Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Sous-développement de l'Afrique : Jean-Claude Djéréké contredit Axel Kabou

21 Juillet 2005


analyse

Abidjan — De plus en plus de voix européennes se font entendre pour dénoncer les torts causés par l'Europe à l'Afrique.

Et si l'Afrique refusait le développement ?, interrogeait la Camerounaise Axelle Kabou il y a quelques années. Deux idées, à mon avis, se cachent derrière cette question. Premièrement, Kabou veut faire passer les Africains pour des gens hostiles au développement. Deuxièmement, elle veut faire croire que, si nous sommes sous-développés, c'est à cause de notre manque d'organisation, de méthode, de rigueur.

En d'autres termes, selon Kabou, notre pauvreté serait due à notre refus de la rationalité. Elle termine en effet son analyse par cette affirmation : « L'Afrique du XXI e siècle sera rationnelle ou ne sera pas. » Son compatriote Daniel Etounga-Manguelle enfonçait le clou en attaquant la société traditionnelle africaine caractérisée, à ses yeux, par l'emprise du groupe social sur l'individu, par la sacralisation de l'autorité, etc. Cette société empêcherait les Africains d'assimiler la mentalité scientifique . Tout n'est pas faux dans la réflexion de ces deux penseurs. Par exemple, je suis d'accord avec eux quand ils trouvent paradoxal le fait que nous importions de la viande de vache alors que nous avons quantité de vaches dans les pays du Sahel. Je souscris à leur point de vue sur notre tendance à arriver en retard, à ne pas prévoir les choses, à gaspiller beaucoup et à épargner peu. Comme eux, je trouve anormal que les Africains soient pauvres alors que leur continent est immensément riche en intelligences et en ressources. Ce que je leur reproche, c'est de ne mettre en cause que les Africains. Cette manière d'expliquer le sous-développement de l'Afrique me semble non seulement partielle et partiale mais dangereuse car elle dédouane à bon compte l'Occident et culpabilise inutilement les Africains. Or de plus en plus de voix européennes se font entendre pour dénoncer les torts causés par l'Europe à l'Afrique. C'est le cas du pape Benoît XVI qui, s'adressant au clergé de Rome le 13 mai dernier, déclarait ceci : « Nous devons reconnaître que, si l'Europe a exporté vers l'Afrique la foi dans le Christ, elle lui a aussi transmis ses propres vices, notamment la corruption et la violence qui ravagent le continent. Nous vendons des armes, nous pillons les richesses de cette terre. Nous, Européens, devons admettre notre responsabilité et notre culpabilité » .

Un autre reproche que l'on peut faire à Kabou, c'est de ne pas nous dire ce qu'elle entend par le mot « développement ». De quel développement parle-t-elle ? Pense-t-elle à un développement qui enrichisse une minorité d'Africains et ne prenne en compte que les besoins matériels de l'homme ? Ou bien a-t-elle en tête un développement qui cherche à promouvoir tous les hommes et tout l'homme en Afrique ? Je ne crois pas que les Africains soient intéressés par un développement qui ne bénéficierait qu'aux politiques et aux fonctionnaires. Je ne crois pas non plus qu'ils aspirent à un développement qui leur apporterait le pain mais leur refuserait le droit de penser, de s'exprimer, de croire ou de ne pas croire, de savoir comment le bien commun est géré. Je doute enfin qu'ils désirent s'embarquer dans un développement qui fasse table rase de leur patrimoine culturel, qui méprise leurs savoirs et savoir-faire. Le développement qui, à mes yeux, pourrait faire l'affaire des Africains est un développement intégral et global, c'est-à-dire permettant à chacun de se soigner, d'envoyer ses enfants à l'école, de se nourrir, d'aller où et quand il le veut, de dire ce qu'il pense sans que cela l'expose à la persécution, à la prison ou à l'exil. La capacité, pour un pays, de transformer ses matières premières, de diversifier ses partenaires, de faire ce qui est bon pour lui sans être obligé d'obtenir le feu vert de Paris, de Londres ou de Bruxelles est une autre caractéristique du développement intégral et global. Que faire pour qu'un tel développement advienne en Afrique ? Telle est la question que je me propose d'examiner.

Avant toute chose, je voudrais reconnaître avec Jean-Paul II que, 45 ans après la décolonisation, nos pays « se trouvent au début du chemin dans la construction d'une authentique indépendance. Car des secteurs décisifs de l'économie demeurent encore entre les mains de grandes entreprises étrangères, qui n'acceptent pas de se lier durablement au développement du pays qui leur donne l'hospitalité, pendant que la vie politique elle-même est contrôlée par des forces étrangères ». C'est le cas, pour me limiter à l'Afrique francophone, des entreprises françaises Bolloré, Vinci, Bouygues, France Télécom, Total, Elf, etc. C'est peu dire que l'économie de la plupart des anciennes colonies françaises est dominée par ces entreprises. Grâce aux révélations faites par Alfred Sirven et par André Tarallo, lors du procès d'Elf en 2003, on sait aussi que le pétrole congolais et gabonais a enrichi non seulement certains dirigeants africains mais des hommes politiques français de droite comme de gauche.

Le plus grave avec ces multinationales est leur ingérence dans la vie politique de nos pays. A cet égard, faut-il rappeler que la compagnie pétrolière Elf ne fut point étrangère au changement de régime qu'a connu le Congo-Brazzaville en 1997 ? Si les multinationales sont aussi puissantes, si elles peuvent faire partir aussi facilement un président qui ne va pas dans leur sens, on comprend alors que nos chefs d'Etat ne puissent être autre chose que des marionnettes, des gens ne pouvant travailler librement et mener la politique qui arrange leurs peuples. Pour ne pas subir les foudres de Paris, de Londres, de Bruxelles, de Lisbonne ou de Madrid, pour éviter d'être éjectés du fauteuil présidentiel, ils sont en effet obligés de laisser les autorités françaises, belges, espagnoles ou britanniques piller les richesses nationales (pétrole, diamant, or, gaz, uranium, etc.) et de ne pas protester quand les entreprises étrangères veulent se voir octroyer sans discussion les gros marchés, etc.

Le problème de l'Afrique est là, dans cet impérialisme qui a pour conséquence la progressive clochardisation des populations locales. C'est pourquoi Patrice Lumumba le jugeait dégradant et honteux. Il continue à l'être car, à en croire Joseph Stiglitz, « concéder l'indépendance aux colonies n'a pas fait changer d'avis leurs anciens maîtres. Ils se perçoivent toujours comme ceux qui savent. Ils n'ont jamais cessé de soutenir que les nouveaux pays indépendants doivent leur faire confiance et appliquer leurs recommandations L'après-guerre a vu s'estomper l'influence des anciennes puissances coloniales mais la mentalité colonialiste est restée - la certitude de savoir mieux que les pays en développement ce qui est bon pour eux ». Je partage entièrement le point de vue du Prix Nobel d'économie 2001 car c'est le même impérialisme intrigant, méprisant et arrogant qui combat aujourd'hui le président zimbabwéen.

Certes, je ne prends pas Robert Mugabe pour un saint. On peut critiquer la manière dont il traite l'opposant Morgan Tsvangirai. De plus, il me serait difficile de croire qu'il n'a jamais enrichi ses proches avec l'argent de l'État. Cela suffit-il cependant à expliquer pourquoi cet homme, « longtemps considéré comme le chouchou des Occidentaux, honoré de plusieurs distinctions internationales, entre autres pour son action en faveur de la paix et pour l'autosuffisance alimentaire dans son pays, est devenu, du jour au lendemain, infréquentable » ? D'autres explications sont nécessaires. La première, c'est que Mugabe a « osé s'attaquer à un tabou (la réforme foncière) » en donnant les terres de certains Blancs à des Zimbabwéens. Il est étonnant que ceux qui condamnent cette expropriation oublient de dire que l'aide promise en 1980 par la Grande Bretagne pour soutenir le pays nouvellement indépendant n'est jamais venue. Il faut dire aussi que Tony Blair en veut au président zimbabwéen parce que ce dernier lui tient tête.

En Afrique francophone, même si Laurent Gbagbo n'est pas irréprochable, il ne fait l'ombre d'aucun doute que ses ennuis actuels avec l'impérialisme français sont dus à son indépendance d'esprit. Nouvellement élu, il eut en effet droit au meilleur traitement que l'on puisse imaginer lors de son premier voyage en France quand l'exécutif était assuré par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Ã- l'époque, on ne disait aucun mal de son régime. C'était en quelque sorte le grand amour entre Abidjan et Paris jusqu'au jour où le président ivoirien décida de revoir les accords économiques et militaires au profit de son pays. N'appréciant pas que L. Gbagbo traite avec d'autres pays que la France, ni qu'il décide sans en référer à Paris, les autorités françaises actionnèrent leurs médias ainsi que les organisations de défense des droits de l'homme pour le diaboliser et le vilipender. Lui qui fut victime d'une tentative de coup d'État sera présenté comme le bourreau d'une bande de voyous. Pire encore, c'est à lui qu'on demandera de faire des sacrifices et de violer la Loi fondamentale que les Ivoiriens se sont librement donnée en 2000 pour le retour de la paix dans un pays expressément coupé en deux pour obliger le gouvernement d'Abidjan à accepter des choses qu'aucun pays n'accepterait en situation normale : prendre des terroristes dans son gouvernement, cohabiter avec un premier ministre jusqu'aux élections d'octobre 2005, etc.

Avant Laurent Gbagbo, les Camerounais Ernest Ouandié, Ossende Afana, Félix Moumié et Ruben Um Nyobè furent éliminés par le colonialisme. Ensuite, ce fut au tour du Togolais Sylvanus Olympio et du Burkinabè Thomas Sankara de faire les frais du colonialisme français en 1963 et en 1987. On les décrivait comme des présidents anti-français. En réalité, Paris ne tolérait pas leur volonté de travailler librement. On sait, par exemple, qu'Olympio voulait mettre en compétition les entreprises allemandes, françaises et britanniques par appels d'offres internationaux et qu'il avait l'intention de sortir de la zone franc . Quant à Sankara, il désirait que ses compatriotes apprennent à produire et à consommer burkinabè et trouvait inutiles les sommets franco-africains. J'ai donné ces exemples pour dire que l'Afrique n'a pas toujours été silencieuse ou résignée. Elle a connu des hommes et des femmes qui voulaient la développer. De ses entrailles sont sortis des résistants, des hommes et des femmes qui refusaient de se faire les complices de l'impérialisme occidental et voulaient le bonheur pour tous mais qui en ont été empêchés. Comme le dit Daniel Tchapda, « l'Afrique des décennies quarante, cinquante et soixante est une Afrique tumultueuse, une Afrique volontaire » .

Sur cette base, il n'est pas juste de dire que les Africains n'ont jamais aimé leur continent, que tous nos anciens chefs d'Etat étaient pourris et corrompus. La vérité est que les anciens pays colonisateurs ne se sentent à l'aise qu'avec des présidents béni-oui-oui en Afrique. Autrement dit, tout se passe de nos jours comme si celui qui est désireux de gouverner tranquillement en Afrique devait accepter de faire la politique qui arrange non pas les populations africaines mais les anciens colonisateurs. Car, si certains présidents sont inamovibles en Afrique francophone, ce n'est ni parce qu'ils « perçoivent le patrimoine de leur pays comme une fortune héritée du passé qu'ils ont la charge de perpétuer, voire d'accroître, au profit des générations futures », ni parce que leurs compatriotes sont satisfaits de leur gestion des affaires de l'État mais parce qu'ils défendent les intérêts de la France, soucieux qu'ils sont de « leur survie politique et de leur maintien au pouvoir ».

Ce que je veux affirmer ici, c'est que l'Afrique ne pourra jamais se développer tant que les dirigeants occidentaux voudront avoir leur mot à dire sur les personnes qui doivent nous gouverner. C'est pourquoi je propose que les anciennes puissances coloniales changent de regard sur les Africains et de comportement vis-à-vis des pays africains . Certains pays se sont auto-proclamés grands. Je ne sais pas sur quels critères ils se fondent pour se dire grands. Pour moi, la vraie grandeur ne consiste pas à avoir en face de soi des dociles et des rigolos mais des gens capables de réfléchir et de décider par eux-mêmes. Si l'Occident veut se faire respecter en Afrique, ce n'est donc pas en traitant avec des pantins mais en se désimpérialisant, en consentant à travailler avec des hommes et des femmes libres et sans complexe. Artistes, journalistes, écrivains, enseignants, syndicalistes , Blancs et Noirs qui souffrons de la souffrance de l'Afrique, notre rôle est d'amener les dirigeants et les intellectuels occidentaux à comprendre que l'impérialisme est l'ennemi principal de l'émancipation de l'Afrique et que l'Afrique se portera mieux le jour où elle sera déliée des chaînes de l'impérialisme. Un des textes que j'aime beaucoup dans les évangiles est la résurrection de Lazare. Après avoir commandé à ce dernier de sortir du tombeau, Jésus dit à la foule : « Déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 44).

Lazare avait en effet les pieds et les mains liés de bandelettes et son visage était enveloppé d'un suaire. L'Afrique présente peut être comparée à ce Lazare dont les mains et les pieds étaient liés. Nous croyions que l'Europe nous avait déliés au début des années soixante. En réalité, nous avons eu droit à des indépendances piégées, à des indépendances factices. Notre tâche aujourd'hui est de nous battre pour la vraie indépendance. L'Europe jalouse de sa liberté doit délier l'Afrique en arrêtant de s'ingérer dans ses affaires internes, en arrêtant de faire et de défaire les présidents en Afrique. J'ai applaudi quand Jacques Chirac a refusé de suivre Bush en Irak pour bombarder Saddam Hussein. Le président français montrait ainsi que son pays peut dire non s'il le juge nécessaire. Pourquoi cette France qui tient à rester un pays souverain veut-elle des pays assujettis en Afrique ? Seul le président français est à même de répondre à cette question. Pour ma part, je pense que l'Europe a intérêt à se décoloniser et à substituer le partenariat à la coopération. Plus tôt elle le fera, moins tendues seront les relations avec ses ex-colonies en Afrique.

La dette est un autre joug. En annulant une partie de cette dette, le G8 a commencé à délier l'Afrique. De nombreux pays pousseront un ouf de soulagement dans la mesure où le remboursement de cette dette les empêchait de consacrer davantage de ressources à la construction des routes, des hôpitaux et des écoles.

Un pays comme la Zambie était obligé de consacrer quatre fois plus d'argent à régler sa dette qu'à l'éducation et à la santé . Le geste que viennent de poser les pays membres du G8 mérite donc d'être salué mais il reste insuffisant car d'autres jougs attendent d'être brisés. Par exemple, les subventions agricoles. Selon Christian Losson, une vache européenne reçoit chaque année une aide 120 fois supérieure à celle qui est accordée à un Africain. Je pense également aux subventions à l'exportation qui déstabilisent les agricultures du Sud et condamnent des millions de personnes à la pauvreté et à la misère. Il est réjouissant que certains organismes non-africains comme le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) attirent régulièrement l'attention des Français sur ces questions cruciales. Je pense, par exemple, à sa campagne de l'année dernière consacrée au thème « l'Europe plume l'Afrique » . Peut-on méditer sur Lazare ligoté sans chercher à comprendre pourquoi les poulets sénégalais ou camerounais, malgré leur réputation, sont désormais délaissés par leurs consommateurs habituels » ?

Pour le CCFD, « la production de volaille en Afrique, qu'elle soit familiale ou semi-industrielle, se trouve concurrencée par des importations massives de découpes de volailles congelées en provenance d'Europe, mais aussi du Brésil ou de Thaïlande ». Ces importations dont le volume a été multiplié par dix en cinq ans au Sénégal ont, selon lui, pour conséquence directe « l'arrêt de la production de milliers de petites unités avicoles, la destruction d'emplois et l'appauvrissement des petits éleveurs africains ». Emerge alors la question : « Quel est ce monde qui, unanimement, dit vouloir lutter contre la pauvreté et, dans le même temps, organise la pauvreté et la sous-alimentation pour ses paysans et ses éleveurs les plus petits et les plus fragiles » ? Agir contre ces dérives, empêcher que les uns soient plumés par les autres, c'est réaliser l'injonction du Christ : « Déliez-le (Lazare) et laissez-le aller » (Jn 11, 44). « Ce monde est dangereux, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui savent et qui se taisent », disait le physicien allemand Albert Einstein. Nous ne pouvons pas rester muets et passifs devant le spectacle de pays et d'hommes ayant les pieds et les mains attachés, n'ayant pas la liberté de mener leur propre politique, incapables d'agir comme ils souhaiteraient. Nous ne pouvons pas nous résigner à ce qui avilit, enchaîne ou tue l'homme en Afrique et ailleurs.

« Comme l'esclavage ou l'apartheid, la pauvreté n'est pas naturelle ; elle est faite par l'homme et peut être éradiquée par les actions des êtres humains », affirmait le Sud-africain Nelson Mandela. La pauvreté n'est pas une fatalité. Il est urgent que des compétences africaines puissent nous aider à trouver les voies et moyens de remettre l'Afrique sur les rails. Réfléchir sur l'Afrique, produire une pensée libératrice, c'est contribuer à délier notre continent de la pauvreté.

Je n'ai pas parlé de la gestion de nos présidents. Gestion sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Non pas parce que j'ignore le mal qu'ils ont causé à nos pays à travers le parti unique qui n'a apporté ni le pain à tous ni l'unité nationale comme on nous l'avait promis. Ce n'est pas non plus parce que je voudrais les disculper. Sans nier leur part de responsabilité dans la tragédie de l'Afrique, je pense que l'obstacle majeur et premier à notre développement global et intégral est l'impérialisme occidental. Car j'ai aujourd'hui l'intime conviction que le tout n'est pas d'avoir des présidents intègres, compétents et désireux de travailler au bien-être de leurs peuples.

Encore faut-il que ces présidents aient les coudées franches, c'est-à-dire qu'ils puissent avoir la liberté de faire ce qui est bon pour ceux qui les ont élus. Cette liberté, je n'ai pas le sentiment que les présidents européens soient près de la reconnaître aux Africains. J'ai plutôt l'impression que nos présidents ne sont acceptés et appréciés que s'ils mènent une politique qui n'aille pas contre les intérêts européens. Je proposerais donc ceci : sans cautionner les dérives de nos dirigeants, nous devons aujourd'hui, en liaison avec nos amis européens qui ne supportent pas que nos dirigeants prennent leurs ordres à l'Elysée, dénoncer à temps et à contretemps l'impérialisme occidental, réclamer partout et toujours que l'Occident accepte de nous accompagner dans nos propres choix et décisions. Vouloir que le législatif et le judiciaire ne soient plus dépendants de l'exécutif dans nos pays, désirer que nos constitutions soient adaptées à nos réalités, souhaiter que les richesses nationales ne profitent pas uniquement à l'ethnie, au parti et aux petits copains du chef de l'Etat, demander que l'Etat assume ses fonctions régaliennes (fourniture des services publics) et qu'il ne démissionne pas de son rôle régulateur, tout cela est bien mais le problème du sous-développement reste entier si notre analyse n'intègre pas le fait que l'Occident mène vis-à-vis de l'Afrique « une politique infantilisante, appauvrissante et humiliante » (Aminata Traoré).

L'Afrique est humiliée lorsque, réagissant à la mort de Gnassingbé Eyadéma, un président européen affirme que son pays a perdu un ami personnel. Elle est d'autant plus humiliée que l'ami en question a régné pendant 38 ans par la terreur. Les Africains sont humiliés quand le tapis rouge est déroulé à des putschistes alors que Yvan Colonna et ses acolytes sont derrière les barreaux ou lorsque la France soi-disant démocratique laisse certains présidents africains modifier la constitution de leur pays pour s'éterniser au pouvoir. En soutenant des présidents impopulaires, incompétents et corrompus, l'Occident veut nous maintenir dans la misère. Il n'est pas nécessaire de multiplier les exemples. Ceux que je viens de donner suffisent à montrer que le développement de l'Afrique restera une chimère aussi longtemps que nous ne ferons pas pression sur les décideurs occidentaux pour qu'ils changent non seulement de regard mais de comportement vis-à-vis des Africains.

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