Abidjan — La forêt classée d'Anguédédou située dans la commune de Yopougon a perdu 400 ha de sa superficie octoyés aux populations de onze villages rivérains pour y amenager des exploitations agricoles et autr
La forêt classée d'Anguédédou située non loin de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan dans la commune de Yopougon a été amputée le 11 juin dernier de 400 ha par le ministère des Eaux et Forêts au profit d'une communauté de producteurs agricoles.
Avant ce massif forestier, une décision du ministre des Eaux et Forêts aurait autorisé le 14 mars dernier, l'attribution d'une partie de la forêt classée de la Mabi à Yakassé Attobrou (Adzopé) à une personne. La même décision aurait également autorisé un opérateur économique à travers l'attribution d'un permis à ramasser et exploiter les bois d'oeuvre d'ébénisterie se trouvant sur la parcelle attribuée. Toutes les essences sont prises en compte par cette autorisation. D'importantes superficies des forêts classées de Gouin Débé et de Sio à Guiglo ont également fait, selon des forestiers, l'objet de session de gré à gré dans un premier temps, qu'on a par la suite tenté de régulariser à travers un appel d'offres. Toutes ces opérations de déclassement susmentionnées inquiètent vivement une importante fraction des agents de la SODEFOR regroupés au sein du SYNACOS (Syndicat national des agents conventionnels de la SODEFOR). L'un des trois mouvements syndicaux de la Société d'exploitation forestière. Ces agents n'ont du reste pas manqué de le crier haut et fort à la face de la nation en mettant en relief et en condamnant ces différents déclassements qui selon eux sont loin d'être justifiés. " C'est très inquiétant ce qui se passe au niveau des forêts classées ivoiriennes en cette période de guerre. L'on n'avait pas vraiment besoin au niveau de la forêt d'Anguédédou de déclasser 400 ha plantés d'arbres pour des activités agricoles. Etant donné que dans cette forêt classée, il y a des parties faites de jachères qui auraient pu revenir à ces planteurs. De plus, cette forêt protège le bassin versant qui alimente les forages de la SODECI en desservant en eau toute la commune de Yopougon. De plus, cette forêt absorbe avec la forêt du Banco les gaz d'échappement et surtout les gaz carboniques émis dans l'air à Abidjan ", soutient avec force, M. Koffi Georges, Secrétaire général du SYNACOS qui souligne que le plus surprenant dans ces différentes opérations de déclassement est le fait qu'elles portent sur " les forêts les plus riches en bois exploitables et les mieux conservées par la SODEFOR ".
Outre ces cessions dites inopportunes de parcelles de forêts classées, il y a le nouveau code forestier en élaboration qui sans être adopté par le législateur fait déjà l'objet d'application, relève le SYNACOS. Et fait encore plus grave, sont les dispositions que ce code prévoit au sujet de la conservation forestière et de l'avenir- même de la SODEFOR, explique M. Koffi Georges. Il révèle que le nouveau code prévoit de " subdiviser la SODEFOR en plusieurs agences étatiques. Les forêts classées les mieux conservées sont cédées aux opérateurs privés, sans qu'aucune précision ne soit faite sur l'avenir des agents qui ont en charge la gestion de ces forêts. L'on ne sait rien sur le devenir de la SODEFOR à la fin de la période transitoire prévue en l'article 151 de l'avant-projet dudit code selon sa version de mars 2005. On constate aussi à la lecture de ce nouveau code de dépouillement de la SODEFOR de ses moyens financiers au profit d'un Fonds national forestier (FNF) que nous estimons être une caisse noire pour le ministère, qui s'est toujours battu et continue de se battre pour avoir la mainmise sur ces fonds qui sont les quotas ", explique le secrétaire général du SYNACOS. Ce syndicat reste convaincu qu'à terme la gestion des forêts classées que la SODEFOR a pris quarante ans environ pour protéger sera l'affaire de structures de tout genre. Dont on ne sait rien des compétences en la matière. Pour tout dire, il s'agira d'annihiler des décennies d'expertise ivoirienne aujourd'hui exportable en matière de conservation forestière. "Le licenciement de trois d'entre nous a été requis à cause de cette affaire. Mais que l'on sache que le combat que nous menons est pour l'avenir de la Côte d'Ivoire. Pour les futures générations, c'est donc un acte de développement durable parce qu'il s'agit de la forêt ivoirienne que nous devons sauver à travers les massifs classés. Pourquoi c'est en pleine guerre que tous ces déclassements surviennent? Est-ce pour dire après que c'est la guerre qui les aura causés, alors qu'en réalité, il n'y avait aucune urgence à déroger aux dispositions légales de 1988 interdisant tout déclassement des forêts classées en Côte d'Ivoire ? ", s'interroge M. Koffi Georges.
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