Fraternité Matin (Abidjan)
Bi Bally Maurice Ferro
6 Juillet 2005
Abidjan — Sur la table du magistrat capitaine de corvette Ange-Bernard Kessi Kouamé, les affaires se succèdent et ne lui laissent aucun répit.
Au four et au moulin, le commissaire du gouvernement passe d'un procès à une enquête. A peine le procès du Mdl félon Koné Pinon, chef de guerre basé à Kounahiri, et ses 21 co-accusés a-t-il pris fin ce lundi que le commissaire du gouvernement est déjà sur la brèche, absorbé qu'il est par deux autres affaires: le décès du colonel-major Traoré Bakassa Ali Désiré, ancien directeur de l'Office national de la protection civile (ONPC), et les raids meurtriers sur les villages de Petit Duékoué et Guitrozon qui ont fait plus de cent morts.
Dans la nuit du samedi à dimanche, l'officier supérieur des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) trouvait la mort, aux environs de 5h du matin, dans une clinique de la place. Cette nouvelle, non seulement se répand comme une traînée de poudre, mais aussi et surtout est à l'origine d'un battage médiatique. Car, à l'issue d'une réception, le mardi 28 juin, à la résidence de Gildas le Lidec, ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, le général Laurent M'Bahia, le colonel-major Traoré Bakassa et le lieutenant-colonel Yao Yao Jules Ahoussou, ancien porte-parole des Armées, ont été interpellés, aux environs de minuit, pour n'avoir pas tenu informée la hiérarchie. Ils auraient subi de mauvais traitements de la part des éléments commis à cette tâche.
De ce fait, le décès du colonel-major Traoré est diversement interprété. Pour certains, ce sont les sévices corporels subis lors de leur interpellation qui sont à l'origine de sa brutale disparition. Pour d'autres, au nombre desquels le général de brigade Philippe Mangou, chef d'état-major des Armées (CEMA), il n'y a aucun lien entre ces deux faits dans la mesure où le défunt aurait au CEMA confié qu'il n'aurait pas été brutalisé.
Aussi, contrairement à la famille qui s'en est abstenue, le commissaire du gouvernement, parce que ce fait "est de nature à troubler l'ordre public militaire", a-t-il décidé d'ouvrir, depuis dimanche dernier, une enquête. Dans ce cadre, le commandant Kessi a mis ses services en branle. Les médecins qui l'ont traité depuis l'Indénié jusqu'à la PISAM, ont été requis. Les parents seront auditionnés pour donner leur version des faits. Les éléments qui ont brutalement interpellé les trois officiers de l'armée seront entendus, de leur côté, de même que le directeur de la Santé qui est en possession du dossier médical de tous les officiers des Armées ivoiriennes. Pour couronner le tout, le commissaire du gouvernement a demandé l'autopsie du corps. Celle-ci devrait être faite cette semaine pour déterminer les causes exactes de la mort du directeur de l'ONPC.
C'est également pour avoir le coeur net sur l'attaque meurtrière des villages de Petit Duékoué et de Guitrozon (commune de Duékoué) dans la nuit du 1er au 2 juin dernier que le commandant Kessi s'est rendu, hier, à Duékoué. C'est vrai que le colonel Bédé Krokpa Sébastien, commandant du contingent des FANCI à Duékoué, et ses adjoints ont été relevés de leur fonction, mais le mystère reste entier surtout que la rébellion et le camp présidentiel se sont rejetés la responsabilité de l'attaque.
En compagnie du procureur général de la Cour d'appel et de deux assaillants pris sur le champ et détenus depuis à la prison militaire, il va reconstituer les faits aux fins de répondre à des questions capitales permettant de comprendre les massacres de Duékoué: comment les assaillants sont-ils rentrés dans les villages et comment en sont-ils ressortis? D'où venaient-ils? De quelle direction les tirs sont-ils venus et quelle était la nature des armes utilisées? Pourquoi les soldats ivoiriens ont-ils été surpris par cette attaque et pourquoi sont-ils intervenus comme des médecins après la mort? Etc.
A la vérité, si le commissaire du gouvernement n'a pas du pain sur la planche, il aura fort à faire pour démêler l'écheveau de l'imbroglio de ces deux affaires qui défraient la chronique nationale et internationale.
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