Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Kolda : les profs d'Eps crient leur ras-le-bol

Hamidou Sagna

27 Juin 2005


Ils s'estiment victimes d'une discrimination et ont profité du Crd spécial consacré à la prochaine rentrée scolaire et présidé par le ministre de l'Education pour crier leur ras-le-bol. Ces professeurs d'éducation physique et sportive réclament plus de considération de la part des autorités.

(Correspondance) - Les professeurs d'éducation physique et sportive (Eps) ne pouvaient sans doute pas rêvé d'une tribune meilleure que celle du Comité régional de développement (Crd) spécial consacré à la prochaine rentrée scolaire pour crier leur mécontentement. La réunion tenue à l'hôtel de région a été présidée par le Pr Moustapha Sourang, ministre de l'Education, flanqué de tous ses collaborateurs. Les professeurs d'Eps constitués en collectif se sont invités à la rencontre arborant des brassards rouges.

Ces enseignants en étaient à leur second signal fort en direction des autorités. A la veille du Crd spécial, ils avaient déserté les terrains de sports où se déroulaient les épreuves physiques du baccalauréat depuis le 15 juin dernier. Parce qu'ils ne comprennent pas, annonce leur porte-parole Dominique Ndecky, que l'Office du Bac ne les convoque pas à l'examen du baccalauréat de la même manière que leurs collègues des autres disciplines.

«C'est par arrêt de l'autorité administrative locale que nous sommes convoqués», fulmine M. Ndecky, ajoutant que les autres examinateurs reçoivent un ordre de mission et une feuille de déplacement. Les frais de transport dont le remboursement est indexé au kilomètre, ne leur est pas appliqué. Ce sont des tarifs de la gare routière qu'on nous attribue, se plaint-il. Et M. Ndecky d'ajouter que l'acompte sur les indemnités du Bac ne les concerne pas, alors que leurs collègues des autres disciplines empochent 25 000 F Cfa avant de rejoindre leur centre d'examen. «Et de tout temps, c'est cela la règle à Kolda pour les profs d'Eps», déplore-t-il.

La «discrimination» ne s'arrête pas là. Car, à les en croire, les terrains où se déroulent les épreuves physiques, ne sont pas surveillés par les forces de sécurité comme c'est le cas pour les autres matières. «Des bagarres surviennent parfois entre les examinateurs et des jeunes protestant contre la confiscation de leur aire de jeu», alerte le porte-parole du collectif des profs d'Eps de Kolda.

Seulement voilà: les questions d'ordre financier ne sont, à l'apparence, que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. «Notre discipline est dans un processus de banalisation», s'est écrié Oumar Ly au cours du Crd. Pêle-mêle, M. Ly cite l'absence de cellule pédagogique, de conseiller pédagogique itinérant (Cpi), de séminaire de mise à niveau pour les corps émergents. Un état de fait qui rend impossible la formation continue. Comme pour ajouter de l'eau à son moulin, Léopold Faye, directeur de l'Enseignement moyen secondaire et général (Demsg), avoue:«En réalité, nous ne contrôlons pas la formation des professeurs d'Eps.» Et M. Faye d'ajouterqu'il n'y a pas de Cpi ni de coordination pédagogique nationale (Cpn).

Interpellé en marge du Crd spécial, le Pr Sourang a reconnu que les professeurs d'Eps étaient éclatés entre le ministère de l'Education et celui des Sports. Une concertation est ainsi annoncée et«un document étudiant pour une meilleure utilisation de ces enseignants élaboré par la Direction des ressources humaines».

Dans son rapport introductif, l'inspecteur d'académie Abdoulaye Badiane a mis le doigt sur«les poches de résistance» à l'école. A Médina Gounass et à Ndiamacouta, notamment au village de Boudouk, les chefs religieux semblent réfractaires à l'école française. La parade pour les autorités scolaires se trouve dans les écoles franco-arabes.«Les enfants suivent le cycle de l'école élémentaire jusqu'à l'entrée en sixième sans hypothéquer leurs humanités religieuses. Il faut donc aller vers un statut public de ces écoles franco-arabes», a souhaité le ministre de l'Education dans ses vingt recommandations. Des assises sur la scolarisation des filles sont aussi annoncées dans la feuille de route. Cette année, il y a eu 21 cas de grossesses prématurées, dont 2 à l'élémentaire et 9 cas de mariages précoces.

L'école des zones frontalières figure dans les recommandations. Il s'agit pour le ministre de l'Education de les rendre attractives.«Car en face, notamment en Gambie, l'école est au régime des cantines scolaires et les apprenants dans un cadre bien meilleur», alerte Insa Mané, conseiller rural à Bounkiling. Il faut inverser la tendance, s'est-il écrié, sans doute pour freiner le charme de l'école gambienne sur les populations frontalières dont la progéniture est le plus souvent dans des abris provisoires.

On en dénombre quelque 173 à Kolda. Pour l'heure, nombre d'enfants des localités frontalières sont inscrits dans les écoles gambiennes dont l'influence sur leurs camarades sénégalais est réelle. En témoigne, cette autorité administrative sénégalaise, en visite officielle dans une localité frontalière, qui a eu la désagréable surprise d'entendre les potaches entonner à son honneur l'hymne national gambien.

Les positions raides ont alors fléchi sans déteindre sur la flamme patriotique des enfants. Ils sont allés jusqu'au bout du «Pincez tous » gambien.

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