Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Patrouilles de police : ce qui va changer

Luc Angoula Nanga

29 Juillet 2005


Des mesures viennent d'être prises pour rationaliser les contrôles routiers et renforcer la lutte contre la criminalité.

Le délégué général à la Sûreté nationale, Edgard Alain Mebe Ngo'o, l'a dit à la presse venue couvrir, mercredi 20 juillet, à l'Ecole nationale supérieure de police, une réunion élargie sur l'évaluation de la situation sécuritaire à Yaoundé : " Des mesures de rationalisation des patrouilles sont prises. Ces mesures vont être annoncées dans les prochains jours. " Une semaine plus tard, cette nouvelle stratégie est connue, à travers un communiqué signé avant- hier par le patron de la police camerounaise. On y apprend qu'après des séances de travail organisées à Yaoundé et Douala, le délégué général à la Sûreté nationale a prescrit à ses collaborateurs, un certain nombre " de mesures relatives à l'organisation et au fonctionnement des contrôles de police, ainsi qu'à la tenue de la voie publique. " Les détails des dispositions à appliquer mettent en exergue une volonté de rendre les forces de police plus attachées à la discipline et à la déontologie, plus efficaces face aux missions de sécurisation des personnes et des biens, davantage ouvertes aux préoccupations des usagers de la voie publique, et réconciliées avec les populations, dont le concours s'avère nécessaire dans la lutte contre la criminalité et le grand banditisme. CT a identifié six principaux domaines soumis aux instructions du DGSN.

Les contrôles routiers

Lors de sa nomination à la tête de la délégation générale à la Sûreté nationale, en décembre 2004, Edgard Alain Mebe Ngo'o a trouvé une situation explosive, source de plusieurs grèves des transporteurs urbains opérant à Yaoundé et Douala. Des organisations syndicales et patronales de ce secteur sensible criaient leur exaspération devant les tracasseries policières notées pendant les contrôles routiers. Une observation quotidienne laissait aux usagers de la voie publique la nette impression que ces déploiements sans organisation de base déterminaient des abus d'autorité, et proovoquaient plutôt des embouteillages, au lieu de contribuer à la fluidité de la circulation.

La nouvelle organisation vient mettre un terme à ces pratiques, en interdisant les contrôles routiers de routine dans la journée. Ces contrôles ne peuvent être autorisés de manière expresse que par le délégué provincial de la Sûreté nationale ou l'autorité administrative. Mais, une infraction commise sur la voie publique peut aussi amener à recourir à un contrôle routier de routine.

L'organisation des patrouilles

Les errements du passé, où l'on a vu parfois des hommes de rang prendre l'initiative d'une patrouille, cessent : aujourd'hui, le commissaire central et le commissaire de sécurité publique sont seuls habiletés à initier un tel déploiement. Un changement intervient également au niveau de la conduite de ces patrouilles, dont la direction opérationnelle relève maintenant à un chef qui est nécessairement un officier de police judiciaire (commissaire ou officier de police), selon le texte du délégué général à la Sûreté nationale, qui apporte, en outre, un renforcement des missions dévolues à ces patrouilles : dans la journée, il s'agit, notamment : de tenir les carrefours et les intersections ; de maintenir la fluidité de la circulation sur les axes routiers encombrés ; de sécuriser les établissements scolaires, financiers et publics ; d'intervenir en cas d'appels de détresse, et de maîtriser la population flottante. Dès la tombée de la nuit, ces missions s'ajoutent à d'autres, concernant les contrôles de sécurisation et de dissuasion dans les milieux criminogènes. Dans ces milieux où évoluent des malfaiteurs, l'accent sera mis sur la fermeture systématique des débits de boissons, conformément à la réglementation ; le contrôle des pièces personnelles des usagers ; la fouille des taxis et autres véhicules suspects

La légitimité des patrouilles

Selon les instructions du DGSN, " une patrouille est régulière lorsqu'elle est munie d'un bulletin de service signé par le chef d'unité et mentionnant les noms des éléments la constituant et leurs missions. " Tout policier affecté à cette sortie doit être reconnaissable par ses attributs de grade, et le port d'un badge. L'époque où les patrouilles pouvaient aligner des hommes supposés être en congé ou de repos, et même des bandits déguisés, est ainsi révolue.

Le retrait des pièces

La nouvelle organisation interdit formellement aux inspecteurs de police et gardiens de la paix de procéder à un retrait des pièces des usagers de la voie publique. Il leur est également interdit d'émettre des contraventions, qui relèvent de la compétence exclusive des commissaires et officiers de police. L'image du policier rentrant en son domicile, le soir, les poches pleines de cartes grises, de permis de conduire a contribué à ternir l'image du corps auprès des populations, ces dernières années.

Le règlement des contraventions

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En cas d'infraction au code de la route, l'automobiliste verbalisé reçoit une convocation du commissaire ou de l'officier de police intégré à la patrouille. Cette convocation étant une invitation à se présenter au commissaire territorialement compétent, où l'usager s'acquitte de son amende forfaitaire, conforme aux taux en vigueur variant entre 600 et 3000 FCFA, à l'exclusion de toute autre transaction. Ces précisions viennent mettre un terme à des contraventions fantaisistes, inconnues de la nomenclature officielle et souvent à l'origine de nombreuses scènes cocasses, opposant certains policiers et chauffeurs de taxi.

La mise en fourrière

Une innovation de taille est introduite en ce qui concerne la conduite dans une procédure de mise en fourrière. Le véhicule visé est dirigé vers la fourrière municipale. Le contrevenant ne peut le retirer qu'après paiement des frais de fourrière à la recette municipale.

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