Fraternité Matin (Abidjan)
Paul Bahini
29 Juillet 2005
Abidjan — Les Eléphants ne seront pas à la CAN d'Alger. La courageuse décision a été enfin prise début de semaine. A quelques semaine de l'événement, personne ne savait exactement si l'équipe nationale ivoirienne irait ou pas à ce grand rendez-vous continental d'Alger. L'entraîneur national, Arsène Ade Mensah qui a brillamment qualifié l'équipe face au Mena du Niger en juin dernier à la patinoire de l'hôtel Ivoire n'avait pas revu sa troupe depuis ces éliminatoires.
Incroyable, mais vrai. Toualy Guy Serges et ses coéquipiers de la sélection étaient dans l'expectative. " Nous observons. On attend qu'on nous regroupe. Ça devait se faire juste après les play-off ", déplorait le meneur de jeu de la sélection, Toualy Guy. Les Joueurs qui avaient promis de casser la baraque à Alger ne comprenaient plus rien au jeu de la fédération et des autorités politiques sportives.
Car la Côte d'Ivoire n'est pas à son premier ballon d'essai dans cette épreuve de la FIBA-Afrique. Par conséquent, il serait ridicule d'y aller en 2005 pour faire de la figuration. Le fiasco de la dernière CAN, en Egypte, est encore frais dans l'esprit des Ivoiriens. Après avoir fait un parcours plutôt honorable à Casablanca en 2001, au Maroc, les Eléphants ont touché le fond au Caire en 2003 en se classant dernier de leur classe. Ils ont vécu le même calvaire aux Jeux d'Abuja. Les deux sélections (hommes et dames) ont été l'ombre d'elles-mêmes. La Côte d'Ivoire, dernière nation d'Afrique. Plus jamais ça !
Il s'agissait cette fois d'aller laver l'affront en Algérie. Restaurer la dignité bafouée de la Côte d'Ivoire en la remettant au niveau où elle était. A défaut de faire mieux à Alger. Ce qui n'était pas évident. Pourtant le président de la Fédération ivoirienne de basket-ball avait fait de cette CAN 2005 le socle de son mandat. Guy Berté visait au moins une troisième place à l'issue de cette épreuve. Ce qui qualifierait la Côte d'Ivoire pour le Mondial de 2006 au Japon. En offrant l'organisation de ce grand événement sportif à notre pays en 2003, la FIBA-Afrique renforçait cette position du président Berté. La CAN 2005 à Abidjan aurait été une belle occasion pour la Côte d'Ivoire de redorer son blason. Les retombées immenses de cette participation ivoirienne à la coupe du monde allaient permettre à la FIBB de développer ce sport sans crainte dans toute la Côte d'Ivoire. Malheureusement, la crise socio - politique a privé notre pays de cette belle fête. Heureusement pour la Côte d'Ivoire, les Eléphants ont pu se qualifier face au Niger. Et ce fût tout. Car les joueurs n'ont pas été suivis.
Tous ceux qui ont pensé que la Fédération allait mettre tout son dévolu dans la préparation de la sélection nationale ont parié faux. On est resté à tourner sur soi-même, à régler ses comptes à tous ceux qui refusaient cette mort programmée du basket. Et c'est dernièrement qu'on s'est mis à chercher les moyens pour regrouper les athlètes et effectuer le voyage d'Alger. Difficile mission qui naturellement a échoué.
Ce qu'on a du mal à comprendre cependant, c'est qu'il n'y a pas longtemps, l'Etat de Côte d'Ivoire, selon des sources bien introduites, a déboursé 25 millions de F Cfa à l'occasion des éliminatoires qui ont eu lieu à la patinoire de l'hôtel Ivoire, à Abidjan. Sur les quatre équipes attendues, seulement le Niger s'est présentée à Abidjan, et la phase éliminatoire qui devrait s'étendre sur plusieurs jours s'est disputée en deux journées. La Fédé aurait pu à la limite pré-financer la préparation et faire des démarches auprès du gouvernement pour obtenir le dernier décaissement. Rien n'a été fait, et notre basket-ball continue sa descente aux enfers. Au nez et à la barbe des présidents de club impuissants.
La honte évitée
Il est temps qu'on apprenne à prendre nos responsabilités. La Côte d'Ivoire ne peut continuer de bricoler et baigner dans l'amateurisme. Une compétition de l'envergure de la Coupe d'Afrique des nations, la plus grande fête du basket-ball en Afrique, se prépare sur six mois au moins. Le temps pour le sélectionneur national de passer en revue tous les joueurs qu'il souhaite voir afin de former son équipe. Un mois avait suffi au coach, Ade Mensah, pour présenter une copie que tous les observateurs ont appréciée face au Mena. De bonnes dispositions qui présageaient une belle campagne de nos pachydermes à Alger. Certes, le Niger n'est pas le test idéal, les Eléphants avaient pris un bon départ qui devait se poursuivre par un travail en vue de parachever le tout et être plus percutants. Ce qui n'a pas été fait. Par la faute de l'Etat de Côte d'Ivoire qui, indifférent devant l'agonie des basketteurs, n'a pas décaissé à temps les fonds alloués à la préparation de l'équipe. Mais aussi, à la Fédération qui est restée les bras croisés à attendre que tout lui tombe du ciel. Et nous sommes pris à la gorge.
Même si on a l'argent aujourd'hui, serons-nous capables de bâtir une bonne équipe forte en si peu de temps? Serons-nous capables de solliciter à temps notre légion étrangère ? Enfin, ne nous voilons pas la face. Cette CAN 2005 est perdue pour la Côte d'Ivoire depuis qu'elle a renoncé à l'organisation de cet événement à Abidjan. La Fédération va peut-être se voir sanctionnée, et condamnée à payer une amende à la FIBA-Afrique. Mais à côté de cela, il y a l'honneur et la dignité de tout un pays en jeu. Il faut avoir le courage de dire non à cette CAN 2005.
La complicité des clubs
Les finales de la coupe de Côte d'Ivoire, et les play-off organisés en grande pompe à l'hôtel Ivoire ont fait rêver les Ivoiriens. La fête fut belle, et pour la première fois depuis 2001, tout le monde est unanime sur la qualité du spectacle fourni par les athlètes. ABC, MBBC, Africa sports, Génération et Zénith ont confirmé tout le potentiel qu'on dit de notre pays. Le basket-ball peut bien prendre et devenir un véritable sport de masse en Côte d'Ivoire. Pourvu qu'il y ait des hommes et des femmes capables de créer les conditions favorables.
Juste après les finales du play-off, on est redescendu sur terre, et l'annonce de la saison 2005-2006 trouble le sommeil. Sans un Amichia Emmanuel (DTN dégommé) pour défoncer les portes du siège fermé de la Fédération, et un " fou " comme Bah Florent (président de la Ligue du Sud) pour oser commencer le championnat sans un sou, il n'y aurait pas eu de basket cette année en Côte d'Ivoire.
Le comité directeur de la Fédération a démissionné, et les présidents de club, par leur silence, se rendent complices du crime. Beaucoup parmi eux souffrent terriblement de la situation. Mais très peu ont le courage de monter au créneau pour dénoncer cette incapacité avérée du bureau qu'ils ont eux-mêmes élu sous chapiteau au Golf hôtel.
A la place de la professionnalisation annoncée avec tambour et trompette, l'on assiste à une dégringolade sans précédent. De sorte qu'aujourd'hui, la balle au panier a reculé de quinze ans en arrière.
C'est vrai qu'il y a la crise qui secoue le pays, mais avec un peu de volonté et d'ingéniosité, on aurait pu éviter à notre cher basket-ball de retomber dans l'informel. Fait inqualifiable et non tolérable, le président de la Fédération n'a pas suivi un seul match des play-off qui sanctionnent le championnat national. Au moment où l'instance africaine, la FIBA-Afrique était représentée par son président, le Professeur Alain Ekra et son puissant Secrétaire général, le docteur Bilé Alphonse. Guy Berté a jeté l'éponge, et les clubs doivent prendre leurs responsabilités. Car à la lecture minutieuse des choses, la situation de crise dans le pays n'est pas la source des malheurs de la Fédération de basket. Sinon, il n'y aurait pas eu de cyclisme, de Canoë-Kayak, etc.
Comment sauver les meubles ?
Comment sortir la balle au panier dans ce bourbier ? Lambert Feh Kessé, le directeur général des impôts, parrain des derniers play-off qui se sont déroulés avec succès à la patinoire de l'hôtel Ivoire semble avoir une petite idée sur la question. " Nous avons un projet pour l'ABC dont je suis très proche. Mais aussi pour tout le basket-ball ivoirien. Très bientôt, nous ferons un petit séminaire pour voir avec les amis ce qu'il faut faire pour tout le basket ", confiait Feh Kessé après les play-off. Le succès de cette épreuve ultime du championnat national, et la qualité du spectacle sur le parquet sont sans doute à la base de cette belle déclaration. Inconditionnel de la jeunesse et amoureux de sport Kessé Feh, le père de la parafiscalité dont les premiers bénéfices commencent à tomber dans les assiettes de la Fédération ivoirienne de football tient à cette réflexion sur le basket. Depuis le début de la descente aux enfers, Feh est interpellé de toutes part sur la question. En attendant de connaître la période et le lieu de ce séminaire il est bon que tous les clubs manifestent leur adhésion à cette belle initiative " gratuite ". Avec lui, N'Doumi Bernard, Magne Pierre, Pacôme Mondon, et tout le comité directeur de l'Abidjan basket club sont prêts à s'engager sur cette voie de la relance du basket ivoirien.
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