Joyce Mulama
26 Juillet 2005
Nairobi — Des groupes de la société civile au Kenya ont leurs regards tournés vers un prochain referendum pour essayer d'empêcher le gouvernement de faire accepter à la hâte une version modifiée du projet de constitution du pays.
Ceci vient après que le parlement a donné son approbation au projet amendé très tard dans la nuit du jeudi (21 juillet), par un vote de 102 pour et 61 contre. La version modifiée du document a été initialement présentée au début de ce mois durant une retraite dans la ville côtière de Kilifi, à laquelle ont pris part certains députés.
Le soi-disant projet de Kilifi remplace une version acceptée l'année dernière d'un commun accord par la Conférence nationale constitutionnelle (NCC) -- connue communément sous le nom de projet de Bomas. Ce nom provient de l'endroit où la NCC, un groupe issu d'un échantillon de la société kényane, a tenu ses discussions : 'Bomas of Kenya', un centre culturel à la périphérie de la capitale, Nairobi.
Alors que le projet de Bomas a transféré une grande partie du pouvoir actuellement dévolu à la présidence à un poste de Premier ministre nouvellement créé, le projet de Kilifi prévoit un puissant chef de l'Etat et un Premier ministre avec peu d'autorité. Le dernier projet de constitution sera soumis à un vote national en novembre après une campagne d'éducation civique. "Nous allons faire échouer cela au referendum. Nous sommes capables de mobiliser le peuple kényan à travers l'organisation d'un programme d'éducation civique massif et parallèle à partir d'août", a déclaré Ng'ang'a Thiong'o, un avocat des droits de l'Homme et membre du Mouvement du peuple, qui comprend des groupes non gouvernementaux faisant actuellement pression pour une réforme constitutionnelle.
"Une fois que nous sensibiliserons les populations sur les insuffisances du projet, alors elles seront en position de voter judicieusement", a-t-il dit à IPS.
Le projet de Bomas a été formulé initialement par la Commission pour la révision de la constitution du Kenya, nommée en 2000 pour jauger les opinions des Kenyans sur ce qu'ils voulaient voir incorporé dans leur nouvelle constitution. Ce document avait pour but d'actualiser la constitution élaborée à l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963.
L'une des conclusions de la commission, qui a sillonné tout le pays, était que les citoyens voulaient des restrictions à l'exécutif -- apparemment en réaction à l'abus des pouvoirs présidentiels sous les anciens chefs d'Etat Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta. La décision de toucher au projet de Bomas serait motivée par une lutte pour le pouvoir entre les deux principales ailes de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) : le 'Liberal Democratic Party' (LDP), dirigé par Raila Odinga -- et le 'National Alliance Party of Kenya' (NAK), qui soutient le président Mwai Kibaki. On aurait promis le poste de Premier ministre à Odinga avant la victoire de la NARC dans l'élection de décembre 2002, qui a vu le pouvoir arraché à la 'Kenya African National Union', le parti qui avait dirigé le pays depuis l'indépendance. Les appels du LDP en faveur d'une présidence plus faible l'ont mis en conflit avec le NAK, qui fait pression pour un exécutif puissant.
"Le gouvernement déblaie son chemin parce qu'il lorgne la prochaine élection générale : tout ceci a un rapport avec la succession de Kibaki", a dit à IPS, Mutahi Ngunyi, un politologue. "Ils peuvent ne pas être très sûrs de gagner la prochaine élection, mais au cas où ils gagnerontàla question d'un président puissant les favorisera".
Le Kenya tiendra des élections générales en 2007.
La lutte acharnée entre le NAK et le LDP a retardé la livraison d'une nouvelle constitution aux Kenyans, auxquels on avait d'abord promis le document en l'intervalle de 100 jours après la prise de fonction de Kibaki.
La décision du parlement de voter le projet amendé est intervenue après deux jours de débats passionnés et de manifestations à Nairobi. Une personne a été tuée -- un présumé pillard, qui serait en train de tirer profit de la confusion générale -- tandis que plusieurs autres personnes ont été blessées dans des affrontements incessants entre les manifestants et la police. Par ailleurs, plus de 20 personnes ont été détenues, au nombre desquelles de hauts responsables de groupes de la société civile.
Les manifestants avaient l'intention de marcher sur le parlement, pour essayer de persuader les députés de rejeter les amendements au projet de Bomas. Toutefois, des policiers ont bouclé les routes menant aux locaux du parlement.
Des législateurs ont voté le projet de Kilifi sous la forme de 'Consensus Act' (Loi sur le consensus), introduit l'année dernière malgré la protestation du public, qui donne au parlement le droit d'amender des sections du projet Bomas. Au départ, il était demandé aux députés d'accepter ou de rejeter le projet Bomas dans son entièreté.
Au cas où la constitution obtiendrait le feu vert dans le referendum, elle devrait entrer en vigueur en décembre.
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