Abidjan — Du 4 au 15 juillet, s'est tenu à Rome au siège de l'Organisation internationale du droit du développement, IDLO, un séminaire sur le thème « l'accès au petit et micro crédit comme instrument de lutte contre la pauvreté ».
Une trentaine de juristes africains dont deux notaires ivoiriens, maîtres Kouamé Blaise Yannick Daugaux-Kouassi et Fatoumata Konate Touré Bebo étaient réunis récemment à Rome autour de la micro finance. Notre collaborateur a rencontré l'un de ces experts, M. Makari Abissola Adéchoubou, directeur technique régional Afrique de l'Ouest de l'unité de la micro finance du fonds d'équipement des Nations Unies dont le siège est à Dakar.
Vous faites partie des experts ayant animé ce séminaire de quinze jourssur la micro finance. Pouvez-vous dire ce qu'est la micro finance?
La micro finance se réfère à l'offre de services financiers à des populations pauvres ou à faible revenus n'ayant pas accès aux services des banques ou autres établissements financiers. Donc la micro finance s'adresse à cette catégorie de populations qui ne sont pas touchés par des services bancaires. Ces populations utilisent les services de la micro finance pour améliorer leurs productions ou pour développer de nouvelles activités.
Quelle est la situation de la micro finance dans les pays de l'UMOA ?
Une institution de micro finance (IMF) est une institution qui développe cette offre des services à des populations pauvres ou à faible revenu. L'Uemoa, l'union monétaire ouest africaine qui compte huit pays a pris très rapidement le temps de l'évolution de l'institution de micro finance et a édité en 1993 une réglementation pour tenir compte de la croissance qu'on a connu. L'union a connu un développement très important du secteur de la micro finance matérialisé à la fin de 2004 par pratiquement plus de 650 institutions de micro finance, avec près de 3000 points de service repartis sur les huit pays.
En terme de bénéficiaire, les IMF atteignent près de 4 millions.
La micro finance comme vous le dites donne la possibilité aux petits porteurs d'épargner, comment est-il possible d'épargner dans des pays où plusieurs personnes vivent en dessus du dollar par jour. Les experts de la micro finance travaillent-ils à comment procurer des ressources à ces populations afin qu'elles puissent manger et avoir de quoi épargner ?
D'abord il faut rompre avec cette idée que les gens sont tellement pauvres qu'ils ne peuvent pas épargner. La preuve est faite maintenant que les pauvres épargnent aussi, dans un premier temps. Ensuite aujourd'hui la micro finance ne touche pas toute cette catégorie de personnes, il faut le reconnaître et c'est pourquoi on dit que la micro finance doit élargir son accès. Si vous voyez c'est le termes central de cette année internationale de la micro finance, élargir l'accès à tous les pauvres.
Comment ?
Je vais y arriver. Et maintenant la notion même de secteur financier inclusif on en parle largement. Comment faire ? Cela veut dire qu'il faut revoir notre façon de faire dans le secteur de la micro finance, sinon on risque d'avoir des systèmes de micro finance qui sont très opérationnels en milieu urbain et qui laissent de coté les milieux ruraux. Donc quelle est la stratégie aujourd'hui qui nous permette d'aller au delà des frontières de la micro finance. C'est pour cela que beaucoup de pays se sont engagés dans les politiques et des stratégies nationales de micro finance, pour regarder le secteur dans sa globalité. Il faut mettre fin à des stratégies que j'appelle des stratégies solitaires, il faut mettre fin à ces volets de crédits qu'on met dans les projets dans la durée du temps, le temps est limité sans perspective de viabilité, il faut mettre fin aussi à des styles de drapeaux des institutions, on favorise une ou deux institutions au détriment des autres. Il faut aller vers une vision pour le secteur dans sa globalité et monter des stratégies avec des plans d'action. Je pense qu'il heureux de constater que plusieurs pays dans la sous région notamment dans la zone Bceao, dans la zone Uemoa, comme le Togo, comme le Sénégal se sont engagés dans les stratégies nationales de micro finance pour prendre ensemble les contraintes et les opportunités du secteur et bâtir des programmes prenant en compte la majorité des populations, je pense que c'est la démarche aujourd'hui, quand on parle de secteur financier inclusif c'est de cela qu'il s'agit, comment partir de la situation actuelle où par exemple, vous prenez le cas du Sénégal, 40% des IMF se situent justement dans la zone de la capitale et aux environs.
Comment justement avoir accès à tous ces paysans loin des grandes villes ?
Comment les toucher ?
Oui
Justement en élargissant la portée des institutions qui existent ou en créant de nouvelles institutions mais cela doit s'inscrire dans une stratégie, la stratégie nationale de micro finance du Sénégal est une stratégie qui a été montée sur dix ans pour avoir de nouveaux programmes de micro finances, pour développer à partir des programmes existant pour leur permettre d'élargir leur possibilités.
Est-ce que tous les pays de la zone Uemoa ont des stratégies de micro finance ?
La majorité des pays s'orientent vers des stratégies de micro finance. Au Bénin vous avez une stratégie de micro finance, j'ai déjà cité le Togo
La Côte d'Ivoire ?
La Cote d'Ivoire, avant la rébellion avait un processus qui a été interrompu. Mais dès que la situation reviendra à la normale, il y aura une stratégie de micro finance. Seules les stratégies nationales de micro finance sont à même de prendre en compte pour l'ensemble des acteurs les contraintes et les opportunités du secteur, et pour permettre de pouvoir développer le secteur dans sa globalité.
Comment la micro finance peut-elle aider à atteindre les objectifs de développement du millénaire ?
Il y a des études faites qui démontrent que la micro finance est un instrument de lutte contre la pauvreté. Je dis bien un instrument, pas le seul. Il faut qu'on sache que la micro finance contribue, ce n'est pas la panacée. C'est l'un des éléments, peut-être le plus important, mais il y aussi des infrastructures, les soins de base qui ensemble contribuent à la réduction de la pauvreté. La micro finance seule ne peut pas résoudre le problème de la pauvreté. Mais c'est un instrument de lutte efficace contre la pauvreté.
La micro finance contribue à l'autonomisation des femmes, il y a également des programmes de micro finance qui sont conçus pour les malades du sida, ciblés sur ces malades, il y a des programmes de micro finances pour les jeunes, pour l'égalité des sexes. La micro finances comme vous le voyez se trouve donc à l'intersection des points et de certains objectifs de développement du millénaire.
Mais encore une fois il faut qu'on sache que la micro finance à elle seule ne peut pas tout faire.
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