Le Messager (Douala)

Cameroun: Point de vue anglophone par Jean Vincent Tchienehom

28 Juillet 2005


opinion

When learning english becomes imperative for french-speaking Cameroon

Tous les derniers jeudis du mois, je reviendrai ici sur les pensées fortes relatives aux affaires du Cameroun, émises par les Anglophones. Voilà des compatriotes qui globalement, à tort ou à raison se sentent quelque peu hors du coup à défaut d'être marginalisés. Cet état d'esprit les amène à exprimer des opinions qui méritent d'être prises en compte par leurs autres concitoyens. La barrière de la langue crée malheureusement une fracture qui ne facilite guère la fluidité des échanges. Loin de m'ériger en porte-parole (ils sont réputés très bons avocats de leur cause), je me contenterai de servir de courroie de transmission, un agréable passe-temps utile au perfectionnement de la pratique de mon anglais.

Francophones judges will go back to school to acquaint selves with new criminal code procedure.

Le Code de procédure pénale débattu et adopté lors de la dernière session de l'Assemblée nationale constitue le plat de résistance des écrits de la presse anglophone de ce mois. Les avis divergent sur le point de savoir si le texte a plus emprunté au Code Napoléon français qu'au Common Law anglais. Pour le député RDPC Ayah Paul d'Akwaya, il s'est tant et si bien inspiré des Anglais que les hommes de loi anglophones sont très bien armés pour sa mise en oeuvre. " La nouvelle loi a largement emprunté au Common Law à concurrence de 80 pour cent. Les juges anglophones continueront à appliquer la loi comme auparavant. Mais du côté des Francophones, c'est une révolution. Bon nombre d'entre eux devront rentrer à l'école pour s'imprégner de la nouvelle procédure. Pour cette raison, le projet dispose que s'il se transforme en loi après sa promulgation, douze mois s'écouleront avant qu'elle devienne applicable." Un autre parlementaire anglophone Paulinus Toh Jua, député SDF du Boyo est d'avis contraire. Pour lui, cette loi est le plus récent exemple de l'assimilation de la culture anglo-saxone par le gouvernement que dominent les Francophones. "M. le ministre, vos gens ont refusé de dialoguer sur cette question avec le SCNC qui dispose de la force des arguments", a déclaré le député lors du débat en interpellant le vice-premier ministre chargé de la Justice. En réaction Amadou Ali a dit que la loi n'est pas un instrument pour assimiler la culture anglo-saxone au Cameroun, mais qu'au contraire, le Common Law y a pris le pas sur le Code civil en adoptant l'habeas corpus comme son esprit prépondérant. Au sujet des séparatistes qui luttent pour l'indépendance du Cameroun anglophone, il a indiqué que même si le SCNC n'est pas un mouvement légalisé, le gouvernement pratique la politique de la porte ouverte, en laissant leurs leaders vaquer librement à leurs occupations. C'est ainsi, a-t-il ajouté que récemment quand il est venu au Cameroun Monsieur Justice Ebong, ancien président de SCNC s'est déplacé en toute liberté jusqu'à son départ. La presse locale a pourtant signalé que le 10 juillet 32 militants du SCNC ont été arrêtés à Kumba pour manifestation illégale. 15 d'entre eux ont gardé la cellule pendant deux jours dans des conditions déplorables, selon leurs témoignages. Leur libération le 12 juillet a été suivie d'un défilé pendant lequel étaient brandies des banderoles portant les mentions "Trop c'est trop", "Force de l'argument et non argument de la force".

Gov't appoints two Anglo-phones in 26 men commission

Le titre d'un article annonçant des nominations effectuées par un membre du gouvernement est sans ambiguïté. La portion congrue des Anglophones dans la commission chargée de discuter de la future convention collective des journalistes est mise en exergue: deux seulement sur vingt-six. Ce sont Bouddih Adams de The Post et Ekoko Mukete de Spectrum Television. Le lecteur pressé, nous le sommes tous, retiens qu'il y a de l'injustice contre les Anglophones. Mais il n'a pas le temps de chercher à comprendre pourquoi il n'y a que deux Anglophones. Au fait, combien de titres et supports médiatiques anglophones et francophones existent au Cameroun et selon quelle proportion? La réponse à la question peut probablement fournir un début de réponse.

Looking in the right direction

Sous ce titre, "regarder dans la bonne direction", The Post publie un éditorial de Ewota Jemea dont voici des extraits en traduction libre. Il commente deux questions d'actualité présentées comme significatives pour les Camerounais qui souhaitent la paix dans leur pays: l'harmonisation du Code civil francophone et du Common Law anglophone et la séparation des desks en français et en anglais à la CRTV. "Même si ces deux évènements ne sont que des points mineurs dans le catalogue des revendications anglophones dans une union politique qui les a mis dans la position d'avoir à quémander des droits politiques inaliénables qui leur sont dus en raison de leur statut d'Etat du Cameroun méridional, qui a fédéré avec la République du Cameroun pour créer la République fédérale du Cameroun, les deux évènements sont malgré tout importants pour le renforcement de la solidarité entre Anglophones et Francophones... Le dictionnaire politique du Cameroun divise le pays entre ces deux entités. La philosophie francophone de l'intégration nationale a tendance à placer sur le même registre les Anglophones et les Ewondo, les Bassa, les Bamileke, etc. comme si les Anglophones constituaient une tribu homogène. C'est pourquoi une seule tribu francophone peut se faire attribuer autant de postes ministériels que l'Etat du Cameroun méridional qui est le fer de lance économique du pays...Chaque Camerounais appartient à son village natal, son département et sa nation. Toutes les parties du Cameroun ont besoin de croissance et de développement. Le succès de notre politique d'intégration nationale n'aura de sens que si tout le peuple est impliqué dans la gestion du pays et partage équitablement la prospérité économique de la nation. L'exclusion politique à travers la manipulation du processus électoral ne peut pas convenir à des citoyens libres, fiers de leur nation et de leurs leaders. La voie à suivre est de conférer aux Anglophones et Francophones une large autonomie coiffée au besoin par des lois harmonisées dans le cadre d'un arrangement constitutionnel librement débattu et adopté par les deux groupes linguistiques fédérés".

I have reminded Biya on the Kumba-Mamfé road - Tabong Kima

Les officiels camerounais de langue anglaise ont parfois une liberté de ton dans leur langage qui ne manque pas d'étonner leurs homologues francophones beaucoup plus respectueux de la hiérarchie, voire poltrons. Cette interview de M Tabong Kima, ambassadeur du Cameroun en Italie est significative à cet égard. Venu récemment au Cameroun pour les funérailles de M Nzo Ekangaki, ancien secrétaire général de l'Oua, dont il fut un proche collaborateur à une époque de sa vie profesionnelle, il ne décolère pas au sujet de l'état des routes dans le Sud-Ouest et rappelle que la route Kumba-Mamfé dont il avait posé la première pierre en tant que ministre des Mines il y a près de 20 ans n'est toujours pas bitumée. Extraits. "La route Kumba-Mamfé est tellement boueuse. Ma voiture s'est embourbée vers Mamfé. D'autres véhicules étaient alignés attendant leur tour d'être péniblement poussés. Ceci ne doit plus exister après toutes ces années d'indépendance. nous méritons de disposer d'un meilleur réseau routier...Il y a aussi des problèmes aigus d'eau et d'électricité. Nous avons beaucoup à faire, spécialement dans les zones rurales. Je suis très peiné par la situation des routes parce que j'étais particulièrement impliqué quand j'étais membre du gouvernement à côté de mes fonctions de ministre des mines et de l'énergie. Le chef de l'Etat m'avait désigné pour conduire une délégation lors de la pose de la première pierre du chantier de bitumage de la route Kumba-Mamfé. C'était il y a 19 ans. Nous y étions en compagnie des chefs traditionnels et des leaders politiques du Sud-ouest. Après une année, l'argent pour la route était épuisé. Le gouvernement travaille très dur, mais je pense qu'il faut accorder plus d'attention aux routes de notre pays. Je peux franchement vous dire que j'ai eu à interpeller le chef de l'Etat à propos de cette route dans un mémo que je lui ai écrit. Juste pour lui rappeler que le peuple du Sud-Ouest et spécialement celui de la Manyu qui vote massivement lors des élections n'est pas satisfait de la situation des routes". Doyen du corps diplomatique africain à Rome où il est accrédité depuis 15 ans, Tabong Kima évoque ce que cela signifie. "Je suis doyen du corps diplomatique africain, environ 34 pays et ambassadeurs, doyen des hauts-commissaires du Commonwealth et vice-doyen de 174 missions diplomatiques. C'est un plus pour le gouvernement parce que le doyen est le porte-parole de ses collègues. Il est en permanence en première ligne et compte parmi les hautes personnalités. Il est toujours là pour accueillir les ambassadeurs, leur faire les adieux quand ils partent, et porter leurs difficultés à la connaissance du gouvernement italien. Dans d'autres pays, les doyens disposent de fonds. Notre pays étant ce qu'il est, je n'ai pas d'argent pour recevoir les diplomates. Chaque fois que vous recevez des diplomates, vous devez préparer un cocktail. C'est bien (d'être doyen) pour le gouvernement camerounais, et pour moi c'est prestigieux. Chacun voudrait occuper une telle position, mais je ne pense pas qu'il serait bon de l'assumer pendant trop longtemps. Beaucoup de chefs d'Etat aiment bien que leur ambassadeur soit le doyen. Ces pays qui ont des moyens permettent au doyen de disposer de fonds qui l'aident à remplir ses obligations. C'est une posture que l'on aimerait pouvoir avoir quand on appartient au corps diplomatique. Le Cameroun offre cette possibilité parce que notre Chef d'Etat nous a maintenu trop longtemps en poste. Mes collègues en Allemagne, Belgique, Sénégal et jusqu'à récemment au canada étaient doyens. C'est prestigieux et bon pour le pays mais c'est une chose qui coûte cher aux ambassadeurs." Comment croire que Biya n'est pas au courant de cette situation de clochardisation où il met nos chefs de missions diplomatiques. Pourquoi ne les fait-il pas tourner? A quoi rime ce laxisme?

When learning english be-comes imperative for french-speaking Cameroon

Liens Pertinents

Autrefois, l'anglais était négligé par les Camerounais francophones. Quand on parlait anglais dans la zone francophone, on était regardé de haut. A l'école, les élèves francohones minaudaient leurs professeurs d'anglais ou boycottaient les cours. Le journaliste Ernest Kanjo qui fait ces observations écrit dans The Herald que la situation était pire dans le milieu professionnel où il existait une véritable offensive anglophobe. Le phénomène a perduré pendant longtemps après l'indépendance jusqu'à ces derniers temps où on assiste à un renversement de tendance. En raison de la mondialisation, l'anglais a repris du poil de la bête. Avec le développement des technologies de l'information, il est devenu impératif d'apprendre, comprendre et écrire l'anglais, pour ne pas être distancé. "Les parents qui autrefois pour des raisons injustifiées n'offraient pas à leurs enfants la possibilité d'apprendre l'anglais, les inscrivent désormais dans les établissements anglophones publics et missionnaires, primaires et secondaires". Il rappelle que l'université anglo-saxone de Buea accueille des milliers d'étudiants francophones chaque année, qui en sortent parfaitement bilingues. A l'exemple de journalistes comme Wamba Sopngu Tayo, Ndi Hugues, Arie-Thérèse bete Zang et Bertrand Mvogo Ossomba de la Crtv qui francophones à l'origine utilisent l'anglais comme langue de travail. Ils parlent aujourd'hui un anglais si raffiné qu'il est difficile de croire que c'est leur deuxième langue officielle. "Aujourd'hui impossible de compter du bout des doigts le nombre de Francophones pratiquant l'anglais. "Le jour de gloire sera atteint quand viendra le moment où tous les Camerounais utiliseront effectivement l'anglais et le français, faisant de notre pays le pays bilingue que nous proclamons". Voilà un excellent mot de fin à cette chronique.

Rendez-vous le dernier jeudi du mois d'août.

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