16 Juillet 2005
analyse
Kinshasa — Les frontières s'ouvrent, la musique et les oreilles aussi. A l'affût de nouveaux genres de musique et de nouveaux sons, la planète entière s'enthousiasme pour des musiques différentes, et les rocks stars se ressourcent aux folklores les plus bizarres.
Les tambours, les percussions, les polyphonies et les voix bantoues, mandingue, pygmée africains sont sollicités à travers le monde dans les festivals et concerts en Europe et en Amérique. Ils étendent rapidement leurs catalogues discographiques. Cette vague folklorique s'assimile à un retour instinctif à la nature. Les occidentaux acceptent une sorte de colonialisme culturel qui a dangereusement modifié les habitudes musicales, les traditions. Le succès des ateliers d'ethnomusicologie à Genève et l'Amdahtra, l'association musiques et danses théâtres traditionnels à Lausanne, confirme ce besoin d'ouverture aux musiques du monde.
A L'ECOUTE DU MONDE
Ces organismes promouvaient l'art de scène, contribuant à sauvegarder ces modes d'expression traditionnels, mémoires vives souvent délaissées au profil de leurs cultures. Par la richesse et l'inventivité de ces spectacles, on propose des sources d'inspiration, des modèles nouveaux aux créateurs européens et américains. Le monde de la pop music a été fortement intéressé par ces musiques de renouvellement. Le musicologue, écrivain et musicien camerounais Francis Bebey à l'aide de son instrument préféré, la sanza et le nigérian Fela Anikulapo Kuti sont les précurseurs de cette tendance. Derrière ces deux là, la vague africaine a déferlé, en mêlant instrumentation traditionnelle et occidentale. Des groupes comme Touré Kunda, Osibisa, Youssou N'Dour, Mory Kanté, Salif Keita, Lady Smith Black Mambazo, partent conquérir les spectacles européens et une bonne part du marché.
« WORLD MUSIC » OU « MUSIQUE DU MONDE »
Musique du monde, ou plutôt musique des mondes, le terme « World Music » désigne moins un genre musical qu'une sorte de grande famille où se retrouvent toutes les musiques traditionnelles européennes, américaines, africaines et asiatiques. Au milieu des années 60, nombre de jazzman afro-américains parmi lesquels John Coltrane et Archie Shepp, opéraient un retour à leurs origines africaines en multipliant les albums aux titres faisant référence au continent noir. Ainsi, pour la première fois, des musiques autres qu'occidentales arrivaient aux oreilles du grand public blanc. Cet engouement pour les « autres cultures » portait déjà les signes annonciateurs d'un vaste mouvement, bientôt connu sous le nom de « World Music » dans les années 80. A la fin des années 70 et au début de la décennie suivante, l'intérêt du public européen et nord américain pour des musiques très différentes de la variété du moment s'est traduit notamment par l'apparition de festivals spécialisés dans ce genre de musiques, tels celui de Sfinks, en Belgique, ou le Womad, World Music And Dance en Angleterre, lancé par le rocker anglais Peter Gabriel en 1982. Peter Gabriel a lancé le label Real World, qui a permis aux artistes-musiciens du Tiers Monde, de se faire connaître hors de chez eux et d'enregistrer dans d'excellentes conditions techniques. D'autres labels spécialisés sont également apparus, comme World Circuit avec Oumou Sangare, Original Music, Hannibal, Ellipsis, Music of the World ou Iris Musique, confirment l'existance d'un public de plus en plus large pour des musiques jusque-là qualifiées de folklores. Parmi les régions du monde que cet engouement a permis de faire découvrir, l'Afrique tient une place de choix. Et c'est ainsi, notamment à Paris, qualifiée par certains de « Capitale de la World Music », que nombre de musiciens et chanteurs du continent noir ont pu se faire connaître hors de leurs frontières. Les sénégalais du groupe Touré Kunda, le guinéen Mory Kanté, furent parmi les premiers africains à entrer dans les hit-parades français. Ils sont passés par Paris, comme Youssou N'Dour, Papa Wemba et bien d'autres encore. Paris qui, depuis plus de vingt cinq ans, accueille chaque année plusieurs festivals entièrement consacrés à la musique africaine, Afri-Color, Africa Fête, Festival des Musiques Métisses d'Angoulême, que dirige M. Christian Mousset, etc. le producteur Martin Messonier sera une des chevilles ouvrières de cette plaque tournante artistique.
En 1980, Laurent Aubert, fondateur des Ateliers d'ethnomusicologie, organise des rencontres en faveur de ces musiques. En 1986, Amdahtra, l'Association Musiques et Danses Théâtres Traditionnelles emboîte le pas aux Atéliers d'ethnomusicologie. En 1987, Paul Simon se rend en Afrique du Sud enregistrer avec les choeurs de Lady Smith Black Mambazo et le Zoulou black Johnny Clegg, qui impose durablement le son du pays d'apartheid. Sous l'impulsion de pionniers comme Ben Mandelson, producteur et leader du groupe 3 Moustapha 3 et fondateur du label GlobeStyle qui en 1985 publie Ofra Haza, quelques grands noms de musique de la planète s'unissent pour la cause. Ils décident en 1987 d'associer leurs énergies sous l'étiquette world music, concept discutable et pur produit des mentalités occidentales, de rassembler des sous-catégories quasi savantes dans les bacs de disquaires : rumba, soukous, rai, mbaqanga, guajira, mandingue, etc.
Le panthéon de la World Music est cependant loin de se limiter à l'Afrique. On y trouve des artistes originaires de régions aussi différentes que la Bretagne avec Alan Stivell, les Algériens Cheb Khaleb et Cheb Mami, le Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, les Bulgares du groupe le Mystère des voix bulgares et le Japon. Tout se passe par les médias, les événements et les musiques se répercutent sur l'ensemble du globe. La sono mondiale rassemble toutes les musiques qui franchissent les frontières. Le magazine « Actuel » en France affirme son credo, celui de la sono mondiale. Le concept World Music, qui est à la fois vaste et rassembleur vient de l'Angleterre. Les grosses maisons discographiques européennes et américaines commencent à fouiller le créneau africain; quelques labels indépendants, plus souples, prospectent déjà ailleurs en quête d'autres trésors.
Dans les années 90, le World Music fait recette auprès d'un public lassé de la variété actuelle et d'un rock essoufflé. Elle constitue un marché florissant avec ses stars Youssou N'Dour, Papa Wemba, Ofra Haza, Khaled, Cheb Mami, et ses vitrines comme le Womex, World Music Exhibit, sorte de Midem des musiques du monde, où se retrouvent, depuis 1994, artistes, maisons de disques et distributeurs. Elle n'en comporte pas moins ses détracteurs, pour qui trop d'artistes locaux ont dû occidentaliser leur musique pour pénétrer le marché mondial du disque.
Dans les années 80, le griot Mory Kanté aurait- il percé dans les hit-parades si son tube « Yéké Yéké » n'avait pas été remixé à la sauce dance ? L'observation est valable pour nombre de musiciens qui, récupérés par de grosses maisons de disques dites les « majors », ont souvent fait des concessions à la technique et aux sons occidentaux pour des raisons commerciales évidentes. Cependant, le concept de World Music a aussi engendré des rencontres fructueuses entre musiciens de cultures différentes, comme le superbe « Talking Timbuctu » sorti en 1993, où l'on retrouve l'américain Ry Cooder et le bluesman malien Ali Farka Touré, ou bien le célèbre « Graceland » de Paul Simon, véritable manifeste world, sans compter les multiples expériences des jazzman avec des musiciens africains et du Moyen Orient.
La notion de World Music s'est en fait largement diversifiée. On y trouve désormais tout autant des artistes commerciaux adeptes du « World beat », pot pourri opportuniste de musiques du monde et de pop occidentale, que des musiciens ou chanteurs plus fidèles à leurs racines.
Et même les plus sceptiques sont désormais forcés de reconnaître que, malgré son caractère inévitablement réducteur, ce concept a permis à des musiques jusque là étrangères aux oreilles euro-américaines de s'affirmer.
TAMBOUR : SOURCE DE LA WORLD MUSIC
Depuis la fin des années 60, l'enracinement dans les traditions bantou a permis l'épanouissement des groupes folkloriques africains, qui sont invités dans des festivals en Europe et aux Amériques. Le tambour africain en général et de l'Afrique centrale en particulier, a été considéré comme un support d'affirmation culturelle à travers le monde. Et depuis cette période, le tambour africain a pris une place et est allé à la conquête du monde. Le monde a compris l'importance du tambour dans le chant et la danse et ses multiples fonctions dans les domaines culturel, politique, social, rituel, thérapeutique et religieux, son utilisation dans la World Music et sa consolidation dans les expressions des musiques d'autres continents.
Le groupe de chanteurs et danseurs Chem Chem Yetu, groupe dirigé par M. Basunga, le fondateur du ballet Tuta Ngoma. Les petits chanteurs de Kenge, groupe de jeunes chanteurs et danseurs de la ville de Kenge dans la province de Bandundu, dirigé par des prêtres catholiques.
Ce groupe a fait le tour de l'Europe, grâce aux contrats que les pères maristes de Kenge avaient signé avec les promoteurs européens de festivals. Le recours à l'authenticité prôné par le Maréchal Mobutu Sese Seko, a eu aussi à revalorisé l'usage du tambour dans la musique congolaise, grâce à l'animation culturelle du Mouvement Populaire de la Révolution, Mpr, qui a créé plusieurs groupes folkloriques dans les provinces et les entreprises du portefeuille de l'Etat. Son grand animateur fut le citoyen Momene mo Mikengo, l'auteur compositeur des chansons « Mobutu sukisa », « Salongo », « Mboka oyo kombo Zaïre » etc. ou encore « Moziki » avec l'O.K Jazz. Bana odéon groupe folklorique de jeunes de Kintambo, dirigé par Beta Kumaye et Sonnery Zumbu Mayuma. C'est grâce à Bana Odéon et au groupe Bahumbu Nzila Sambila, que Zaiko Langa Langa a inséré dans ses rangs les Atalaku, en 1982.
Dans les années 80, nos meilleurs percussionnistes s'étaient établis en Belgique, pour le premier et la France pour le deuxième. Il s'agit de Ya Nono et Mutshi Maye, qui participent à des festivals et animent des stages de danse afro-primitive, et produisent des spectacles à Bruxelles et à Paris. Dans leur travail de danseur et d'animateur, ces deux artistes allient les différentes méthodes acquises au cours de leur carrière : techniques artistiques, traditions africaines, dont les cris, qui possèdent une signification très importante : conscience de soi, confiance en soi, imitation des dieux, encouragement à la danse. Ces intiateurs inculquent à ceux qui les assistent l'apprentissage de techniques de danse et les emmènent à la découverte de leurs propres pontatialités, de leur rythmique personnelle, dans une recherche du naturel, trop souvent oubliée.
Ballet Tuta Ngoma, ballet créé par M. Basunga dans les années 80 a joué un grand rôle dans la formation. Aujourd'hui aux Etats - Unis d'Amérique, un jeune kinois, nommé Tobos, l'un des élèves de M. Basunga, le fondateur du groupe Tuta Ngoma, fait un grand succès à travers l'Amérique du nord. Il va de festival en festival. Aujourd'hui le pays compte plusieurs ballets, notamment le Ballet National, Ballet Umoja de l'Institut National des Arts, Ballet Walo Wafeka, Ballet Kiti na Mesa que dirige Mme Nadine Eyenga Losaladjome, etc. ce qui fait la beauté du ballet congolais, leur art tend beaucoup vers la théâtre. Mais l'élément principal dans cet art c'est la danse, qui est prédominante. La chorégraphie développe ses thèmes par la danse, qui matérialise les idées et vient au secours du jeu dramatique. L'organisation artistique est indéniable et chaque danseur est libre d'interpréter son rôle. Ici, il n'y a pas une vedette que l'on veut polariser pendant tout le spectacle. Le langage symbolique est très compréhensif.
Mais le grand ambassadeur de notre folklore est l'artiste musicien congolais Raymond Ray Lema, chercheur en musiques, académicien de sons nouveaux, ancien directeur musical du Ballet National du Zaïre, qui évolue dans beaucoup de milieux et avec des musiciens de différents pays africains et de différents univers.
Dans ses albums, il représente l'idéal humain de l'artiste et les différents idéaux pour devenir musiciens. Ray Lema fait découvrir au monde entier la richesse musicale et culturelle de notre pays, qu'il considère à juste titre comme un scandale culturel. Ce que beaucoup de musiciens congolais ne savent pas.
Jeannot ne Nzau Diop
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