Fraternité Matin (Abidjan)
Théodore Kouadio
28 Juin 2005
Abidjan — Le développement des ressources en eau de l'Afrique est devenu l'un des principaux objectifs des efforts de développement de la Banque sur le continent.
Estimées à environ 50400 milliards de m3 par an, les ressources en eau renouvelables du continent sont considérées comme abondantes. Ces ressources en eau se caractérisent par une extrême variabilité dans l'espace et dans le temps, le paysage africain étant dominé par plus de 60 bassins d'eau transfrontaliers. Cependant, le niveau d'exploitation de ces ressources est faible, avec seulement près de 3% du volume total exploités de manière rationnelle. Par conséquent, l'Afrique est confrontée au redoutable défi de la mise en valeur significative de ses ressources en eau afin d'assurer une croissance économique et un bien-être social durables.
Le coût social de l'exploitation peu rationnelle des ressources en eau de l'Afrique est bien établi. Actuellement, près de 300 millions de personnes en Afrique n'ont pas accès à l'eau potable, et environ 313 millions, à l'assainissement. Si la majorité des populations africaines vit dans les zones rurales (62 %), l'accès est des plus bas en milieu rural, se situant à environ 47% pour l'eau, et 45 % pour l'assainissement. Le faible accès à l'eau salubre et à l'hygiène constitue la principale cause de plusieurs maladies qui affectent l'Afrique, et explique les taux élevés de mortalité infantile et maternelle dans nombre de PMR. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 50% de l'ensemble des Africains souffrent d'une des 6 maladies d'origine hydrique.
C'est face à l'ampleur de ces défis que la Vision africaine de l'eau pour 2025 et le Cadre d'action y afférent ont été présentés au deuxième Forum mondial de l'eau, tenu en 2000. Un consensus s'est dégagé au Forum autour de la nécessité d'une approche transfrontalière comportant une stratégie de gestion intégrée des cours d'eau, pour parer aux menaces qui pèsent sur la durabilité de l'eau et accroître sensiblement l'accès des populations rurales à l'eau salubre et à un assainissement adéquat conformément aux ODM. La réalisation de cet objectif nécessitera des ressources considérables, ainsi qu'une collaboration totale et un engagement soutenu de la communauté internationale des donateurs, des PMR, des ONG et des partenaires bilatéraux.
Initiatives du Groupe de la Banque dans le secteur de l'eau
Le Groupe de la Banque a accumulé une vaste expérience de plus de 37 années en matière de gestion des ressources en eau en Afrique. En 2000, elle a mis au point une Politique de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), qui fait fond sur son engagement soutenu et sa longue expérience dans ce domaine. Le principal enseignement tiré est la nécessité d'élaborer un cadre stratégique global et intégré pour tirer le maximum d'avantages de la gestion durable des ressources en eau en vue de promouvoir la réduction de la pauvreté et la croissance économique. Le principe de la GIRE repose sur la reconnaissance du fait que l'eau a une valeur écologique, sociale et économique, et que la gestion de l'eau doit être optimisée dans ces systèmes. La Banque a pris une part active dans la promotion d'un nombre d'instruments d'intervention majeurs qui guident l'Initiative de la Banque dans le secteur de l'eau, à savoir le Programme du NEPAD en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement, l'Initiative pour l'alimentation en eau et l'assainissement en milieu rural (IAEAR), et la Facilité africaine de l'eau (FAE).
Initiative pour l'alimentation en eau et l'assainissement en milieu rural (IAEAR)
L'initiative pour l'alimentation en eau et l'assainissement en milieu rural (IAEAR) a été mise au point par la Banque, en réponse au défi que constituent l'appui à la réalisation des ODM liés à l'eau et les objectifs de la Vision africaine de l'eau, ainsi que pour faire face au problème de l'accès limité aux services d'alimentation en eau et d'assainissement dans les zones rurales en Afrique. L'objectif général de l'IAEAR est la réduction de la pauvreté grâce à la fourniture de l'eau potable et des services d'assainissement de base à 80% des populations rurales en Afrique d'ici 2015, avec une couverture éventuelle de 100% à l'horizon 2025, comme énoncé dans les ODM. La réalisation de ces objectifs nécessitera des ressources financières considérables. Pour atteindre l'objectif de 80% d'accès à l'eau salubre et à l'assainissement d'ici 2015, il faudra des investissements cumulés estimés à environ 14,2 milliards de dollars. Ces ressources devront être mobilisées auprès des sources internationales pour couvrir approximativement 80% de l'ensemble des besoins (30% par le biais de la reconstitution des ressources du FAD et 50% auprès d'autres donateurs bilatéraux et multilatéraux). Le reste, soit 20%, sera financé par les ressources des Etats (15%) et des bénéficiaires (5%).
Pour le moment, la Banque, avec le concours des autorités françaises, s'attelle aux préparatifs de la " première Conférence internationale des donateurs " prévue pour le 1er avril 2005 à Paris. La Banque a effectué plusieurs missions dans les principaux pays donateurs pour rechercher un soutien et préparer le terrain pour la conférence, dont le thème est " Atteindre l'objectif du millénaire pour l'eau et l'assainissement en Afrique rurale ".
Facilité africaine de l'eau (FAE)
La Facilité africaine de l'eau (FAE) est pilotée par le Conseil des ministres africains de l'eau (AMCOW) et vise à opérationnaliser la Vision africaine de l'eau et le Cadre d'action. La FAE a pour but d'oeuvrer en faveur de l'instauration d'un cadre propice et de renforcer la gestion des ressources en eau de manière à attirer les investissements massifs nécessaires pour atteindre les objectifs régionaux. La FAE vise à mobiliser environ 615,7 millions de dollars, dont quelque 2,5 millions seront alloués à son organisation et administration, 170 millions aux activités de facilitation, et 434 millions aux investissements physiques. Un programme d'action indicatif à moyen terme pour la période 2005-2009 a été élaboré afin d'encadrer cet effort. À ce jour, un nombre de donateurs ont fait : des contributions et des promesses de contribution en faveur de la FAE
- le Canada a approuvé un montant total de 20 millions de dollars canadiens, dont 10 millions ont déjà été décaissés;
- la Commission européenne a approuvé une contribution totale de 20 millions d'euros au titre de la Facilité de l'eau UE/ACP sur environ 2 ans, et a indiqué sa disponibilité à apporter une ; contribution supplémentaire aussitôt après
- la France a approuvé 12 ; millions d'euros sur 5 années
- la Norvège a indiqué son intention de verser une contribution de 1,5 million d'euros par an sur une période de 3 ans ; (cela fait actuellement l'objet d'un document soumis pour approbation)
- la Suède, le Danemark et l'Autriche ont donné des signaux positifs quant à leur intention de contribuer, mais aucune approbation n'a encore été ; enregistrée
- le Japon a fait part de son intention d'apporter une contribution sur son fonds spécial administré par la Banque.
La Facilité a été créée sous forme de Fonds spécial de l'eau, administré par la Banque. La Banque s'attelle à préparer les documents opérationnels, dont les manuels des opérations, le programme de travail, le plan de dotation en effectifs, les règlements, et les modèles d'accords-cadres pour les contributions des donateurs. Les acquisitions et les décaissements se feront selon une procédure accélérée, conformément aux règlements de la Banque.
Programme de gestion des ressources en eau du NEPAD
À l'échelle continentale, le NEPAD constitue le cadre de référence pour l'orientation des actions de mise en valeur des ressources en eau en vue d'atteindre l'objectif stratégique consistant à assurer la sécurité d'approvisionnement en eau sur tout le continent. La Banque a été désignée comme chef de file en vue d'aider le NEPAD à mettre en oeuvre son programme de développement des infrastructures dans le secteur de l'eau et de l'assainissement, dans l'optique de renforcer l'intégration régionale. À cet effet, il a été préparé un Plan d'action à court terme (PACT) pour la mise en oeuvre des activités prioritaires sur une période de 5 ans. Le programme du PACT prévoit l'élaboration de politiques nationales de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), l'atténuation des effets des inondations et des sécheresses, la satisfaction des besoins fondamentaux en eau et la gestion des ressources en eau transfrontalières. La mise en oeuvre du PACT a focalisé les interventions sur 7 bassins fluviaux : les fleuves Niger et Sénégal en Afrique ; le Nil en ; le fleuve Congo et le lac Tchad en Afrique centrale de l'Ouest Afrique de l'Est, et les fleuves Zambèze et Okavango en Afrique australe. La Banque apporte en outre un concours au NEPAD en vue de l'élaboration du Cadre stratégique de moyen à long terme (CSMLT) pour le Programme de développement de l'infrastructure de l'eau et de l'assainissement.
Programme de partenariat dans le domaine de l'eau
Le Programme de partenariat dans le domaine de l'eau a été créé avec le concours du gouvernement néerlandais pour promouvoir les principes et les pratiques de gestion intégrée des ressources en eau dans les PMR et pour appuyer la mise en oeuvre de la politique de GIRE en Afrique. L'exécution du programme, qui s'étale sur trois ans, a débuté en 2003 avec un don de 5 millions de dollars. Le don est de renforcer les capacités opérationnelles de la Banque, utilisé pour renforcer la prise de conscience et les capacités dans les PMR, développer l'information et sensibiliser le public à la question de l'eau, et permettre de prendre part à des partenariats ainsi qu'aux échanges des meilleures pratiques et d'expérience dans les PMR. Le Canada a accepté de financer le programme de partenariat dans le domaine de l'eau en mettant à disposition 5 millions de dollars canadiens sur trois ans, à compter de 2004.
Le programme a permis à la Banque d'élaborer la Facilité africaine de l'eau ainsi que le cadre de mise en oeuvre du programme de la phase pilote de l'IAEAR. Il a appuyé les campagnes régionales et internationales de sensibilisation et a permis à la Banque de participer au programme de coopération en matière d'utilisation de l'eau dans l'agriculture, avec la Banque mondiale, la FAO, le FIDA et l'IAEAR dans le cadre du NEPAD.
Coordination des actions et partenariats
La Banque jouera le rôle de chef de file dans la mise en oeuvre de l'IAEAR, en coordonnant les actions des donateurs et autres partenaires autour d'un programme commun, en assurant une réponse synchronisée dans le relèvement des défis, et en encourageant une approche harmonisée par rapport à la mise en oeuvre des programmes. La Banque établira un Comité de coordination de l'eau afin d'assurer les fonctions de secrétariat pour la mise en oeuvre des différentes initiatives.
La coordination au niveau national sera assurée en premier lieu à travers les DSRP. Les mécanismes d'élaboration des DSRP appellent le passage en revue des programmes pays des différentes institutions, gouvernements, donateurs, des BMD et des ONG, de même que des possibilités d'intégration dans le plan global de GIRE du pays. La coordination des opérations de la Banque sera assurée dans le cadre des DSP et des documents de stratégie d'assistance régionale, où les engagements de l'institution en faveur des programmes nationaux et régionaux sont déterminés.
L'avènement de l'AMCOW, couplé à sa participation à la FAE, constitue une opportunité à saisir pour que tous les programmes devant être appuyés par l'IAEAR, le Programme de l'eau du NEPAD et la FAE s'inscrivent dans les programmes nationaux et régionaux des PMR, à côté de l'appui des programmes de la communauté des donateurs. La Banque a, en collaboration avec d'autres partenaires régionaux et internationaux, pris une part active aux conférences régionales et internationales telles que le Sommet mondial sur le développement durable (SMDD), le Forum mondial de l'eau et le Panel mondial sur le financement de l'infrastructure dans le secteur de l'eau. Par ailleurs, Le Groupe des Nations Unies pour l'eau en Afrique aura à jouer un rôle important de coordination entre les agences des Nations Unies, d'une part, et avec d'autres parties prenantes, d'autre part.
L'engagement du Groupe de la Banque par rapport aux initiatives dans le secteur de l'eau et l'importance que l'institution, ainsi que ses partenaires au développement et ses PMR y attachent, ont été clairement mises en évidence par la première Semaine de l'eau de la BAD, tenue à Tunis en juillet 2004. La Semaine de l'eau visait à engager les parties prenantes et les partenaires dans le secteur de l'eau en Afrique, à consolider les partenariats existants et à en créer de nouveaux, ainsi qu'à mobiliser un large soutien auprès des parties prenantes et de la communauté internationale dans son ensemble, afin d'accélérer le développement et la gestion des ressources en eau en Afrique. C'est pendant la semaine de l'eau qu'ont été officiellement lancées l'IAEAR et la FAE.
Source : BAD
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