Le Journal de l'Economie (Dakar)

Sénégal: Aéroport Blaise DIAGNE de Ndiass : l'Etat veut lancer un emprunt sur les marchés financiers

Ismaila Dieng

25 Juillet 2005


Dakar — On en sait un peu plus sur le financement de l'aéroport international de Ndiass. Le gouvernement veut utiliser la taxe sur les billets d'avion.

Le schéma de financement a été présenté au Fonds monétaire international qui n'a pas manqué de faire des réserves.

Le gouvernement du Sénégal veut lever un emprunt sur le marché financier international des capitaux pour financer la construction de l'aéroport international Blaise Diagne de Ndiass, l'un des grands chantiers du chef de l'Etat Abdoulaye Wade. Selon des sources proches du dossier interrogées par le Journal de l'Economie, M. Karim Wade, conseiller spécial du chef de l'Etat, par ailleurs directeur de l'Agence nationale pour l'OCI a présenté le schéma de financement aux bailleurs de fonds et en particulier au Fonds monétaire international, lors de la dernière visite du Premier ministre à Washington. On rappelle que la délégation conduite par le Premier ministre a séjourné du 27 juin au 1er juillet dans la capitale fédérale américaine.

Selon le schéma présenté par M. Karim Wade aux officiels du Fonds monétaire international, en présence de M. Abdoulaye Diop, ministre de l'Economie et des Finances et M. Ousmane Masseck Ndiaye, ministre du Tourisme et des Transports aériens et de responsables de la Banque marocaine pour le Commerce Extérieur (BMCE) conseiller du gouvernement, l'emprunt sera remboursé grâce aux recettes tirées de la nouvelle taxe sur les billets d'avion instaurée depuis le mois d'avril.

Comment ? Les ressources collectées par l'IATA seront versées dans un compte séquestre qui servira à rembourser l'emprunt et qui sera logé dans une banque située en dehors de l'Union économique et monétaire ouest-africaine. Ce choix s'explique par la volonté des autorités de minimiser les risques de change et de convertibilité. Un autre compte de réserve sera aussi créé pour prendre en charge les risques liés à la fluctuation du nombre de passagers. Ce compte permettrait aussi d'anticiper les remboursements dans le cas où les ressources collectées seraient plus importantes que prévu. En tout état de cause, les autorités sénégalaises espèrent pouvoir rembourser ce prêt au plus tard en 2016.

Cette opération financière sera conduite par une nouvelle structure qui sera spécialement mise en place.

Selon nos sources, les responsables du FMI ont écouté avec intérêt la proposition du gouvernement. Ils n'ont pas manqué d'y réagir. Dans un premier temps, ils ont souhaité que le gouvernement présente en consultation avec le Fonds et la Banque un contrat de Partenariat public-privé avec un opérateur privé pour mettre en ouvre le financement du projet. Ce contrat devra préciser clairement la contribution du partenaire privé au financement du projet ainsi que les risques supportés par chacun des deux partenaires.

Les responsables du Fonds ont signifié au gouvernement qu'ils n'acceptent que ces opérations prévues dans le cadre de ce schéma de financement ne soient exclues des comptes de l'Etat que si le partenaire privé apporte plus de 50% du financement du projet et prend en charge l'essentiel des risques. Le Fonds a également demandé au gouvernement que l'emprunt soit remboursé après la construction de l'aéroport et que les taxes collectées jusqu'ici soient versées dans les comptes du Trésor public. Transparence oblige.

Les discussions devraient continuer entre les deux parties au cours des prochains mois. C'est donc une opération inédite que les autorités sénégalaises veulent monter, mais elles devraient composer avec l'intransigeance des bailleurs de fonds sur deux choses : l'impact sur les finances publiques et la transparence de l'opération.

On rappelle que Abdoulaye Wade avait reçu début janvier 2003 les partenaires d'ABB, la société privée chargée de la gestion de ce projet. " Nous aurons un bijou sans bourse délier ", avait dit le président Wade.

Cette infrastructure aéroportuaire devrait coûtera 173 milliards de francs CFA. Le schéma annoncé à l'époque prévoyait un BOT (construire, exploiter et transférer en anglais) sur une durée de construction du nouvel aéroport de trois ans et 22 ans d'exploitation par ABB. Cette entreprise est spécialisée en gestion d'aéroports privés, en énergie, automation et unités de génération d'électricité.

On rappelle par ailleurs que le ministre du Tourisme et des Transports aériens, M. Ousmane Masseck Ndiaye, affirmait au mois de mars que la taxe sur le prix des billets d'avion ne visait pas à financer la construction de l'aéroport Blaise Diagne de Ndiass. " Cette taxe de 7 % est une redevance destinée à l'amélioration des conditions de séjour à l'aéroport Léopold Sédar Senghor ", avait précisé le ministre au cours d'une conférence de presse organisée en marge du salon mondial du tourisme à Paris. Cette taxe existe partout dans le monde, avait ajouté M. Ndiaye soulignant que les infrastructures aéronautiques de l'aéroport Léopold Sédar Senghor en ont besoin pour leur entretien et le renforcement de la piste qui, actuellement, ne peut pas accueillir certains gros porteurs.

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