Haman Mana
1 Août 2005
éditorial
L'un des avantages -ou inconvénients - du " village planétaire " dans lequel nous vivons, c'est que de façon quasi-instantanée, nous partageons les joies et les souffrances des autres êtres humains. Cela renforce le sentiment de communauté, voire d'humanité.
Cela permet également d'évaluer sans doute ce que peut valoir telle ou telle frange de l'humanité, pour le reste Ainsi est-il de cette famine que l'on annonce depuis plusieurs mois au Niger. Le système d'alerte des Nations unies avait déjà sonné l'alerte depuis 8 mois, mais personne ne s'en préoccupait vraiment, même pas les autorités du Niger, qui dans une attitude de fatuité inexplicable, n'ont véritablement " crié famine " qu'au moment ultime, lorsqu'il était déjà avéré que la situation était réellement critique.
Il fallait, il y a 8 mois, selon une association humanitaire française, quelque chose comme 16 millions de dollars pour boucler le budget d'une intervention efficace sur le Niger. C'est un argent qui tarda toujours à être réuni. Philippe Douste-Blazy , le ministre français des Relations extérieures s'en est même ému, lui qui a évoqué, " l'indifférence et l'avarice " des puissants qui en d'autres circonstances ont pourtant fait montre de plus de mansuétude à l'endroit d'êtres humains éprouvés par les caprices de la nature.
On se souvient en effet, qu'il y a à peine six mois, ce que l'on désigne " la communauté internationale ", et qui se révèle être celle des pays occidentaux qui défend ses intérêts lorsqu'ils sont en jeu quelque part, trouva en un temps record, l'équivalent de 10 millions de Dollars pour venir en aide aux victimes d'un tsunami, dans le Sud-Est asiatique. On pourra aussi noter au passage, la débauche médiatique et émotionnelle qui a servi de déclencheur aux dons et à la mobilisation pour ces victimes asiatiques, il y a quelques mois.
On ne peut être qu'interrogateur, lorsqu'on sait que depuis quelques semaines, les enfants décharnés du sahel nigérien sont présents dans les télévisions, magazines et radios du monde entier.
Va-t-on une fois de plus fondre en larmes pour se lamenter sur le sort d'une Afrique que les autres n'aimeraient pas, au point de ne pas lui manifester leur simple solidarité ? Il nous semble, que ce serait du déjà entendu C'est sans doute le moment de se demander ce que les fils du continent, eux-mêmes, ont fait pour leurs frères qui meurent de faim, parce qu'il n'a pas plu chez eux.
L'Union africaine a réagi : un million de dollars. Les députés de la république fédérale du Nigéria aussi, en offrant des dons en espèces et en nature à leurs voisins sinistrés. Puis, plus aucun signe de la soi-disant " solidarité africaine" tant évoquée, et que personne ne voit plus jamais.
En tant qu'Africains, on pourrait nourrir un sentiment de révolte, devant cet état de choses, que l'on pourrait considérer comme une injustice. Mais c'est une solution de facilité. Car une fois de plus, nous avons face à nous, cette " hideur désertée de nos plaies " dont parlait Césaire, et qu'il n'y a que nous pour panser.
Nous demeurons convaincus que du Cap Vert au Cap de Bonne Espérance, l'Afrique, en se mobilisant un tant soit peu, aurait trouvé largement de quoi subvenir aux besoins de ces nigériens qui face aux caméras de télévision, nous renvoient tant d'images de notre irresponsabilité, et de notre inconsistance, de notre inconséquence. Où est passée la société civile africaine ?
Que dit notre diaspora à travers le monde, et dont les envois d'argent sur le continent ont depuis le temps égalé et supplanté le flux de la soi-disant " aide " à notre continent ? Que pense Wade ? Qu'en dit Kaddafi ? Quel est l'avis de Mbeki ? Et Moubarak alors ?
La révolte, suite à la vue des images de petits nigériens mourant de faim ne doit pas être une révolte contre le monde entier, comme c'est si souvent le cas. Ce doit être une révolte contre nous-mêmes les fils de l'Afrique. Parce que nous pouvions faire quelque chose pour éviter l'indigne et l'infâme, et que nous ne l'avons pas fait.
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