Fraternité Matin (Abidjan)

Afrique: Allaitement maternel : mourir de diarrhées, de malnutrition ou de sida

Bakayoko Zeguela

29 Juillet 2005


Abidjan — Contre un biberon mal fait pour exposer bébé aux diarrhées, malnutrition et autres infections respiratoires, on propose l'allaitement exclusif pendant six mois.

Un biberon préparé avec de l'eau non potable, dans des ustensiles à la propreté douteuse, avec des mains sales. C'est la porte ouverte aux diarrhées. Un biberon préparé avec un dosage eau- lait mal fait, par exemple avec plus d'eau que de lait pour des questions de finance. C'est la malnutrition garantie. Et des infections respiratoires aiguës (IRA) assurées. Toutes de grandes tueuses d'enfants de moins de cinq ans.

C'est pour éliminer ce risque de mauvaise préparation de l'alimentation artificielle du nourrisson que l'allaitement maternel en plus des qualités intrinsèques de ce lait naturel, est vivement recommandé. Surtout dans un contexte de pauvreté.

Aussi la promotion de l'allaitement maternelle vise-t-elle à réduire les risques de diarrhées, de malnutrition et d'infections respiratoires aiguës chez le nourrisson.

Mais il se trouve que ce lait qui n'a pas besoin d'être dosé, d'être manipulé pour induire une quelconque malpropreté, peut être la source de contamination du bébé par le VIH si sa mère est porteuse de ce virus.

En effet , 05 à 15 enfants sur 100 nés de mères séropositives du VIH sont contaminés pendant l'allaitement en Côte d'Ivoire. L'allaitement qui fait malheureusement partie des trois moments de transmission du VIH de la mère à l'enfant. Même si le plus gros lot de la transmission mère-enfant du VIH (TME) se fait à la fin de la grossesse, précisément pendant l'accouchement (60 enfants sur 100) et pendant la grossesse (20 à 25% des cas).

Alors question: faut-il exposer l'enfant au VIH/SIDA ou le laisser mourir de diarrhées, d'infections respiratoires aiguës ou de malnutrition ?

Cette question se pose de façon cruciale dans un contexte de pauvreté. Où la préparation du biberon comme nous l'avons dit plus haut fait courir beaucoup de risques au bébé. Des risques aussi grands selon les spécialistes que l'exposition à l'infection à VIH/SIDA.

D'où la proposition de l'option de l'allaitement maternel chez la femme séropositive, au même titre que l'alimentation artificielle. A la femme de faire son choix. Un choix éclairé par l'explication de tous les risques encourus et qui tient compte des finances de la famille.

S'empoisonner dans sa propre maison !

Les enfants sont particulièrement vulnérables aux maladies environnementales, notamment parce qu'ils absorbent davantage de substances nocives par rapport à leur poids corporel. C'est le cas quand ils respirent l'air pollué à l'intérieur de leur habitation. Pour faire la cuisine, plus de 75% des ménages d'Asie comme en Afrique, utilisent des combustibles solides, du bois, du charbon ou des déchets de l'agriculture qui produisent une fumée noire. Cette fumée contient un mélange toxique de particules et substances chimiques qui pénètrent dans l'organisme. Lorsqu'elle est inhalée, elle provoque des pneumonies et autres infections respiratoires ou les aggrave.

Les recommandations de l'OMS

Selon la Stratégie mondiale pour l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant, "l'allaitement maternel est le meilleur moyen de fournir une alimentation idéale pour la croissance et le développement du nourrisson en bonne santé."

Ainsi l'OMS et l'UNICEF recommandent-elles l'allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie. Il existe cependant des situations qui posent un véritable problème. C'est le cas pour le 1,6 million d'enfants qui naissent chaque année de mères infectées par le VIH. Car le risque de transmission du VIH en cas d'allaitement maternel pendant plus d'un an se situe entre 10% et 20%. Un risque qui doit être comparé à celui qui prévaut en cas de renoncement à l'allaitement au sein. L'OMS suggère donc l'utilisation de lait en poudre aussi appelé lait de substitution. Mais ceci dans un cadre très strict. Cette solution ne peut s'appliquer que si elle est acceptable, praticable, financièrement abordable et sûre. Mais si une ou plusieurs de ces conditions ne sont pas remplies, l'allaitement maternel exclusif doit être maintenu même en cas de séropositivité. Les deux agences onusiennes insistent particulièrement sur la nécessité d'informer et de conseiller les femmes séropositives. "Chaque mère infectée devrait recevoir des conseils sur les risques et avantages des différentes options alimentaires."

La PTME sans le lait gratuit !

Un comprimé d'un antiretroviral dénommé " Nevirapine " à avaler par la mère dès les premières contractions de l'accouchement et le même médicament en sirop administré au bébé dans les 72 H de sa naissance, pour que le VIH ne se transmette presque plus de mère à enfant. Quelle grâce de Dieu ? Mais il reste malheureusement une autre étape à franchir pour que l'enfant passe haut les mains les virus que sa mère peut lui transmettre : c'est l'allaitement.

Pour ne pas faire prendre ce risque à l'enfant, le biberon est l'alimentation idéale. C'est pourquoi les projets de prévention de la transmission mère-enfant du VIH (PTME) devenus depuis des programmes de santé offraient gratuitement aux femmes qui optaient pour l'alimentation artificielle du lait et tout l'arsenal nécessaire pour sa préparation. Mais seulement voilà. Avec le passage à échelle de cette prophylaxie, un choix s'est opéré entre la subvention du lait et l'achat d'une plus grande quantité de nevirapine en vue de faire profiter un plus grand nombre de femmes. En d'autres termes, le lait artificiel n'est plus donné gratuitement aux femmes qui choisissent de ne pas faire courir le risque de transmission du VIH par l'allaitement à leur progéniture. Si tant il est vrai que celles-ci a pu échapper à ce virus pendant la grossesse et l'accouchement. Choix judicieux ? L'avenir nous le dira certainement en espérant qu'il ne sera trop tard pour redresser la barre. Mais pour l'instant on se donne bonne conscience en évoquant les risques de mauvaise utilisation et préparation de ces boîtes de lait qui étaient subventionnées à prix d'or

Actu santé

Bébés nourris au sein, QI en hausse !

Lait maternisé ou allaitement maternel ? Selon une étude américaine, les bébés nourris exclusivement au sein durant les six premiers mois de leur vie développent davantage leurs aptitudes intellectuelles. Alors ne vous posez plus la question. Lait maternisé ou allaitement ? Toute femme qui a eu des enfants s'est forcément posé la question. L'alimentation a-t-elle réellement un impact sur le développement intellectuel et physique des nourrissons ? D'après une étude américaine, la réponse est positive et sans ambiguïté aucune.

Des chercheurs du National Institut of Health ont comparé les aptitudes physiques et intellectuelles de jeunes enfants suivant qu'ils avaient été nourris au sein ou au biberon durant leur jeune âge. L'étude s'est déroulée en Suède et en Norvège, pays dans lesquels les mères nourrissent longtemps leurs enfants au sein. Les bébés participant à l'étude ont été examinés à 6 semaines, puis suivis jusqu'à l'âge de 5 ans. A 13 mois leurs fonctions intellectuelles et motrices ont été testées, puis leur QI a été déterminé à l'âge de cinq ans.

Jusqu'à 24 semaines, aucune différence dans la prise de poids n'a pu être enregistrée en fonction du mode d'alimentation. En revanche, à cinq ans, les scores de QI des enfants exclusivement nourris au sein durant les six premiers mois de leur vie étaient nettement plus élevés que ceux des autres enfants. Cette observation était particulièrement vraie pour les enfants nés à terme avec un petit poids de naissance.

Il semblerait donc bien que l'allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois de la vie contribue plus avantageusement au développement physique et intellectuel des enfants. Ces résultats devraient donc inciter les pouvoirs publics à reconsidérer la durée du congé de maternité. En France, les mères qui travaillent ne peuvent pas allaiter leurs enfants plus de quatre mois.

Une protection contre l'asthme

Les bénéfices apportés par l'allaitement au sein sont nombreux et bien reconnus par la communauté scientifique et médicale. En revanche, les avantages apportés par l'alimentation maternelle en ce qui concerne la prévention des maladies allergiques sont encore discutés. Tandis que certaines études n'observent pas d'effet préventif, d'autres trouvent que l'allaitement réduit le risque asthmatique chez l'enfant. L'asthme est une maladie qui prend beaucoup d'ampleur dans les pays développés. Ainsi, toutes les pistes et toutes les mesures susceptibles de renverser cette tendance doivent être attentivement étudiées.

Afin de déterminer les effets de l'allaitement au sein sur l'enfant, une analyse a regroupé l'ensemble des études portant sur ce sujet. Les conclusions montrent que l'alimentation au sein durant les trois premiers mois de vie, et plus spécialement chez les enfants issus d'une famille atopique ou allergique, exerce un effet protecteur contre l'asthme.

Il est donc probable que l'exclusion des allergènes alimentaires non maternels ou l'effet immunomodulateur du lait maternel soit capable de réduire le risque asthmatique.

Reste à élucider les mécanismes exacts, mais ces résultats vont en faveur d'une promotion de l'allaitement.

Le cas d'une mère asthmatique

Parallèlement, une autre équipe de chercheurs a regardé si l'asthme de la mère était un facteur important influant sur l'effet protecteur de l'allaitement. Ils montrent que cette relation dépend de la présence d'asthme maternel et de l'âge de l'enfant. Ainsi, les enfants de moins de trois ans ayant été allaités présentent moins de sifflements que ceux qui ne l'ont pas été, que la mère soit ou non asthmatique. En revanche à partir de 6 ans, les enfants qui ont été allaités pendant une durée prolongée présentent plus souvent un asthme si la mère est asthmatique. En effet, 42% des enfants de 6 -13 ans présentent un asthme s'ils ont été allaités pendant plus de quatre mois par une mère asthmatique, contre 16% des enfants allaités par une mère non asthmatique.

L'âge de l'enfant et le statut asthmatique de la mère sont donc des facteurs importants. L'allaitement exerce un effet protecteur sur la survenue de sifflements chez le petit enfant, mais il est associé à une augmentation du risque d'asthme chez l'enfant de plus de 6 ans lorsque la mère est asthmatique.

Protection contre les infections digestives

L'allaitement maternel présente de multiples avantages. Après un examen systématique de la littérature portant sur sa durée optimale, un comité d'experts vient de conclure qu'une alimentation exclusive au sein durant six mois procure au futur bébé une protection contre les infections digestives

Depuis longtemps déjà, l'utilité de l'allaitement maternel exclusif pendant les premiers mois de la vie est reconnue. En revanche, sa durée optimale continue à être un sujet de débats. Pour étayer cette question, l'OMS a demandé une analyse des études scientifiques. Plus de 3.000 travaux ont ainsi été passés en revue et de nombreuses données ont été examinées, comme la croissance, le bilan en fer chez l'enfant, la morbidité, les maladies allergiques héréditaires et le développement moteur. Les résultats montrent que l'avantage le plus important de l'alimentation au sein exclusive durant 6 mois, comparée à une durée plus courte de 4 mois, porte sur la protection contre les maladies infectieuses, notamment celles des voies digestives (diarrhées).

Les experts recommandent donc l'allaitement exclusif pendant au moins 6 mois, puis d'introduire progressivement des aliments complémentaires tout en poursuivant l'alimentation au sein, en choisissant bien sûr de manière judicieuse sur le plan nutritionnel ces aliments.

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