Propos Recueillis Par Mbagnick Ngom
26 Juillet 2005
interview
Il se dit «Sénécamerouniac», parce qu'il est né au Cameroun et est Sénégalais d'adoption.
Animateur à Radio France internationale (Rfi) et à Tv5, Amobé Mévégué se veut un panafricain convaincu. «Mon coeur, soutient-il, me pousse vers l'audiovisuel parce que raconter des histoires pour l'Afrique, c'est ce qu'il y a de plus beau...». Le pari semble gagné avec cet animateur qui traduit cette vision à travers Plein Sud, une des émissions phares sur l'Afrique à Rfi. Considéré comme la «tribune de l'Afrique en mouvement», Plein Sud permet à son animateur de vivre passionnément des expériences dans l'univers magique des médias. Dans l'entretien qui suit, Amobé Mévégué parle de sa vie en tant qu'acteur de l'audiovisuel, du show biz mais il se prononce d'abord sur les débuts de l'aventure avec la "Radio du monde".
Amobé MEVEGUE : Mes débuts à Rfi s'inscrivent en 1994. C'est Gilles Obringer qui m'a fait connaître la radio. Je travaillais dans les premières radios communautaires noires de France comme Tabala Fm, Tropiques Fm, Média Tropical. Et puis la direction de Rfi avait fait part de l'ambition de créer une grande émission qui soit une émission généraliste, de divertissement et d'information. Et c'est comme cela qu'est née Plein Sud , en 1994. Cela fait onze ans que je propose une vitrine ouverte sur toute l'actualité culturelle, sociale du continent africain. Je fais tout sauf la politique politicienne.
Comment faites-vous pour donner un contenu à l'émission Plein Sud ?
Nous avons des équipes et je ne travaille pas seul. Il y a beaucoup de gens qui travaillent autour d'une émission de radio. Mais c'est l'actualité qui donne un peu la trame des grands sujets que nous indexons. C'est dire qu'au fur et à mesure, nous nous tenons à la disposition des auditeurs pour les informer sur l'actualité culturelle, sociale. Nous avons vraiment recentré au niveau des thèmes de société. Nous pensons que la radio doit être un outil utile pour les populations autour de l'éducation, la santé, la protection de l'environnement, la création d'emplois. Bref, nous développons des thématiques sociaux qui concernent le plus grand nombre.
Cela suppose donc que vous faites des descentes régulières sur le terrain...
Deux à trois fois par mois, je m'arrange à avoir un contact avec une capitale africaine.
Et vous êtes essentiellement centré sur l'Afrique avec Plein Sud ?
Effectivement, l'émission est centrée sur l'Afrique. Ma thématique, c'est l'Afrique. Je ne vois que l'Afrique.
Vous avez dit au début de l'entretien que c'est Gilles Obringer qui vous a amené à Rfi...
C'est-à-dire que la première fois que je suis allé à Rfi, c'est effectivement Gilles Obringer qui m'a fait visiter. Mais après cette visite, je suis reparti pour rester dans ma radio libre de proximité qui s'appelle toujours Média tropical. Et c'est par la suite que la direction de Rfi a fait des recherches dans Paris et qu'elle est tombée sur moi. Les responsables de Rfi m'ont demandé de faire une maquette. J'ai accéder à leur demande. Et après écoute, ils ont apprécié la maquette. Disons qu'avec Rfi, tout est parti de là (...).
A Rfi, peut-on dire que vous êtes libre dans le choix du contenu de vos émissions ?
Je n'ai jamais eu, et c'est tout à l'honneur de Rfi, la moindre remarque sur mes choix. C'est une confiance totale que les responsables de la radio nous font. Je choisis souverainement les thématiques développées et ceci en toute transparence. Nous sommes quand bien même des professionnels. Et nous ne faisons pas n'importe quoi. Mais nous sommes heureux de pouvoir dire qu'à Rfi nous avons la totale liberté d'expression.
Aujourd'hui, parallèlement à Rfi, vous êtes également à Tv5...
Je dirais que parallèlement à la radio, il y a eu la télévision. J'ai fait sur Cfi et sur Mcm Africa et désormais maintenant sur Tv5 où j'anime, depuis trois ans, l'émission Acoustique. C'est une émission musicale, acoustique comme son nom l'indique. Elle donne une lucarne à toutes la création mondiale. Puisque j'ai la chance d'être sur une chaîne mondiale. Tv5 est le deuxième réseau mondial derrière Mtv et juste avant Cnn. Et donc, les émissions qui passent sur ces chaînes sont diffusées sur toute la planète. Que ce soit sur Rfi ou sur Tv5, nous recevons des artistes non pas simplement africains, mais il y a aussi des Français et autres Francophones. Nous recevons de temps en temps des artistes américains, des Anglais, bref la crème mondiale de la musique.
On dit souvent que les artistes africains proposent des «musiques peu dépouillées». Est-ce qu'avec l'émission Acoustique, on ne chercherait pas à encourager les artistes à explorer ce style ?
Du tout. Ce n'est vraiment pas l'ambition. L'acoustique est la thématique que nous avons choisie. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons aux gens. Les artistes sont libres de faire ce qu'ils veulent. Il n'y a pas de règle. Il faut qu'on arrête d'enfermer les gens, et surtout les Africains, dans des canevas. Ces chemins déjà tracés feront qu'on colle aux artistes des étiquettes. A mon avis, il faut que l'artiste, s'il l'est véritablement, s'exprime selon sa fibre, sa sensibilité. Et puis c'est tout. Le reste est maintenant du domaine du hasard, de l'insondable.
Parmi les artistes que vous avez eu à inviter, quel est celui dont le passage vous a le plus marqué ?
C'est une question très difficile. Il y a toujours des gens qui sont touchants. J'ai beaucoup aimé mon interview avec Seu Jorge, qui est un jeune Brésilien. Je pense qu'il sera à l'avenir une très grande personnalité du monde du show biz. J'ai gardé de bons souvenirs avec Mory Kanté, Manu Dibango, Jocelyne Béroard, Youssou Ndour (à Bercy), Cesaria Evora, Magic System, Yannick Noah, etc. Je pense au couple malien, Amadou et Mariam, qui a été très touchant. J'ai également été beaucoup touché par Kesia Jones, David Bowie. Il y a aussi beaucoup de femmes, notamment Zazie. Encore une fois, il est difficile de répondre à cette question parce qu'il y a eu des centaines d'interviews. Et c'était magique.
Quelle est la place réservée aux jeunes talents dans l'émission Plein Sud ?
J'avoue que la place n'est pas suffisamment grande, mais il y a quand bien même une place réservée aux jeunes. Je pense qu'un artiste sur quatre ou cinq créateurs est un artiste en devenir. C'est important de laisser de la place aux jeunes.
Comment analysez-vous les relations entre les maisons de disques occidentales et les artistes africains ?
C'est une vaste question. Et en ce moment, c'est l'industrie musicale globale qui fait face à des difficultés. C'est très difficile pour les artistes d'exister, toutes catégories confondues. Et davantage encore pour les artistes africains. J'espère que nous allons trouver des solutions d'abord pour lutter contre la piraterie au niveau local. Parce que si nous résolvons le problème de la piraterie en Afrique, les artistes africains n'auront plus besoin de s'expatrier. Et pour le reste, il faut davantage de médiatisation pour ces artistes.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2005 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.