " fermement en faveur de l'Afrique " en définissant des domaines prioritaires d'aide au développement, les Africains doivent enfin se résoudre à éviter de toujours faire du surplace. Il faut enfin comprendre que le continent ne va pas passer toute sa vie à " être nourri de poisson ". Il faut bien qu'un jour, il apprenne à pêcher , bien entendu avec ses propres filets et ses propres lignes!

Dans un premier temps, il faut prendre conscience du fait que si c'est seulement en 2005 qu'une telle décision est prise, c'est bien pour des raisons qu'il faut maîtriser parfaitement pour éviter de tomber dans l'oubli à nouveau. Il n'y a qu'à ce prix que l'Afrique peut être un partenaire apprécié des pays riches au lieu de continuer à être cet " éternel mendiant " dont la marche est assistée de l'extérieur. Qu'adviendra-t-il le jour où l'assistant sera fatigué ?

Tout en saluant ce geste de " générosité ", les Africains doivent comprendre qu' " après une éclipse décennale, due à la décote géopolitique qu'a entraînée la chute du mur de Berlin, l'adjectif " stratégique " est de retour, au moins pour une richesse du sous-sol africain, qui recèlerait 80 milliards de barils de naphte, soit autant que l'ex-Union soviétique, et sans doute bien plus " (Stephen Smith, RAMSES 2005). Le pétrole étant un vecteur d'insertion internationale, il faut cette fois-ci mettre en place des stratégies qui permettent au continent d'en tirer le maximum de profit aussi bien maintenant que pour les générations à venir. N'oublions pas que c'est une ressource limitée. Il faut comprendre que sans pétrole, nous cesserons d'être à la place où l'on nous met aujourd'hui, avec tant d'entrain.

Deuxièmement, l'immigration des populations du sud vers le nord étant devenue un problème de société dans les pays industrialisés, il est possible de voir en cette décision, la volonté de créer des espaces d'épanouissement humain pour décourager les candidats au départ. Il est donc impérieux que les bénéficiaires de ces mesures d'annulation de la dette sachent en faire bon usage en identifiant des secteurs prioritaires (faire la part belle aux secteurs sociaux) dans le cadre de la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Troisièmement, il est urgent que les africains mettent en place un comité d'experts et de sachants pendant qu'il est temps pour décoder le package de conditionnalités qui accompagnent une telle mesure parce qu'en réalité le G8 loin d'être une organisation caritative, est avant tout un partenaire économico-politique qui a des intérêts à défendre et à satisfaire. Conclusion

Dans ses rapports avec le reste du monde, l'Afrique a connu des hauts et des bas. Après avoir sombré dans l'oubli et succombé aux affres du néolibéralisme qui a culminé avec différents plans d'ajustements structurels dont elle ne se remet pas du tout, revoilà le continent africain au coeur des convoitises et des contradictions des pays les plus riches du monde.

Dans ce cycle de " continuité et de ruptures " dans ses relations avec les pays les plus riches du monde, le continent africain doit comprendre qu'en matière de relations internationales économiques " lorsque l'ami vous lave le dos, prenez vous-même soin de vous laver le ventre. " En d'autres termes, il faut transformer cette bouffée d'oxygène en point de départ d'une prise de conscience collective qui inscrira au rang des priorités pour une vraie insertion dans l'ordre international, la lutte contre l'analphabétisme, l'apport de soins de santé primaire à un plus grand nombre, la restauration de l'autorité de l'Etat, la lutte contre la corruption, l'abandon des coups d'Etat et des rébellions qui éloignent les épargnes africaines des peuples africains, la bonne gouvernance, la construction des universités et grandes écoles spécialisées pour former l'élite africaine de demain, l'adaptation de la Démocratie aux réalités africaines, et enfin le plein emploi.

* Ancien ministre et membre du réseau Intelligentsia africaine

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