Altervision (Abidjan)

Mali: Compagnie Aérienne du Mali : le rêve écourté des Maliens.

21 Juin 2005


Entre l'Etat malien et le Groupe Aga Khan, les difficultés commencent déjà à propos de la Compagnie Aérienne du Mali.

En effet, 72 heures seulement après le début de ses vols commerciaux, la CAM a vu ses avions interdits d'atterrir en territoire malien.

Si un terrain d'entente n'est pas trouvé dans les jours qui viennent entre les deux partenaires, c'est à nouveau le rêve d'une grande partie des maliens qui serait prématurément brisé.

Les maliens avaient d'autant plus fondé d'espoir sur la CAM, que l'attente était réelle pour eux d'avoir enfin une compagnie aérienne nationale viable, capable de desservir, aussi bien l'intérieur que l'extérieur du pays.

L'échec des premières tentatives persiste et les mésaventures continuent d'assombrir le ciel malien.

C'est tout d'abord Air Mali qui, au lendemain de l'indépendance, a fait la fierté du pays, avant d'être clouée au sol, suite à sa mauvaise gestion.

En relançant la société, au moment où Air Afrique agonisait, l'Etat avait ouvert le capital à des privés maliens, en faisant confiance au "multimilliardaire" Babani Sissoko qui, déjà, était l'objet d'un mandat d'arrêt international, à propos de l'origine douteuse de sa fortune.

Mais, les nouveaux acquéreurs de Air Mali SA ont commis deux imprudences fatales : repartir sur les cendres de la défunte Air Mali, avec les mêmes agents qui n'avaient pas perdu leurs habitudes ; les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, Air Mali SA a fini par mettre la clef sous le paillasson ; deuxième échec de l'Etat.

Ayant échoué seul, puis avec les privés, les pouvoirs publics comptaient sur la survie d'Air Afrique ou la création d'une nouvelle Air Afrique ; peine perdue ; troisième échec de l'Etat.

Depuis, le Mali est resté sans compagnie portant ses couleurs, l'Etat ayant décidé de "prendre tout son temps" pour ne plus se tromper dans ses choix et se donner toutes les chances de réussir ; les maliens rêvaient alors d'une compagnie dont les avions battraient pavillon malien et l'Etat d'une compagnie crédible pour redorer son blason.

C'est dans ce contexte qu'arriva la Compagnie Aérienne du Mali, dont l'actionnaire majoritaire, avec 51% des parts, est le Fonds Aga Khan pour le Développement Economique (AKAFED) ; l'Etat détient 20 % des actions et les privés maliens 29% du capital.

Les accords de convention ont été signés le 25 Février 2005, entre le Gouvernement malien et le partenaire stratégique Meridiana, une compagnie aérienne italienne où le Fonds Aga Khan détenait, jusque là, la majorité du capital.

La CAM a effectué son vol inaugural sur Mopti, (la ville natale du Président de la République) le 07 Juin dernier, avec, à bord du Dash 8 loué au Gabon, le Ministre de l'Equipement et des Transports Abdoulaye Koïta et celui de l'Artisanat et du Tourisme N'Diaye Bah.

Le 28 Juin, avec le Dash 8 frappé des couleurs du drapeau du Mali, la CAM a lancé, après une vaste opération publicitaire, ses vols commerciaux intérieurs sur Kayes, Mopti, Tombouctou et Gao.

Le 1er Juillet, la CAM affrête l'Airbus A319, du Réseau Aga Khan, pour assurer son premier vol intercontinental sur la ligne Paris-Bamako ; ce jour là, l'avion n'a pas été autorisé à atterrir à l'aéroport de Bamako-Sénou sous le code malien, au motif qu'il ne portait pas sur son fuselage les couleurs du Mali, mais les drapeaux du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et du Mali, avec l'inscription Celestair sur l'appareil ; toutes choses qui, selon les maliens, n'étaient pas contenues dans le cahier des charges.

C'est le Premier ministre Ousmane Issoufi Maiga en personne, qui avait fait ce petit constat, "bizarre" selon lui, pendant que l'avion stationnait à l'aéroport ; il était alors monté au créneau, pour attirer l'attention des responsables de la CAM "sur le respect strict des dispositions du cahier des charges".

Mais, expliquent les responsables de la CAM, l'Airbus a été mis par le Réseau Aga Khan, à la disposition d'Air Burkina, d'Air Ivoire et de la CAM, dans le cadre d'une alliance dénommée Celestair ; d'où la présence des 3 drapeaux et la mention Celestair.

Selon les informations parues dans la presse malienne, cette situation est également dûe à l'utilisation par la CAM des structures de ventes et des documents commerciaux d'Air Burkina au lieu de ceux propres à la compagnie malienne.

Les maliens se plaignent aussi de l'absence de leurs nationaux aux postes de direction de la compagnie et de MERIDIANA, partenaire technique de référence dans le management de la compagnie.

Aujourd'hui, la CAM, au capital de 3 milliards de FCFA, est clouée au sol, en attendant que le contentieux soit vidé ; la société pourra t-elle se relever des pertes qu'elle enregistre au moment de sa naissance ?

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