Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Oui à l'abrogation du célibat des prêtres

Théordore Adrien Sadio NDIAYE 3e Cycle Ucad

30 Juin 2005


opinion

La presse nationale et internationale a fait largement écho du procès du père Lefort à Nanterre, en France.

Ce prêtre pédophile est accusé de viols commis sur des jeunes adolescents qui, à l'époque, étaient pensionnaires de l'internat des enfants de la rue de Rufisque. Ce prêtre sans scrupules et indigne de l'habit qu'il porte, a abusé de beaucoup de jeunes de cet internat moyennant argent ou promesse de voyage à l'extérieur. Les témoignages de ses victimes vous laissent le coeur brisé de honte et de désolation. Sa condamnation à huit ans de réclusion criminelle et les 134 000 euros au titre des dommages et intérêts me paraissent trop légers comme peine.

En tant que catholique, j'ai été très choqué en lisant dans les journaux et sur la toile les ignominies de ce [prêtre]. Cependant, cela ne m'a pas surpris, car ce n'est pas la première fois que la presse relate de tels faits. Pour rappel, le 1er mars 2000, condamnation à dix huit ans de réclusion de l'abbé Bissey pour viols sur deux mineurs, le 19 octobre de la même année, arrestation d'un prêtre de la paroisse de Pessac pour "agression sexuelle sur mineurs de moins de 15 ans...". Le 24 de ce mois, condamnation à 8 ans de prison de l'abbé André Montrichard, aumônier des lycées et collèges à Belfort. Le 8 février 2001, condamnation d'un ancien curé de Font-Romeu à 18 mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles commises entre 1992 et 1998 sur huit jeunes garçons. La liste est loin d'être exhaustive (Source : Marianne n° 200, semaine du 19-25 février 2001, page 62).

Les turpitudes des prêtres ainsi que leur faux célibat ne datent pas d'aujourd'hui. Ici aussi j'ouvre une parenthèse pour dire que les monastères et autres couvents sont un topo bien connu des écrivains de la renaissance et, plus tard, de ceux du XVIIIe siècle. En effet, ces lieux de prière, de rencontre avec Dieu, avaient dégénéré en de véritables bordels où régnaient une débauche exécrable, un désordre total. Ces lieux sont devenus à la longue des foyers de concupiscence et de luxure. Relisez le Decameron de Boccace et vous serez édifiés.

Le célibat des prêtres qui est l'objet de mon propos, est cependant une invention tardive dans l'église. En effet, les 37 premiers successeurs de saint Pierre sur le trône pontifical pouvaient convoler en justes noces sans encourir les foudres de l'Eglise. On peut même parler de pontificat héréditaire. Prenons quelques exemples : saint Grégoire le Grand était l'arrière-petit-fils de Félix III. Les règles étaient si peu fixées qu'en 867, les cardinaux élisent pour souverain pontife Adrien II qui n'avait prononcé aucun voeu ecclésiastique et était officiellement marié. Pour coiffer la tiare, il dut éloigner son épouse - reléguée dans un couvent - et être ordonné diacre, prêtre, évêque et cardinal le même jour. "Eskëy !" L'espagnol Rodrigue Borgia, quant à lui, est entré dans les ordres après la mort de son épouse, qui lui avait donné six gosses, dont les tristement célèbres César et Lucrèce Borgia. Devenu pape en 1492 sous le nom d'Alexandre VI, sa vie privée et les frasques de ses fils ne furent pas étrangères à l'éclosion de la réforme. Luther ne se priva pas de fustiger les moeurs dépravées et le népotisme des Borgia.

Je vous assure, il n'y a pas de domaine où l'on mente, où l'on cache autant qu'à propos du célibat des prêtres et de leur sexualité active. Les fidèles chrétiens du Sénégal savent que 99,99 % des prêtres vivent un faux célibat. Chose plus grave encore et ça beaucoup l'ignorent, c'est que les "Domou Labbé" (fils de prêtres), ça court les rues maintenant ! Rassurez-vous, je sais ce que je dis. Je sais trop de choses sur des prêtres et même sur des hautes autorités ecclésiales. Depuis la publication de mon article "Les maux dont souffrent l'Eglise au Sénégal", j'ai reçu des témoignages, des révélations, sans compter les faits dont moi-même j'ai été témoin. Mais il ne serait pas charitable de tout dire dans un article de presse, c'est pourquoi j'ai décidé de faire de toutes mes découvertes un roman, au moins là je serai plus libre, car il n'y a pas de tabou en littérature.

Mal respecté, presqu'une chimère, difficilement vécu par les intéressés, le voeu de chasteté est source d'une scandaleuse hypocrisie dans l'Eglise. La curie romaine sait pertinemment que ses hommes de terrain n'ont pas réussi à sublimer leur Eros. Eux-mêmes l'ont-ils réussi ? Ne commettons pas l'erreur de croire que les prêtres sont des demi-dieux. Oh ! que non. Comme tout être humain, ils ont leurs pulsions. La chasteté sexuelle étant contre-nature, il n'est pas surprenant de voir des prêtres succomber quand la nature revient au grand galop. Nietzsche avait bien raison lorsqu'il affirmait dans Par-delà le bien et le mal : "Le christianisme a donné du poison à Eros, mais il n'est pas mort, il a dégénéré en vice." Et malheureusement, ce vice, on le rencontre là où on l'attendait le moins : dans le clergé. Des apôtres pédophiles et mêmes homosexuels font parfois la Une des quotidiens occidentaux. Mon militantisme en faveur de l'abrogation du célibat des prêtres n'est pas une négation de la supériorité spirituelle de ce dernier. Fervent lecteur de saint Augustin, je crois fermement à la supériorité de la chasteté et de la virginité sur l'état d'époux et d'épouse. Cependant, faudra-t-il que cette chasteté et cette virginité soient vécues sincèrement et réellement Ad Majorem Dei Gloriam. Ce sacrifice sublime n'est pas à la portée de n'importe qui et n'est pas non plus obligatoire. Relisez les Opuscules de l'évêque d'Hyponne intitulés De Continentia et De Sancta virginitate.

En ce qui concerne l'Eglise d'aujourd'hui, il faut reconnaître que nous sommes trop loin de l'idéal augustinéen. Chaque jour qui passe révèle que le célibat des prêtres est une chimère. Osons regarder la vérité en face et posons le débat. L'émission Le Jour du Seigneur, la seule tribune catholique à la Rts, devait servir d'espace de discussions fructueuses autour des grandes questions qui secouent l'Eglise. Mais hélas ! monsieur l'Abbé nous sert, depuis des années, le même scénario. A mon avis, cette émission doit être repensée et définie. Il est temps de prendre des décisions, des sanctions à l'encontre des prêtres pervers, il est temps que l'on accepte de parler de la sexualité des prêtres dans nos paroisses. "Les grandes époques de notre vie, disait Nietzsche, sont celles où nous avons le courage de considérer ce qui est mauvais en nous comme ce que nous avons de meilleur".

En tout cas, je reste optimiste et assuré du retour du printemps. L'inéluctable fin du célibat des prêtres pourrait en être l'un des signes précurseurs. Le chant du cygne de l'hypocrisie ecclésiale se fera entendre tôt ou tard. Peut-être que je ne survivrai pas à cette période, mais quand même j'aurai été avant-gardiste. Que Dieu nous prête longue vie. Amen !

Ps : "Je supporte cette Eglise jusqu'à ce que je la vois meilleure et l'Eglise doit me supporter moi-même jusqu'à ce que je devienne meilleur". (Erasme)

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