Muin Murub Fed
8 Juillet 2005
opinion
Kinshasa — Qui paie ses dettes s'enrichit, proclame l'adage universel. Mais pour ce qui concerne les pays du Sud, la contre-sagesse enseigne que celui qui contracte des dettes s'appauvrit. Démonstration.
Après avoir raclé le fond des coffres-forts, et épongé jusqu'à la dernière miette les prébendes héritées des colonisateurs, les Etats africains, forts de leur indépendance toute neuve, se lancèrent à corps perdu dans des projets mirifiques ; des éléphants blancs pour la plupart, destinés à faire sauter aux yeux de leurs voisins une illusion de puissance, et à faire miroiter devant leurs peuples un semblant d'avenir surréaliste. L'argent faisant défaut pour construire stades et palais, de même que pour l'achat des armes répressives ou de conquête, l'on se mit à emprunter à tour de bras. L'on emprunta, et l'Occident donna sans compter, d'autant plus que la guerre froide faisait rage. La philosophie politique de l'époque voulant que l'on barrât la route au communisme, quelle que fût le visage des régimes, qui en profitèrent pour asseoir des dictatures sanguinaires.
Certes, l'emprunt, dira même le plus cancre des économistes, rentre parfaitement dans les mécanismes financiers d'une économie dynamique. Autrement, les Etats Unis n'afficheraient pas une dette (intérieure) d'environ mille milliards de dollars. La question n'est pas de contracter des prêts, mais c'est de savoir rembourser. A quelques jours du sommet du G8 à Gleneagles (Ecosse), la quasi totalité des régimes africains soupirent après un éventuel effacement intégral de leur dette extérieure, comme ce fut le cas récemment pour 14 d'entre eux. Ceux qui sont montés au pouvoir sur les cendres des dictatures déchues vont jusqu'à penser naïvement qu'après tout, les milliards de dollars pompés, puis détournés par leurs prédécesseurs au titre d'emprunts, n'ont jamais quitté les circuits bancaires des pays du Nord. Et que donc, éponger la maxi-créance irait de soi
Ils auraient en effet beaucoup à dire, quand il leur est opposé le principe de la continuité des affaires de l'Etat, sur des comptes secrets en Suisse, à Indo-Suez, ou à la défunte Belgolaise. D'accord, leur rétorque-t-on, une dette reste une dette. Et l'on en est là. La nouvelle exigence de bonne gouvernance, couplée au respect des droits de l'homme doit logiquement faire dresser les cheveux sur la tête des dictateurs en herbe qui traîneront encore longtemps le boulet infamant de la dette, au détriment de leurs peuples revenus à une pauvreté antédiluvienne.
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